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14.03.2017

CITATIONS CHOISIES ET DÛMENT VÉRIFIÉES (derniers ajouts : 14/3)

       Cette collection prétend à une rigoureuse fiabilité, ce qui est peu courant dans les florilèges de ce genre qui traînent sur l'internet, où l'on met souvent n'importe quoi en l'attribuant à n'importe qui. En effet toutes les citations ci-dessous ont été scrupuleusement contrôlées sur une édition de référence aisément consultable (le plus souvent possible la Pléiade chez Gallimard, à défaut Bouquins chez Robert Laffont ou une édition de poche établie par un universitaire). Je me porte donc garant de leur authenticité (réserve faite, bien sûr, d'une légère erreur de recopiage que mon humaine faillibilité aurait pu me faire commettre par inadvertance). J'ai pu toutefois couper le début d'une phrase, pour ôter les mots de liaison qui la rattachaient au développement précédent. Dans les textes antérieurs au XIXe, j'ai non seulement modernisé l'orthographe mais aussi la ponctuation.

      Attention : si je me fais une règle de recopier strictement les citations françaises telles qu'elles apparaissent dans la source indiquée (nonobstant, je le répète, des coupes initiales ou finales pour détacher une sentence et, exceptionnellement, une légère adaptation de la ponctuation), en revanche je me sens plus libre à l'égard des citations étrangères : je peux m'autoriser, parfois, à transformer un peu la traduction (surtout si j'ai pu en confronter plusieurs ou consulter l'original). Par conséquent, la source française indiquée doit être prise comme un repère pour retrouver facilement le texte dans l'édition que je possède, et non pas comme une source mécaniquement recopiée. Si on s'y reporte, qu'on ne s'étonne pas de constater que la phrase n'y figure pas toujours telle que je la donne ici.

      L'ensemble actuel n'est évidemment pas clos, loin de là ! et je l'enrichis fréquemment. Si vous avez repéré des citations intéressantes et piquantes, vous paraissant compatibles avec celles-ci, vous pouvez me les signaler. Il va sans dire que je ne les ajouterai que si elles me plaisent et que j'ai pu en vérifier la source. — Pour satisfaire à une demande qu'on m'a faite, j'ai décidé d'ajouter toutes les nouvelles citations à la suite des précédentes déjà mises, dans chaque rubrique. Ainsi, il sera facile de se reporter à la fin de chacune des douze rubriques pour repérer les nouveaux ajouts depuis la dernière fois qu'on est venu.  Ces douze rubriques sont :     Psychologie         Les femmes et l'amour         Religion        Monde moderne           Les choses comme elles sont           Cynisme          Morale                Élitisme               Politique                   Littérature et arts                 Scepticisme                     Nihilisme

     NB : Comme elles formaient un ensemble trop imposant, j'ai mis à part les citations des HUMORISTES, les citations des DRAMATURGES CLASSIQUES (Corneille, Molière, Racine et les autres) ; les citations des ROMANCIERS FRANÇAIS ENTRE 1848 et 1914 ; les citations des ROMANCIERS FRANÇAIS DE LA PREMIÈRE MOITIÉ DU VINGTIÈME SIÈCLE ; les citations de BAUDELAIRE ; les citations de Georges BERNANOS ; les citations de Léon BLOY ; les citations d'Élémir BOURGES ; les citations de Benjamin CONSTANT ; les citations de Georges COURTELINE ; les citations de Jean GIRAUDOUX ; les citations de Ladislav KLIMA ; les citations de LA BRUYÈRE ; les citations de LA ROCHEFOUCAULD ; les citations de Paul LÉAUTAUD ; les citations de Gabriel MATZNEFF ; les citations de Jules MICHELET ; les citations de MONTAIGNE ; les citations de Hubert MONTEILHET ; les citations de Paul MORAND ; les citations d'Alfred de MUSSET ; les citations de Charles PÉGUY ; les citations de Raymond RADIGUET ; les citations de Jules RENARD ; les citations de Germaine de STAËL ; les citations de Claude TILLIER ; les citations de Paul-Jean TOULETles citations de Jules VALLÈS, Octave MIRBEAU et Georges DARIEN ; les citations d'Émile ZOLA. J'ai également retiré de nombreuses citations de Chateaubriand, Montherlant, Gide, etc, parce qu'elles seront republiées prochainement dans des pages spéciales dévolues à chacun de ces importants auteurs (ce qui explique aussi l'absence ici d'aphorismes de Flaubert, Balzac, Hugo, Cioran, Chamfort, Valéry, Wilde, Nietzsche, Ambrose Bierce, Jean Rostand, Voltaire, etc).

 
 

PSYCHOLOGIE

. L’expérience, ce mélange de calculs inavoués, d’échecs, de confort intellectuel, de certitudes affichées et d’abandons... (Guy Thuillier / Jean Tulard, Le Métier d’historien, Que sais-je n° 2615, P.U.F., 1991, p. 53).

. Glaucus : « La honte ne réside pas dans la perte de l’estime des autres, elle réside dans la perte de notre propre estime. » (Edward Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), IV, 7 ; Pocket n°2237, 1984, p. 314).

. On finit toujours par ressembler à ce que l’on combat. (Régis Debray, Le Code et le glaive, Albin Michel, 1999, p. 108).

. On n'est curieux qu'à proportion qu'on est instruit. (Rousseau, Émile ou de l'éducation, livre V ; Pléiade tome IV, 1969, p. 773).

. La volupté de crier « Je l’avais bien dit » est la plus forte que puisse éprouver une créature humaine ; toutes les vérités et tous les sentiments s’évanouissent devant elle. (Lampedusa, Le Guépard (1958), III ; Seuil, 1959, p. 96).

. [Concetta] voyait lui échapper la dernière consolation des affligés, le dernier philtre qui trompe leur douleur : elle ne pouvait plus attribuer aux autres son malheur. (Lampedusa, Le Guépard (1958), VIII ; Seuil, 1959, p. 244).

. 80 ans ! Plus d’yeux, plus d’oreilles, plus de dents, plus de jambes, plus de souffle ! Et c’est étonnant, somme toute, comme on arrive à s’en passer ! (Paul Claudel, Journal 1933-1955, août 1947, Pléiade tome II, 1969, p. 607).

. [J’improvisai un chant qui] disait la tristesse de qui ne se retient pas de dominer les autres pour étancher sa fureur de mépris et qui ensuite s’étonne de leur haine et ne cesse pas de s’y blesser. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval ; Livre de poche n°1473, 1965, p. 13).

. La vanité l'emporte presque toujours sur l'orgueil, sauf chez quelques êtres d'exception. (Roland Jaccard, L'Âme est un vaste pays, 6 juin 1981, Grasset, 1984, p. 103).

. La liberté, c’est un peu comme le bonheur, on l’a du moment qu’on croit l’avoir. (Robert Mallet, dans Paul Léautaud, Entretiens avec Robert Mallet (1951), XX, Mercure de France, 1986, p. 356).

. Les enfants ne connaissent guère la vraie amitié. Ils n'ont que des « copains » ou des complices, et changent d'amis en changeant d'école, ou de classe, ou même de banc. (Marcel Pagnol, Le Château de ma mère (1957), Livre de poche n°1488/89, p. 164).

. Un intellectuel, c'est d'abord quelqu'un qui réfléchit avant d'écrire ou de parler, qui réfléchit avant de réfléchir, et qui réfléchit même sur l'utilité de la réflexion avant la réflexion proprement dite. (Bernard Pivot, Le Métier de lire. Réponses à Pierre Nora, d’Apostrophes à Bouillon de culture, Folio n°3552, 2001, p. 159).

. Qui n'est pas fasciné par son adversaire ne mérite pas le nom d'intellectuel. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 17 juin, p. 210).

. L'intellectuel au contraire est un dissident virtuel, un traître en puissance, un bâtard par vocation. Qui jure fidélité à son camp ne mérite pas le nom d'intellectuel. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 26 juin, p. 218).

. Nous disons sans cesse que le monde n’est rien, et nous ne vivons que pour le monde. Sages seulement dans les discours, insensés dans les œuvres. Philosophes dans l’inutilité des conversations, peuple dans tout le cours de notre conduite. Toujours éloquents à décrier le monde, toujours plus vifs à l’aimer. (Massillon, « Oraison funèbre de Monseigneur Louis, Dauphin » (1711), dans Œuvrestome 1, Lefèvre, 1833, p. 665).

. « Quand on est sourd, on croit que les autres disent des choses intéressantes. » (Jacques Chardonne, propos oral à Paul Morand rapporté par celui-ci dans Journal inutile II. 1973-19764 octobre 1973, Gallimard, 2001, p. 145).

. Dans mon expérience, j’ai souvent vu que les choses étaient plus lentes qu’on ne les croyait, et qu’aucune date n’était aussi décisive qu’on l’avait crue d’abord. On m’avait  dit : « Quand tu entreras au lycée… Quand tu passeras ton bachot… Quand tu feras ton service militaire… » C’est arrivé, et ça s’est fondu dans le contexte général de ma vie. (Emmanuel Berl, Il fait beau allons au cimetière, Gallimard, 1976, p. 160).

. « Quand on hésite, parce qu’on a un argument pour et un argument contre, si on réfléchit beaucoup, on arrive à avoir cent arguments pour et cent arguments contre ; on n’est pas plus avancé... » (Jacques Daniel-Meyer, propos oral rapporté par Emmanuel Berl dans Il fait beau allons au cimetière, Gallimard, 1976, p. 165).

. La conversation est à l'amitié ce que le sexe est à l'amour. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 24 janvier, p. 43).

. Je consigne aujourd'hui mes impressions du moment, sachant bien que les nouvelles de demain me les feront inconsciemment corriger dans mon souvenir. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 4 mai, p. 156-157). 

. L'une des fonctions principales d'un ami consiste à subir (sous une forme plus douce, et symbolique) les châtiments que nous désirerions, sans le pouvoir, infliger à nos ennemis. (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, chap. 12 ; Pocket n°1438, 1994, p. 202).

. Les hommes sont ainsi construits qu’ils ont besoin de se donner à un être vivant, plutôt qu’à une idée. Beaucoup d’hommes ont sacrifié leur vie pour leur patrie ; mais leur sacrifice est beaucoup plus joyeux, s’ils meurent pour Napoléon. L’amour d’un homme est plus fort que l’amour d’une idée. (Alexis Carrel, Fragments de journal, 31 juillet 1941, dans Le Voyage de Lourdes, Plon, 1949, p. 116).

. Françoise : « Le rire, c’est une chose humaine, une vertu qui n’appartient qu’aux hommes et que Dieu peut-être leur a donnée pour les consoler d’être intelligents. » (Marcel Pagnol, Le Schpountz (1938), Pocket n°1292, 1976, p. 204).

. On ne connaît sans doute quelqu'un que quand on sait ce qu'il est et aussi ce qu'il pouvait être. (Émile Faguet, L'Art de lire (1912), chap. II, Hachette, 1923, p. 14-15).

. Peu de romans lus avec ivresse à vingt ans plaisent à quarante. C'est un peu pour cela qu'il faut les relire, pour se relire, pour se rendre compte de soi, pour s'analyser, pour se connaître par comparaison et pour savoir ce qu'on a perdu. (Émile Faguet, L'Art de lire (1912), chap. X, Hachette, 1923, p. 156).

. Le mensonge est si aisé, la vérité si difficile ! Le crayon se prête avec la plus agréable facilité à dessiner un griffon ; plus longues sont les griffes et plus grandes sont les ailes, mieux cela vaut ; mais cette merveilleuse facilité que nous prenions pour du génie est sujette à nous abandonner dès que nous voulons dessiner sans exagération un lion véritable. Examinez bien vos paroles, et vous trouverez que, lors même que vous n'avez aucun motif de mentir, il est très difficile de dire l'exacte vérité, même à l’égard de vos sentiments actuels, beaucoup plus difficile que de dire à leur sujet quelque chose de beau qui ne soit pas rigoureusement vrai. (George Eliot, Adam Bede, II, 17 ; dans Romans, Omnibus, 1995, p. 822).

. Il arrive qu'une vérité vous échappe, parce qu'elle est infime. Il arrive aussi que vous ne la voyiez pas à cause de son évidence et de son énormité. (Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, V ; Seuil, 1978, p. 53-54).

. Il est difficile d'abolir un système ancré dans les esprits, si on ne le remplace pas par un autre. (Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, XVI ; Seuil, 1978, p. 170).

. Nous condamnons toujours chez les autres ce que nous craignons de trouver en nous-même. (Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, XXIX ; Seuil, 1978, p. 320).

. Aimer un étranger comme soi-même implique comme contrepartie : s'aimer soi-même comme un étranger. (Simone Weil, La Pesanteur et la grâce, « Amour » ; coll. 10/18 n°2, 1962, p. 68).

. Être à nouveau comme dans l’enfance, et également en ce qui concerne les tendances sexuelles, son propre idéal, voilà le bonheur que veut atteindre l’homme. (Freud, La Vie sexuelle, V. « Pour introduire le narcissisme » ; P.U.F., 1969, p. 104).

. La mort de mon père, l’évènement le plus important, la perte la plus déchirante d’une vie d’homme. (Sigmund Freud, L’Interprétation des rêves, préface de la deuxième édition ; France-Loisirs, 1989, p. 19).

. Il est impossible à l’homme de faire son propre portrait ; il s’embellit ou s’enlaidit, même par vanité, pour paraître original. (Pierre-Claude-Victoire Boiste, Dictionnaire universel de la langue française, article « Portrait », Verdière, 1823, p. 523).

. Ludovico : « Bien des fois on connaît mieux les gens courageux aux petites choses qu’aux grandes, et souvent, dans les périls d’importance, et là où il y a beaucoup de témoins, on trouve des hommes qui, bien que leur cœur soit glacé de peur dans leur poitrine, sont cependant poussés par la honte ou par la présence de la compagnie, et se jettent dans la mêlée les yeux fermés, pour y faire leur devoir, Dieu sait comment ; et dans les affaires qui ne pressent guère, et où il semble qu’ils puissent, sans être remarqués, éviter de se mettre en danger, ils se laissent volontiers placer dans un endroit sûr. » (Baldassar Castiglione, Le Livre du courtisan, I, 17 ; G.F. n°651, 1991, p. 42). 

. La haine entraîne des conséquences pires que la cécité ou la surdité totales. Elle a la propriété de fausser toutes les informations qu’on essaie de donner et de les interpréter en un sens contraire. […] La haine rend non seulement aveugle et sourd mais incroyablement bête. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. VII, Flammarion, 1973, p. 124).

. L’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine. (Simone Weil, L’Enracinement, II ; Quarto, 1999, p. 1052).

. Il est toujours important, quelle que soit la nation à laquelle on appartient, d’avoir des parents qui parlent bien leur langue. La langue est presque le bien le plus précieux que les parents puissent léguer à leurs enfants. Aussi loin que puisse aller l’esprit d’égalitarisme, aux premières paroles que prononce quelqu’un, on sait tout de suite à qui l’on a affaire. Et lorsqu’on a une culture littéraire, aux deux ou trois premiers auteurs cités, on sait déjà s’il vaut la peine de poursuivre le dialogue, s’il a des chances d’être fécond. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, III, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 45).

. Celui qui veut encore éprouver pour ses semblables des sentiments chaleureux et bienveillants, est obligé de se concentrer sur un petit nombre d'amis. Car nous sommes ainsi faits qu'il est impossible d'aimer l'humanité entière, quel que soit le bien-fondé de cette exigence morale. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. II, Flammarion, 1973, p. 27).

. La reconnaissance d’une situation hiérarchique n’est pas un obstacle à l’amour. […] Dire qu’une hiérarchie naturelle entre deux personnes soit un obstacle à des sentiments cordiaux, déclarer qu’il s’agit là d’une « frustration » est l’un des plus grands crimes commis par la doctrine pseudo-démocratique. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. VII, Flammarion, 1973, p. 118-119).

. Un danger cesse d'être épouvantable, si l'on en connaît les causes. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, avant-propos, Flammarion, 1973, p. 8-9).

. La Reine : « Quiconque a l’expérience du malheur / Sait combien les mortels s’effraient de tout / Quand les flots du malheur les assaillent ; / Mais quand le sort leur est propice, / Ils croient que le bonheur soufflera toujours. » (Eschyle, Les Perses, vers 598-602 ; Pléiade, 1967, p. 36-37).

. « Il n’y a pas plus crédule que ceux qui ne croient plus à rien. » (Guy Breton, « Casanova et Mme d’Urfé. Réponses à l’incrédule », dans Histoires magiques de l’histoire de France, tome I, Omnibus, 2012, p. 474).

. Conseiller les gens sur leurs investissements est un exercice très dangereux, à moins d’en faire une occupation rémunérée. Si l’investissement leur rapporte de l’argent, ils se félicitent de leur discernement. Mais dans le cas contraire, ils se souviennent de celui qui les a conseillés. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 6 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 96).

. Éleuthère : « Faire du mal à quelqu’un, c’est vouloir se prouver sa propre existence par son effet sur autrui. C’est un des contraires de l’égoïsme, lequel consiste au fond à se définir par soi seul, hors de toute idée de non-moi, comme le dieu des stoïciens. C’est une forme de l’altruisme. » (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, II, Émile-Paul, 1920, p. 41-42).

. Marius : « Les folies, tu sais, c'est toujours pareil, dès qu'on a ce qu'on voulait, on se demande un peu pourquoi on l'a voulu ! » (Marcel Pagnol, Fanny (1931), III, 2 ; éd. Pastorelly, 1970, p. 202).  

. Il n’y a pas de situation plus cruelle, selon moi, que de valoir mieux que sa conduite ; on se juge avec tant de sévérité et pourtant l’abaissement est si pénible ! (Mme de Duras, lettre à Mme Swetchine, 20 septembre 1817 ; reproduite dans Comte de Falloux, Madame Swetchine. Sa vie et ses œuvres, Auguste Vaton lib.-éd., 1860, tome I, chapitre IX, p. 215).

. Les raisons ne sont pas ce qui compte, mais les mobiles. Les premières masquent les seconds plus qu’elles ne les traduisent. (Jean Chauvel, Commentaire I. De Vienne à Alger (1938-1944), Fayard, 1971, p. 177).

. Ce qui sert de clef pour un être, c’est bien moins les péchés qu’il commet que les justifications qu’il en donne. (Yvette Habib-Sheringham, lettre à Henri Guillemin, citée par celui-ci dans Parcours, Seuil, 1989, p. 94).

. Il est peu de pardons où n’entre du découragement. (Yvette Habib-Sheringham, texte confié Henri Guillemin, publié par celui-ci dans Parcours, Seuil, 1989, p. 96).

. L'approche est toujours plus belle que l'arrivée, le désir que la possession. (Jacques Rivière, lettre à Alain-Fournier, 9 septembre 1908 ; dans Jacques Rivière / Alain-Fournier, Correspondance 1904-1914, tome II. 1907-1914, Gallimard, 1991, p. 229).

. Le trop d’esprit me cause mon dommage, / Et mon mal vient de trop de jugement. (Ronsard, Le Premier livre des Amours, LXXVIII, vers 13-14 ; Pléiade tome I, 1993, p. 64).

 

LES FEMMES ET L'AMOUR

. Claudius : « Bah, toutes les femmes sont les mêmes au fond. Heureux celui qui épouse un beau visage et un large douaire ! que peut-il désirer de plus ? » (Edward Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), I, 2 ; Pocket n°2237, 1984, p. 19).

. Lucien : « Toutes les mêmes ! Toutes les mêmes ! Ça vous tue papa et maman un beau soir dans le potage pour suivre le petit jeune homme, c'est prêt à voler pour lui, à se vendre au coin des rues, à descendre aussi bas qu'il faut. Mais s'il préfère la pudeur, le cher ange, s'il préfère le sentiment et la vertu, il n'a qu'à le dire ! C'est si facile ! Elles peuvent aussi, c'est la même chose ! Et sincèrement ! Se refuser et baisser les yeux, et rougir si on ose un mot devant elles, et être sublimes. Elles peuvent tout ! Elles peuvent tout tant que cela dure ! […] Ce qu'elles ne peuvent pas, c'est que cela soit vrai encore demain ! Elles sont honnêtes au jour le jour. C'est leur façon à ces mignonnes. Et le malheur, c'est que nous n'avons pas besoin d'autre chose que de demain, nous autres. Ça nous est bien égal, cet amour pour aujourd'hui qu'elles nous offrent. Il n'est rien si demain n'est pas sûr. C'est pour cela que nous crevons dans le bonheur, à côté d'elles, invivables, jusqu'à ce qu'elles nous quittent enfin un jour, lassées, nous laissant tous les torts. » (Jean Anouilh, Roméo et Jeannette dans Nouvelles pièces noires, La Table ronde, 1976, p. 309-310).

. « Pour croire au bonheur, il faut croire aux femmes. Et pour croire aux femmes, il faut croire aux anges. » (André Malraux, propos tenu à Jules Roy, placé par celui-ci en épigraphe de son roman Le Désert de Retz, Grasset 1978, page 7).

. Victime d'une croyance erronée (qui a saisi même des cerveaux plus forts) selon laquelle la femme, cette forme rabougrie de l'être humain, stade intermédiaire vers l'homme, le maître de la création, le créateur de la culture, serait égale à l'homme ou pourrait l'être, et se développerait en un effort déraisonnable qui la fait tomber. Déraisonnable parce qu'une forme rabougrie, régie par les lois de la reproduction, finit toujours par naître rabougrie et ne peut jamais atteindre celui qui a de l'avance, selon la formule : A (l'homme) et B (la femme) émanent du même point C ; A (l'homme) avec une vitesse de disons 100 et B (la femme) avec une vitesse de 60. Quand, demandera-t-on, B rattrapera-t-il A ? – Réponse : Jamais ! ni à l'aide d'un enseignement égal, d'un droit de vote égal, de désarmement ou de tempérance, aussi peu que deux lignes parallèles peuvent jamais se recouper l'une l'autre. (August Strindberg, préface à Mademoiselle Julie ; trad. Régis Boyer, GF n°970, p. 61-62).

. Tournez le dos à une femme, puis regardez-la de nouveau, elle aura mis dans son lit votre caricature. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval ; Livre de poche n°1473, 1965, p. 200-201).

. L’amour, c'est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. (Jacques Lacan, Séminaire XII, 1964-65. Les Problèmes cruciaux pour la psychanalyse, leçon 12, 17 mars 1965 ; Publication hors commerce de l'Association freudienne internationale, 2000, page 223).

. Le propre d’un esprit de femme, c’est que, sauf les moments vifs, toutes les idées y sont vagues et en train de se fondre l’une dans l’autre. Elle vous y voit poindre comme une lueur dans un brouillard mouvant et rose. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. V, éd. Hachette, 1867, p. 53).

. On s’étudie trois semaines, on s’aime trois mois, on se dispute trois ans, on se tolère trente ans, et les enfants recommencent. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. V, éd. Hachette, 1867, p. 51).

. Donner à une femme du raisonnement, des idées, de l’esprit, c’est mettre un couteau dans la main d’un enfant. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. XXIII, éd. Hachette, 1867, p. 301).

. Don Fabrice Salina : « Eh oui, l’amour. Feu et flammes pendant un an, et cendres pendant trente. » (Lampedusa, Le Guépard (1958), II ; Seuil, 1959, p. 71).

. Elle avait trop d’orgueil et trop d’ambition pour céder à cet anéantissement provisoire de la personnalité sans lequel il n’existe pas d’amour. (Lampedusa, Le Guépard (1958), IV ; Seuil, 1959, p. 133).

. [Tancrède et Angélique] offraient le spectacle le plus pathétique que l’on pût voir : celui de deux êtres très jeunes, amoureux, qui dansent ensemble, aveugles à leurs défauts réciproques, sourds aux avertissements du destin, persuadés que le chemin de leur vie sera lisse comme le plancher du salon. C’étaient de candides acteurs à qui le metteur en scène fait jouer les rôles de Roméo et Juliette sans leur montrer la crypte et le poison prévus par le scénario. (Lampedusa, Le Guépard (1958), VI ; Seuil, 1959, p. 204).

. Les femmes, en général, n’ont guère qu’un objet [de vanité], qui est leur beauté, sur lequel il n’y a pas de flatterie trop épaisse pour qu’elles ne la puissent bien avaler. C’est à peine si la nature a formé une femme assez laide pour être insensible aux éloges que l’on fait de sa personne. (Lord Chesterfield, Lettres à son fils Philippe Stanhope, lettre n°97, 16 octobre 1747 ; trad. Amédée Renée, éd. Jules Labitte, 1842, tome I p. 182).

. Nous sommes toute leur vie : elles ne sont pas toute la nôtre. Voilà bien la misère entre les deux mondes et l'abîme : le sexe seul les unit. Or il est la négation de l'individu. Le sexe est de l'espèce. L'esprit est le contraire. Mais l'esprit n'est que de l'homme. Même la pensée, en elles, est de l'espèce. La femme est le parasite de l'homme, comme l'enfant est le parasite de la femme. Pas un enfant ne peut rester seul : il se croit perdu : la forêt de la vie l'épouvante. Pas une femme ne peut se faire à la solitude ; seule, elle se sent trahie et maudite. L'enfant se donne un droit absolu sur la femme ; et la femme, sur l'homme. (André Suarès, Variables, CXVII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 255).

. Amour, l'amour, encore l'amour ! s'écrie l'abbé, en levant les bras au ciel. On en dit tout le mal du monde ; et ce n'est pas encore assez. Ah, que ne peut-on n'en rien dire, et n'en plus parler. Les bonnes bêtes n'en parlent pas, et le font. Elles y pensent encore moins. Pauvres bêtes. Saintes bêtes. (André Suarès, Variables, CLXVII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 265).

. Sexe contre sexe, l'union même est un débat de la force. Une vraie femme sait qu'elle doit être dominée. Elle veut sentir une force supérieure ; elle s'y ploie, elle y consent ; mais souvent dans un secret instinct de la ruiner. Instinct pervers, naturel à la ruse. (André Suarès, Variables, CLXXI ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 266).

. Plus l'homme se fait esprit, plus il s'éloigne de l'espèce. Et moins il est le mâle, sinon par à-coups. Plus la femme s'élève ou croit s'élever dans la vie spirituelle, plus elle est femelle ; et même comme si ce n'était pas assez, elle veut être aussi le mâle et le fait. Quel contraste plus fort, entre eux, que celui-là ? Le sexe de l'homme tend à être cérébral ; et le cerveau de la femme tend au sexe. (André Suarès, Variables, CLXXII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 266).

. « Pour que le mariage aille son chemin tranquillement et sans querelles, il faut que le mari soit sourd et la femme aveugle. » (Alphonse V d’Aragon, propos rapporté par Érasme, Apophtegmata, VIII, 4 ; éd. S. Gryphe, Lyon, 1548, p. 667 : Ita demum matrimonium tranquille citraque querimonias exigi posse, si maritus surdus fiat, uxor cæca).  

. Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé. (Maupassant, Le Père Milon, « Confessions d’une femme » ; Pléiade Contes et nouvelles tome I, 1974, p. 468).

. Serpoukhovskoï : « Dans la carrière d’un homme, la femme est toujours la grande pierre d’achoppement. Il est difficile d’aimer une femme et de rien faire de bon. Le mariage seul permet de ne pas être réduit à l’inaction par l’amour. […] Suppose que tu portes un fardeau : tant qu’on ne te l’aura pas lié sur le dos, tes mains demeureront embarrassées. C’est ce que j’ai éprouvé en me mariant : mes mains sont tout à coup devenues libres. Mais traîner ce fardeau sans le mariage, c’est se vouer fatalement à l’inactivité. » (Léon Tolstoï, Anne Karénine, III, 21 ; Pléiade, 1951, p. 348).

. Serpoukhovskoï : « Pense à ce que je t’ai dit et retiens encore ceci. Les femmes sont toutes plus matérielles que les hommes : en amour, nous planons, mais elles rasent toujours la terre... »  (Léon Tolstoï, Anne Karénine, III, 21 ; Pléiade, 1951, p. 349).

. Combien de fois ne s’était-il pas répété que le bonheur n’existait pour lui que dans cet amour ; et maintenant qu’elle l’aimait comme seule peut aimer une femme qui a tout sacrifié à sa passion, il se sentait plus loin du bonheur qu’à l’époque où il avait quitté Moscou pour la suivre. C’est qu’alors une promesse de félicité luisait dans son infortune, tandis que maintenant les jours lumineux appartenaient au passé. (Léon Tolstoï, Anne Karénine, IV, 3 ; Pléiade, 1951, p. 397). 

. Amour ! pourquoi fais-tu l’état heureux de tous les êtres et le malheur de l’homme ? C'est qu'il n'y a que le physique de cette passion qui soit bon ; c'est que, malgré ce que peuvent dire les gens épris, le moral n'en vaut rien. Qu'est-ce en effet que le moral de l'amour ? la vanité ; vanité dans le plaisir de la conquête, erreur qui vient de ce qu'on en fait trop de cas ; vanité dans le désir de la conserver exclusivement, état malheureux qu'accompagne toujours la jalousie, petite passion, si basse qu'on voudrait la cacher ; vanité dans la manière d'en jouir, qui fait qu'on ne multiplie que ses gestes et ses efforts sans multiplier ses plaisirs ; vanité dans la façon même de la perdre, on veut rompre le premier ; car si l'on est quitté, quelle humiliation ! et cette humiliation se tourne en désespoir lorsqu'on vient à reconnaître qu'on a été longtemps dupe et trompé. (Buffon, Discours sur la nature des animaux (1753) ; Pléiade, 2007, p. 477-478). — Tout ce qu’il y a de moral dans l’amour est factice et dangereux : il n’y a de bon que le physique de cette passion. (Sénac de Meilhan, L’Émigré, IV, lettre 124 ; Folio n°4122, 2004, p. 367).

. Étéocle : « Que ni dans les malheurs ni dans la chère prospérité / Je n’habite auprès de l’engeance féminine ! / Triomphante, elle a l’insolence infréquentable ; / Craintive, elle est la plaie des foyers et des villes. » (Eschyle, Les Sept contre Thèbes, vers 187-190 ; Pléiade, 1967, p. 78).

. Le coryphée : « Il a raison le fameux proverbe, et il ne ment pas quand il dit : rien avec ces calamités, rien sans ces calamités ! » (Aristophane, Lysistrata, vers 1038-39 ; Pléiade, 1997, p. 634).

. L’homme qui sait braver l’opinion, et la femme qui s’y soumet et même s’y sacrifie, montrent également la noble fierté de leur caractère. (Suzanne Curchod épouse Necker, Commencement d’un éloge de Mme de Sévigné, dans Mélanges extraits des manuscrits de Mme Necker, tome III, Charles Pougens, 1798, p. 386).

. Rondibilis : « Tout homme marié est en danger d’être cocu. Cocuage est naturellement des apanages du mariage. » (Rabelais, Tiers livre (1546), XXXII ;  Pléiade Huchon, 1994, p. 453).

. Rondibilis : « Quand je dis femme, je dis un sexe tant fragile, tant variable, tant muable, tant inconstant et imparfait, que nature me semble […] s’être égarée de ce bon sens par lequel elle avait créé et formé toutes choses, quand elle a bâti la femme. » (Rabelais, Tiers livre (1546), XXXII ;  Pléiade Huchon, 1994, p. 453).

. Posthumus : « Si je pouvais découvrir en moi ce qui me vient de la femme ! car il n’y a pas dans l’homme de tendance vicieuse qui, je l’affirme, ne lui vienne de la femme : est-ce le mensonge ? eh bien ! il vient de la femme ! la flatterie ? d’elle encore ! la perfidie ? d’elle ! la luxure et les pensées immondes ? d’elle ! d’elle ! la rancune ? d’elle ! Ambitions, cupidités, capricieuses vanités, dédains, envies friandes, médisances, inconstance, tous les défauts qu’on peut nommer, ou même que l’enfer connaît, viennent d’elle, tous ou presque tous : non, je disais bien, tous ! Car, même envers le vice, elles ne sont pas constantes ; sans cesse elles quittent un vice vieux d’une minute pour un autre moins vieux de moitié… Je veux écrire contre elles, les détester, les maudire… Mais non ! le plus grand raffinement d’une vraie haine est de prier qu’elles aient tous leurs désirs. Le démon même ne pourrait pas mieux les tourmenter ! » (Shakespeare, Cymbeline, II, 5 ; trad. F.-V. Hugo, Pléiade Fluchère, tome II, 1959, p. 1338).

. Le père de Thérèse : « Toutes des hystériques quand elles ne sont pas des idiotes ! » (François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, I et VI ; Pléiade Œuvres romanesques et théâtrales, tome II, 1979, p. 22 et 54).

. Le narrateur : « Pourquoi les femmes charmantes épousent-elles toujours des hommes insignifiants ? » — Miss Waterford : « Parce que les hommes intelligents n’épousent pas les femmes charmantes. » (Somerset Maugham, L’Envoûté, chap. 4 ; dans Romans, tome 2, Omnibus, 1996, p. 21).

. Enguerrand de Marigny : « La vertu des femmes est chose incertaine, autant que leur beauté est chose passagère. » (Maurice Druon, Les Rois maudits, II. La Reine étranglée, II, 1 ; éd. Rencontre, Lausanne, s.d. [1969], p. 101).

. Chacun de nous, sentant le vide autour de lui, le vide insondable où s'agite son cœur, où se débat sa pensée va comme un fou, les bras ouverts, les lèvres tendues, cherchant un être à étreindre. Et il étreint à droite, à gauche, au hasard, sans savoir, sans regarder, sans comprendre, pour n'être plus seul. Il semble dire, dès qu'il a serré les mains : « Maintenant vous m'appartenez un peu. Vous me devez quelque chose de vous, de votre vie, de votre pensée, de votre temps. » Et voilà pourquoi tant de gens croient s'aimer qui s'ignorent entièrement, tant de gens vont les mains dans les mains ou la bouche sur la bouche, sans avoir pris le temps même de se regarder. Il faut qu'ils aiment, pour n'être plus seuls, qu'ils aiment d'amitié, de tendresse, mais qu'ils aiment pour toujours. Et ils le disent, jurent, s'exaltent, versent tout leur cœur dans un cœur inconnu trouvé la veille, toute leur âme dans une âme de rencontre dont le visage leur a plu. Et, de cette hâte à s'unir, naissent tant de méprises, de surprises, d'erreurs et de drames. (Maupassant, Sur l’eau, 12 avril ; Folio n°2408, 1993, p. 127).

. La nourrice : « Quand un humain à un autre s’attache / Ce devrait être d’un amour modéré / Qui ne pénètre pas jusqu’à la moelle de l’âme. / Il faudrait que le lien des cœurs pût aisément se dénouer, / Se rejeter, se resserrer. / Mais celui qui seul se torture pour deux, / Ainsi que je le fais pour elle, il plie sous le faix. / Imposer à la vie des passions violentes / C’est lui donner, dit-on, plus de tourment que de bonheur, / Et nuire à la bonne santé. » (Euripide, Hippolyte, vers 253-263 ; Pléiade, 1962, p. 220).

. Don Juan : « Voilà, le mot est prononcé, tu as tout dit : l’amour ! Pauvre fille, à soixante ans tu diras "Dieu" comme tu as dit "l’amour" à vingt, avec les mêmes yeux, avec la même foi, le même enthousiasme. C’est bien une femme qui parle. » (Éric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes, II, 3 ; Magnard Classiques et contemporains n°61, 2004, p. 64).

. Don Juan : « Trahison ! trahison ! Vous avez toutes cette écume à la bouche. Mais c’est vous, femmes, qui vous montrez les plus fausses. Il faut que l’on vous jure des engagements éternels pour que vous nous rendiez cinq minutes de plaisir. Or ce n’est qu’un code, tout le monde le sait : des paroles pour quelques actes. Il n’y a pas traîtrise, il y a marché : le traître, c’est celui qui fait semblant de l’ignorer. » (Éric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes (1991), II, 3 ; Magnard Classiques et contemporains n°61, 2004, p. 69-70).

. La comtesse : « J’ai appris qu’en amour il n’y avait pas d’amour, mais des vainqueurs et des vaincus… J’ai appris que la victoire n’avait d’autre but que la victoire, qu’il n’y avait pas d’après… J’ai appris que le plaisir est fade s’il n’a le goût du mal, que la caresse toujours préfigure la gifle et le baiser ébauche la morsure… J’ai appris qu’on attrape les hommes par la queue mais qu’on les saigne au cœur… » (Éric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes (1991), III, 12 ; Magnard Classiques et contemporains n°61, 2004, p. 109-110).

. Depuis Adam, il n’y a eu guère de méfait en ce monde où une femme ne soit entrée pour quelque chose. (William Thackeray, Barry Lyndon, chap. I, incipit ; G.F. n°559, 1990, p. 41).

. Est-ce que les femmes n’espèrent point toujours autre chose que ce qui est ! (Maupassant, Bel-Ami, II, 1 ; Pléiade Romans, 1987, p. 360).

. Ces mots lui semblaient doux et caressants. Dits par l’autre tout à l’heure, ils l’irritaient et l’écœuraient. Car les paroles d’amour, qui sont toujours les mêmes, prennent le goût des lèvres dont elles sortent. (Maupassant, Bel-Ami, II, 5 ; Pléiade Romans, 1987, p. 419).

. Françoise : « Quand une femme s’engage à vous aimer, il ne faut pas toujours la croire. Mais quand elle s’engage à ne pas vous aimer, eh bien ! il ne faut pas trop la croire non plus. » (Édouard Bourdet, La Prisonnière (1926), acte II ; dans Théâtre complet, tome I bis, Stock, 1960, p. 258).

. Les femmes préfèrent toujours les hommes insignifiants, car ils leur ressemblent. (Pär Lagerkvist, Le Nain (1944) ; dans Œuvres, Stock, 1981, p. 232).

. L’amour serait-il donc un beau poème ne contenant rien, du moins rien de défini, mais qu’on se plaît à écouter lorsqu’il est récité joliment et avec ferveur ? Cela ne me paraît pas impossible. (Pär Lagerkvist, Le Nain (1944) ; dans Œuvres, Stock, 1981, p. 237).

. C’est inouï, ce que les gens ont l’air idiot quand ils sont amoureux, surtout lorsqu’ils aiment en vain. Leur expression devient étrangement niaise et je ne puis comprendre comment on peut prétendre que l’amour embellit. (Pär Lagerkvist, Le Nain (1944) ; dans Œuvres, Stock, 1981, p. 278).

. Antonin : « Le Coran dit que "la femme est un chameau qui aide l’homme à traverser le désert de la vie." [1] Cette vision est encore trop flatteuse. La femme est plutôt une sorte d’Attila qui réussit à rendre n’importe quelle oasis désertique… » (Arno Klarsfeld, Les Dieux ne songent qu’à dormir (1995), chap. 13, J’ai lu n°4360, 1996, p. 141).

. Je le déclare avec une foi profonde, la théorie de la femme libre me semble une théorie aussi fatale qu’insensée ! J’aimerais mieux voir la femme éternellement subordonnée comme elle l’est aujourd’hui, que de la voir libre d’une telle liberté. Du moins à cette heure n’est-elle sous le joug que des lois et des hommes, c’est-à-dire de ce qui n’est pas elle ; mais, femme libre, elle serait esclave de ses passions matérielles, esclave de son corps et de ses vices ; mieux vaut l’assujettissement que la dégradation. (Ernest Legouvé, Histoire morale des femmes, « Dessein général de l’ouvrage », Gustave Sandré, 1849, p. 3-4).

. Blaise : « L'amour, ce n'est pas une passion, c'est une maladie. » (Marcel Pagnol, Jazz, I, 6 ; éd. Pastorelly, 1975, p. 97).

. Elle écrivait encore : « Chéri, ton amour change. […] Eh bien, tu m’aimeras autrement, tendrement, etc. » Il froissait la lettre. Comme si l’amour « changeait » ! Comme si son seul changement n’était pas de mourir ! (Julien Benda, L’Ordination, I, 2, Émile-Paul, 1913, p. 92).

. Il est si difficile de trouver dans une seule personne la réunion des perfections qui assurent la durée de l'amour. Il doit arriver quelquefois sans doute qu'une femme qui a deux amants et qui les garde tous les deux à l'insu l'un de l'autre, les aime tous les deux à des titres divers. Ce sont deux égoïstes qu'elle réconcilie dans son cœur. Ce sont deux moitiés de perfection que l'on rapproche. La pauvre femme est justifiée, car être infidèle, qu'est-ce bien souvent, sinon compléter son idéal ? (Maurice Joly, Recherches sur l'art de parvenir (1868), VI, 5 ; Allia, 1992, p. 267).

. Éleuthère : « Être irrespecté […], important facteur du plaisir de l’amour. Se dire que, par ce qu’on fait et par ce qu’on laisse faire, on déchoit tout d’un coup de ce être respecté qui semble comme cousu à votre humaine personne. Pour les femmes, c’est les trois quarts du plaisir. Mais n’est-ce pas, dira-t-on, tout simplement le plaisir du retour à l’animalité ? Hé non ! le plaisir, c’est qu’à ce retour il y ait un témoin. C’est bien le plaisir d’être irrespecté, méprisé. C’est la volupté de la honte. – Ce plaisir doit être d’autant plus vif que dans la vie courante on est plus respecté. […] Et tout cela n’est pas sans rapport avec l’humilité religieuse. Combien aimeraient être traitées par Dieu comme Jean-Jacques aimait de l’être par Mademoiselle Lambercier ! (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, II, Émile-Paul, 1920, p. 27-28).

. Il sentait soudain la pauvreté de cette information, dont se contente le monde, dont se contente l’histoire : « Il était son amant ». Comme si la vraie question n’était pas : « Comment l’était-il ? Jusqu’à quelle réserve d’elle-même ? » (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, II, Émile-Paul, 1920, p. 33).     

. La possession de la femme […] lui semblait la forme entière de domination. La seule forme. Auprès d’elle, toutes les autres faisaient rire. Qu’est-ce que c’est que de tenir un esclave sous son fouet, un vaincu sous son genou, un soldat sous sa botte, qu’est-ce que tout cela auprès de clouer sur un lit un être tremblant et nu, d’enserrer ses mouvements, de lui imposer son haleine, de s’installer en lui, de s’y mouvoir, et de le souiller par la rieuse expansion de sa joie la plus basse ? La femme qui, hors de sa volonté, hors seulement de son désir, – par devoir, – a subi un tel sort a connu la dernière des hontes. La femme qui a dû se laver d’un homme qu’elle n’aime pas est proprement une loque humaine. Entre elle et une âme libre, plus rien de commun. (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, II, Émile-Paul, 1920, p. 38-38).

. Éleuthère : « Il y a l’idée du plaisir que l’on cause. Je dis que l’on cause. Le plaisir de l’autre ne me réjouit que parce que je le cause. Quand les femmes viennent nous dire que le plaisir de l’aimé fait toute leur joie, elles manquent de précision : le plaisir de l’aimé causé par une autre ne fait pas du tout leur joie. (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, II, Émile-Paul, 1920, p. 40-41).

. Éleuthère : « Il nous faut entretenir la haute opinion que les femmes ont d’elles-mêmes, parce que nous décuplons ainsi la joie que nous procure leur défaite. » (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, III, Émile-Paul, 1920, p. 47).

. Non, celui n’aime point, ou bien il aime peu, / Qui peut donner par signe à connaître son feu, / Et qui peut raconter le quart de ce qu’il aime. (Ronsard, Le Second livre des Amours, pièce n°32 en 1572 supprimée en 1578, vers 11-14 ; Pléiade tome I, 1993, p. 274).

. Il fallait par présents consacrés aux autels / Acheter nos enfants des grands Dieux immortels, / Et non user sa vie avec ce mal aimable, / Les femmes, passion de l’homme misérable, / Misérable et chétif d’autant qu’il est vassal, / Durant le temps qu’il vit, d’un si fier animal. (Ronsard, Le Second livre des Amours, « Élégie à son livre », vers 101-106 ; Pléiade tome I, 1993, p. 170).

. Aimer vraiment est une maladie, / Les médecins la savent bien juger, / Nommant ce mal fureur de fantaisie, / Qui ne se peut par herbes soulager. (Ronsard, Le Second livre des Amours, « Chanson : Je veux chanter en ces vers ma tristesse… », vers 69-72 ; Pléiade tome I, 1993, p. 180).

. Voilà que c'est d'aimer : ceux qui ont mérité / D'être récompensés sont en douleur profonde : / Et le sot volontiers est toujours bien traité. / Ô traître et lâche Amour que tu es malheureux ! / Malheureux est celui qui devient amoureux. (Ronsard, Le Second livre des Amours, XXXI, vers 10-14 ; Pléiade tome I, 1993, p. 197).

 

RELIGION

. Si on soumet tout à la raison, notre religion n'aura rien de mystérieux et de surnaturel. Si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule. (Pascal, Pensées, éd. Le Guern n°162 ou Sellier n°204, Pléiade tome II, 2000, p. 602).

. Arbacès : « Il faut une croyance à l’homme, continua l’Égyptien d’un ton grave, il doit attacher ses espérances à quelque chose […]. Je vous ai avoué que ces déités en l’honneur desquelles on fait fumer tant d’encens n’étaient que des inventions. Je vous ai avoué que nos rites et nos cérémonies n’étaient que des momeries, imaginées pour abuser le troupeau des hommes dans son propre intérêt. Je vous ai expliqué comment ces artifices formaient les liens de la société, l’harmonie du monde, le pouvoir du sage, pouvoir fondé sur l’obéissance du vulgaire. Conservons donc ces superstitions salutaires ; puisqu’il faut une croyance à l’homme, qu’il garde celle que ses pères lui ont rendue chère, celle que l’usage sanctifie et fortifie. En cherchant une foi plus subtile pour nous, dont les sens délicats ne sauraient s’accommoder à celle-là, ne privons pas les autres de l’appui qui nous manque. Cela est sage, cela est bienfaisant. » (Edward Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), I, 8 ; Pocket n°2237, 1984, p. 87-88).

. J'appelle le christianisme l'unique grande calamité, l'unique grande perversion intérieure, l'unique grand instinct de haine qui ne trouve pas de moyen assez venimeux, assez clandestin, assez souterrain, assez petit — je l'appelle l'unique et l'immortelle flétrissure de l'humanité... (Nietzsche, L’Antéchrist, § 62 ; coll. Bouquins tome II, 1993, p. 1103).

. Ô vieux monde ! tout ce que tu as révéré est donc méprisé ; tes idoles sont donc renversées dans la poussière ; de maigres anachorètes vêtus de lambeaux troués, des martyrs tout sanglants et les épaules lacérées par les tigres de tes cirques, se sont juchés sur les piédestaux de tes dieux si beaux et si charmants : le Christ a enveloppé le monde dans son linceul. (Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin, IX ; Pléiade tome I, 2002, p. 371).

. Virginité, mysticisme, mélancolie – trois mots inconnus – trois maladies nouvelles apportées par le Christ. (Théophile Gautier, Mademoiselle de Maupin, IX ; Pléiade tome I, 2002, p. 372).

. « Si Dieu existait, cela se saurait. » (Michel Contat, propos oral rapporté par Roland Jaccard, L'Âme est un vaste pays, 24 mars 1981, Grasset, 1984, p. 25).

. Poppée : « Tu comprends ce que tu dis ? » — Le mage, en souriant : « C’est le texte saint. Pas la peine de comprendre. » (Miklos Hubay, Néronissime ou l’empereur s’amuse (1975), 5 : « La forza dell’amore » ; P.O.F., 1984, p. 63).

. Réaliser Dieu est impossible sans une renonciation absolue au désir sexuel. (Gandhi, Lettres à l'Ashram, Extraits d’autres œuvres, III (article dans Young India, 24 juin 1926) ; Albin Michel, 1937, p. 95).

. En réalité il existe autant de religions que d’individus. (Gandhi, Lettres à l'Ashram, Extraits d’autres œuvres, X-XI ; Albin Michel, 1937, p. 105).

. La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l’athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n’est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d’eux-mêmes ne s’est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort. (Simone Weil, Cahier VI, Quarto, 1999, p. 858).

. La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple. (Karl Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel. Introduction ; Pléiade tome III (Philosophie), 1982, p. 383).

. Chacun, depuis des siècles, a pris le parti de croire avant de savoir. Or, ce croire fanatique est la source de tous les maux humains ; car on ne mesure point le croire, on s'y jette, on s'y enferme, et jusqu'à ce point extrême de folie où l'on enseigne qu'il est bon de croire aveuglément. C'est toujours religion ; et religion, par le poids même, descend à superstition. Suivez les démarches d’un partisan ; même des cris, même une bousculade heureuse lui font effet de preuves. (Alain, « Penser et croire », 14 décembre 1929 ; repris dans Propos sur des philosophes, XIX, P.U.F., 1961, p. 50 ; ou dans Pléiade Propos tome I, 1956, p. 898).

. Le polythéisme était à la mesure de l’homme.  Ce n’est pas qu’il fût raisonnable, ni même croyable. Mais le propre d'une religion est de n'être ni raisonnable ni croyable ; c'est un remède de l'imagination pour des maux d'imagination. […] Plusieurs dieux valaient mieux qu’un seul. Car l’allure qui convient à l’homme n’est pas l’obéissance passive, mais plutôt l’industrie, qui ruse, qui biaise, et qui commande en obéissant […]. Plusieurs dieux, cela représente nos chances et nos recours. […] Cela signifiait que la nature des choses n’est jamais toute mauvaise pour nous, jamais toute obstinée contre nous. Cela signifiait aussi que nos fautes n’étaient pas pesées par un seul juge, et que chaque homme avait, dans sa nature mêlée, de quoi plaire à un dieu ou à un autre. […] Le monothéisme est dur et inhumain. C’est une vue abstraite et un des pièges de l’esprit. […]  Pourquoi et comment remuer seulement un doigt, dans ce grand Être qui fait tout, et, bien pire, en qui tout est d’avance accompli ? Le fatalisme est le poison de toutes ces religions sublimes ; et l’homme n’y est plus rien du tout. Ce qui n’empêche pas un fanatisme féroce. […] Sous l’idée fataliste, il n’y a jamais aucune raison valable de faire ceci plutôt que cela, puisque, quoi qu’on fasse, on est toujours sûr d’obéir au grand Un. (Alain, « Plusieurs dieux », 1er octobre 1931 ; repris dans Les Saisons de l’esprit, LXXIX, Gallimard, 1937, p. 264-265 ; ou dans Pléiade Propos tome I, 1956, p. 1039-1041).

. Norbert de Varenne : « À quoi se rattacher ? Vers qui jeter des cris de détresse ? À quoi pouvons-nous croire ? / Toutes les religions sont stupides, avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes. / La mort seule est certaine. » (Maupassant, Bel-Ami, I, 6 ; Pléiade Romans, 1987, p. 300).

. Un jour [pendant la Première guerre mondiale] je me trouvais devant une tranchée qui subissait un feu nourri. Il fallait que je la traverse, et j’ai alors pensé qu’une prière aurait été de circonstance. Mais je me suis dit : « Non, si je ne me suis pas soucié du bon Dieu quand tout allait bien, ce serait mesquin de réclamer maintenant ses services ! » (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, IV, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 59).

. Incroyable mais vrai : le jour de Pâques, dans les familles catholiques, les enfants croient vraiment que les poules pondent des œufs en chocolat, et leurs parents croient vraiment que le Christ est ressuscité ! (Pierre Desproges, L’Almanach, 1988, éd. Rivages, p. 28).

. On ne rencontre jamais plus de dévots qu’aux temps de détresse. (Louis Pauwels, « Le prince blanc », dans Histoires magiques de l’histoire de France, tome II, Omnibus, 2012, p. 400).

. De tout temps, le monde produit des fabricants d'utopies mystiques ; mais quand les circonstances ne sont pas favorables, ces grands hommes demeurent de simples toqués ; si le terrain est propice, on voit leurs idées prendre un grand développement. Jamais les insanités théurgiques ne manqueront. […] Ce qui est intéressant, c’est de savoir pourquoi des conceptions aussi folles ont pu avoir du succès. (Georges Sorel, La Ruine du monde antique. Conception matérialiste de l’histoire (1894), éd. Marcel Rivière, 1933, p. 167).

. « Le laïc, quand il entend médire de la religion chrétienne, ne doit pas la défendre autrement qu'avec l'épée, dont il doit donner dans le ventre autant qu'elle peut y entrer. » (Saint Louis, propos oral rapporté par Joinville, Vie de Saint Louis, 53 ; classiques Garnier, 1995, p. 26-29).

. Où allons-nous si les chrétiens se mettent à croire à ce qu’ils disent et à en tirer les conséquences ? (Henri Guillemin, Parcours, été 1973, Seuil, 1989, p. 273).

 

MONDE MODERNE

. Qu'il soit réactionnaire de persécuter les pédés n'implique pas qu'il [soit] progressiste de se faire enculer. (Alain Soral, Jusqu'où va-t-on descendre ?, éd. Blanche, 2002, p. 128).

. Peut-être distinguera-t-on à la fin de ce siècle deux classes d'hommes, les uns formés par la télévision, les autres par la lecture. (Ernst Jünger, Soixante-dix s'efface II. Journal 1971-1980, 20 novembre 1979 ; Gallimard, 1985, p. 502).

. Autant d'imaginations que de races ; voyez la définition de l'homme heureux dans les proverbes : Le Français dit : « Il est né coiffé. » – La frisure, l'élégance, le monde, et les agréments du monde. / L'Anglais dit : « Il est né avec une cuiller d'argent dans sa bouche. » – Positiviste et vorace, la mangeaille, la bonne digestion, le confortable, l'apparence respectable et les écus. / L'Allemand dit : « Il est né dans une peau de bonheur. » – Vague, sentimental et terre à terre dans la vulgarité et la cuisine ; le marchand de saucisses idéaliste. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. XXIII, éd. Hachette, 1867, p. 303).

. Le Duc : « Oh ! vouloir à l’histoire ajouter des chapitres, / Et puis n’être qu’un front qui se colle à des vitres ! » (Edmond Rostand, L’Aiglon, II, 4 ; Folio n° 1764, 1986, p. 139).

. Don Fabrice Salina : « J’appartiens à une génération malchanceuse, en équilibre instable entre les temps anciens et modernes, et qui se sent mal à l’aise ici et là. » (Lampedusa, Le Guépard (1958), IV ; Seuil, 1959, p. 167).

. Don Fabrice Salina : « Tout cela ne devrait pas durer ; pourtant cela durera toujours ; le toujours humain, bien entendu, un siècle, deux siècles ; après quoi, ce sera différent, mais pire. Nous fûmes les Guépards, les Lions : ceux qui nous succéderont seront les Chacals, les Hyènes. Et tous tant que nous sommes, Guépards, Chacals, Brebis, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre. » (Lampedusa, Le Guépard (1958), IV ; Seuil, 1959, p. 171).

. Et toujours la même question, qui reste pour moi sans réponse globale : pourquoi le passé, avec si peu de moyens, a-t-il fait tant de beauté, quand notre époque, avec tant de richesse, n'a produit que de la laideur ? (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 22 juin, p. 214).

. Grant : « Le mouvement darwinien n'a rien changé dans l'humanité sauf, peut-être, qu'au lieu de parler philosophie sans esprit philosophique, les hommes parlent maintenant science sans esprit scientifique. » (G.K. Chesterton, Le Club des métiers bizarres, « Séquestration de la vieille dame » ; Gallimard, 1980, p. 177).

. Dr Robert : « Les armements, l’endettement universel et l'obsolescence programmée, voilà les trois piliers de la prospérité occidentale. Si la guerre, le gaspillage, et les prêteurs étaient abolis, vous vous écrouleriez. » (Aldous Huxley, Île, chap. IX ; Pocket n°1827, 1979, p. 194).

. À mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s'accroître en compensation. (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, préface nouvelle 1946 ; Pocket n°1438, 1994, p. 17).

. L’âge de la chevalerie est passé. Celui des sophistes, des économistes et des calculateurs lui a succédé ; et la gloire de l'Europe est éteinte à jamais. (Edmund Burke, Réflexions sur la révolution de France, chap. 3 ; éd. Pluriel n°8475, 1989, p. 96).

. Société de consommation. Le grand art est d’appeler au festin ceux qui sont inscrits au menu. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 20).

. Défavorisés. S’empresser de les « comprendre » pour les empêcher de s’expliquer. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 22).

. Devoir de mémoire. La vocation des victimes d’une génération est d’assurer la bonne conscience des générations suivantes. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 25).

. Économie. Une des rares sciences exactes capables de prévoir ce qui devait se produire une fois que c’est arrivé. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 27).

. Insoumission. Doit être totale, mais intérieure, pour ne pas mettre en péril la démocratie économique. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 40).

. Libre-échange. « Donnant donnant : tu me cèdes ta liberté aujourd’hui, et je te promets la prospérité pour après-demain. » (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 42).

. Logique économique. Faire croire que l’économie obéit à la logique pour faire obéir ceux qui croient à la raison. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 43).

. Logique journalistique. Déplorer dans les pages Société les conséquences de ce qu’on applaudit dans les pages Économie. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 43).

. Publicité. On appelle liberté de réaliser nos désirs la soumission à ceux qui nous les inspirent. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 59).

. Sans-papiers. « Ouvrons grandes nos frontières : notre combat contre l’exclusion sortira renforcé de l’augmentation massive du nombre des exclus. » (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 61).

. Pirenne : « C’est en Amérique que s’accumulent tous les déchets du monde. Un pays qui crée à ce point de la puissance matérielle ne peut pas être la tête de l’humanité, mais son ventre… » (Raymond Abellio, La Fosse de Babel, I, VII, 31, Gallimard, 1962, p. 183).

. Quand les sociologues modernes parlent de la nécessité de se conformer à l’esprit du temps, ils oublient que l’esprit du temps, en ce qu’il a de mieux, est l’œuvre de gens qui ne veulent se conformer à rien du tout. En ce qu’il a de pire, il est l’œuvre de plusieurs millions de créatures apeurées qui se conforment toutes à un esprit qui n’existe pas. […] Chacun parle de l’opinion publique, entendant par là l’opinion publique moins la sienne. Chacun apporte sa contribution négative, étant sous l’impression erronée que la contribution de son voisin est positive. Chaque homme soumet sa fantaisie à un ton général qui est lui-même une soumission. (G.K. Chesterton, Hérétiques, chap. VIII ; coll. Idées n°407, Gallimard, 1979, p. 119).

. « Le septième art est un bastringue de romanichels. Je vois dans l’image en mouvement la mort de l’écriture, la ruine du théâtre et la faillite des mœurs. » (Jean Jardin, opinion rapportée par son fils Pascal Jardin dans Le Nain jaune, VI, Julliard, 1978, p. 117).

. Je fais la connaissance d’un très beau pays, je veux y retourner, et entre-temps le tourisme l’a considérablement dévasté. […]  Le voyage est donc aussi un mouvement de fuite, une fuite devant la réalité du moment. Il faut aller là où le monde n’est pas encore détruit : c’est une chasse à l’idéal, un fantôme. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, V, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 67-68).

. Certains porteurs de micros font parfois aujourd’hui plus de mal aux citoyens que les voyous porteurs de pistolets, mais au moins ces derniers ne prétendent pas, pas encore, nous donner des leçons de morale. (Roger Holeindre, intervention à l'Assemblée nationale, 2e séance du lundi 9 novembre 1987, Journal officiel, année 1987, p. 5617). 

. Nous autres, économistes, nous nous protégeons du monde extérieur en adoptant un langage qui nous est propre. Chaque profession a plus ou moins recours au même procédé. Il existe le jargon des médecins, celui des avocats, des psychiatres et, paraît-il, celui des cambrioleurs. Tous aiment se voir comme de grands prêtres détenteurs d’un savoir ou d’une mystique inaccessibles au commun des mortels. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 1 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 13).

. Si jamais un économiste vous demande d’accepter ses vues comme parole d’évangile sous prétexte qu’elles reposent sur son érudition, n’en croyez pas un mot. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 1 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 15).

. Moyennant un minimum d’aplomb, un économiste n’a jamais tort. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 7 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 117).

. Nous autres économistes, nous avons le talent de compenser le flou de nos connaissances par la fermeté de nos déclarations. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 7 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 126).

. C'était un de ces hommes politiques à plusieurs faces, sans conviction, sans grands moyens, sans audace et sans connaissances sérieuses, avocat de province, joli homme de chef-lieu, gardant un équilibre de finaud entre tous les partis extrêmes, sorte de jésuite républicain et de champignon libéral de nature douteuse, comme il en pousse par centaines sur le fumier populaire du suffrage universel. / Son machiavélisme de village le faisait passer pour fort parmi ses collègues, parmi tous les déclassés et les avortés dont on fait des députés. (Maupassant, Bel-Ami, II, 2 ; Pléiade Romans, 1987, p. 367).

. Je passe mon temps à courir après des paysages que je connais par les livres, et en règle générale ils sont déjà tellement gâchés par les touristes que je ne reconnais plus mon  rêve. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, III, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 40-41).

. On veut développer les pays sous-développés en leur inculquant nos propres erreurs. […] Pour moi, un peuple est infiniment plus développé lorsqu’il respecte les coutumes tribales qui lui sont propres. Or on veut les arracher à un Nomos qui leur convenait pour leur en imposer un autre, dont nous commençons précisément à souffrir. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, V, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 67).

. Plus le niveau de la technique est élevé, plus les avantages que peuvent apporter des progrès nouveaux diminuent par rapport aux inconvénients. (Simone Weil, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale ; Quarto, 1999, p. 289).

. L’intolérance à la peine, qui en cesse d’augmenter de nos jours, transforme les hauts et les bas naturels à la vie humaine, en une plaine artificiellement nivelée. Les magnifiques vagues, avec leurs crêtes et leurs creux, deviennent d’imperceptibles oscillations ; l’ombre et la lumière un gris uniforme. En bref, cette tendance engendre un ennui mortel. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. V, Flammarion, 1973, p. 71).

. On serait tenté de dire que l’homme de notre civilisation moderne est trop blasé et n’a plus assez de tempérament pour se livrer au vice. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. V, Flammarion, 1973, p. 72).

. Les Français d’aujourd’hui sont tous des collaborateurs de l’impérialisme américain. Ils me dégoûtent autant que les collaborateurs nazis : je les fusillerais sans hésitation aucune. (Étiemble, entretien avec Frédéric Ferney paru dans Le Nouvel observateur en décembre 1981 ; repris dans De Sartre à Foucault. Vingt ans de grands entretiens dans Le Nouvel observateur, Hachette, 1984, p. 341).

. Quand « être absolument moderne » est devenu une loi spéciale proclamée par le tyran, ce que l'honnête esclave craint plus que tout, c'est que l'on puisse le soupçonner d'être passéiste. (Guy Debord, Panégyrique : tomer premier (1989) ; Œuvres, Quarto Gallimard, 2006, p. 1684).

. Un savant est un homme qui sait beaucoup de choses qu'il faudrait connaître mieux que lui pour savoir s'il n'est pas un âne. (Hector Talvart, cité par Paul Léautaud, Propos d'un jour, « Marly-le-Roy et environs », dans Œuvres, Mercure de France, 1988, p. 368).

  

LES CHOSES COMME ELLES SONT

. Cette année les aveugles ne verront que bien peu, les sourds oyront assez mal ; les muets ne parleront guère ; les riches se porteront un peu mieux que les pauvres, et les sains mieux que les malades. (Rabelais, Pantagruéline pronostication, III, Pléiade Huchon, 1994, p. 926).

. Quand nous voulons quelque chose, nous oublions toujours que c’est vouloir toute la vie, avec ses retournements insidieux. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval, Livre de poche n° 1473, 1965, p. 166).

. Dis-moi à quoi tu ne penses pas, je te dirai d’où viendra le coup de poignard. (Régis Debray, Le Code et le glaive, Albin Michel, 1999, p. 70).

. Mais Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l'approuve et qu'on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. (Bossuet, Histoire des variations des églises protestantes, livre IV, § 2 ; éd. Garnier Frères, 1921, vol. 1, p. 163).

. Lucien : « Cela fait mal, n'est-ce pas, au début ? On croit qu'on ne pourra pas supporter cette plaie une minute. Il faudrait qu'on crie, qu'on casse quelque chose. Mais casser quoi ? Pas elles, on ne peut pas. Les meubles ? c'est grotesque. C'est quand on comprend qu'il n'y a rien à casser qu'on commence à devenir un homme. » (Jean Anouilh, Roméo et Jeannette, inclus dans Nouvelles pièces noires, La Table ronde, 1976, p. 320).

. Ce qui dégoûte chez les autres, c'est le besoin qu'on a d'eux. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 110).

. Le Duc : « C'est la règle ! / S'ils ne pouvaient entre eux dire du mal de l'aigle, / Que diraient le cloporte et le caméléon ? »  (Edmond Rostand, L’Aiglon, IV, 14 ; Folio n° 1764, 1986, p. 307).

. Jérôme : « Il faut choisir dans la vie entre gagner de l’argent et le dépenser : on n’a pas le temps de faire les deux. » (Édouard Bourdet, Les Temps difficiles (1934), acte IV ; dans Théâtre, tome III, Stock, 1949, p. 406).

. Le nez de la foule, c’est son imagination. On peut, en tout temps, la mener facilement par là. (Edgar Poe, Marginalia, juin 1849 ; éd. Griswold n°27 ; Bouquins, 1989, p. 1106).

. Il n'est pire servitude que l'espoir d'être heureux. (Carlos Fuentes, Diane ou La chasseresse solitaire, Gallimard, 1994, phrase d’incipit, p. 9).

. Contrairement à ce que disait Descartes, la chose du monde la mieux partagée, ce n'est pas le bon sens, mais la bêtise : car chacun pense en être si bien dépourvu que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer moins qu'ils en ont. (Umberto Eco, Comment voyager avec un saumon, Préface, Livre de poche n°14792, 2000, p. 6).

. Don Fabrice Salina : « J’ai soixante-treize ans, en gros, le total de ce que j’aurai vécu, vraiment vécu, est de deux ou trois ans, au maximum. Et les douleurs, l’ennui, combien avaient-ils duré ? Inutile de se fatiguer à faire le compte : tout le reste, soixante-dix ans ». (Lampedusa, Le Guépard (1958), VII ; Seuil, 1959, p. 227).

. [Concetta] commença à voir plus clair, par conséquent à souffrir davantage. (Lampedusa, Le Guépard (1958), VIII, Seuil, 1959, p. 243).

. Rien n'égale la férocité des faibles : ils sont tous parasites. Ils n'ont pas besoin de faire le mal : ils le sont. Ils ne dévorent pas leur proie : ils la sucent. Interminablement. (André Suarès, Variables, XXV ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 238).

. Après le rare bonheur de trouver une compagne qui nous soit bien assortie, l'état le moins malheureux de la vie est sans doute de vivre seul. (Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie ; classiques Garnier, 1989, p. 166).

. On n'acquiert [les talents] que par des privations en tout genre, par une sensibilité exquise qui nous rend malheureux au-dedans, et au-dehors par les persécutions de nos contemporains. (Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie ; classiques Garnier, 1989, p. 179).

. Le goût du voyage exprime souvent une soif de connaître qui va de pair avec un esprit ouvert et intelligent. Mais […] d’un autre côté, très souvent, il est la traduction d’un esprit sans profondeur qui s’ennuie vite, qui a besoin, pour se croire meublé, de recourir aux yeux. […] Le besoin de voyager peut n’être parfois que l’expression d’un vide intérieur. (Robert Mallet, dans Paul Léautaud, Entretiens avec Robert Mallet (1951), X, Mercure de France, 1986, p. 186).

. C'est parfois en jouant les héros qu'un cabotin devient un héros véritable. (Marcel Pagnol, Le Château de ma mère (1957), Livre de poche n°1488/89, p. 224).

. Topaze : « Je suis professeur. C'est-à-dire que, hors d'une classe, je ne suis bon à rien ». (Marcel Pagnol, Topaze (1928), II, 6 ; Livre de poche n°294, 1975, p. 168).

. Vouloir être de son temps c'est déjà être dépassé. (Ionesco, Notes et contre-notes (1962), titre de la quatrième partie ; Folio-essais n°163, 1991, p. 289).

. On aura remarqué que l’optimisme ne va pas sans la propagande ininterrompue en faveur de l’optimisme. (Miklos Hubay, L’École des génies, didascalie introductive ; P.O.F., 1984, p. 130).

. Talbot : « Contre la bêtise les Dieux eux-mêmes combattent en vain. » [Mit der Dummheit kämpfen Götter selbst vergebens]  (Schiller, La Pucelle d’Orléans, III, 6 ; Œuvres dramatiquestome III, Didier et Cie, 1865, p. 202).

. La célébrité et la popularité provoquent la jalousie des grands tandis que l’adoration de la foule est inconstante. Le peuple met autant de plaisir à renverser les idoles dont il s'est lassé qu'il en avait pris à les ériger. (Wilbur Smith, Le Dieu fleuve (1994), ch. 6, fin ; dans Romans égyptiens, Omnibus, 2005, p. 65). 

. Le Directeur : « Et c’est là […] qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. » (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, chap. 1 ; Pocket n°1438, 1994, p. 34-35).

. Mustapha Menier : « On croit les choses parce qu’on a été conditionné à les croire. L’art de trouver de mauvaises raisons à ce que l’on croit en vertu d’autres mauvaises raisons, c’est cela, la philosophie. On croit en Dieu parce qu'on a été conditionné à croire en Dieu. » (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, chap. 17 ; Pocket n°1438, 1994, p. 259-260).

. La Reine : « Les gens n’ont point respect des trésors sans gardiens / Et la puissance sans trésors n’a plus d’éclat. » (Eschyle, Les Perses, vers 166-167 ; Pléiade, 1967, p. 22).

. Agamemnon : « Il est de la nature de peu d'hommes / D’honorer sans envie l’ami chanceux. » (Eschyle, Agamemnon, vers 832-833 ; Pléiade, 1967, p. 289).

. Clytemnestre : « Il est inné chez les hommes / De piétiner celui qui est à terre. » (Eschyle, Agamemnon, vers 884-885 ; Pléiade, 1967, p. 290).

. « Pour juger combien nous importunons en parlant de nous, il faut songer combien les autres nous importunent quand ils parlent d'eux. » (Jean Corbinelli, propos rapporté par Mme de Sévigné, lettre n°987 à Bussy-Rabutin, 13 novembre 1687 ; Pléiade tome III, 1978, p. 333).

. Irénée : « Les difficultés commencent : c’est le signe de la réussite. » (Marcel Pagnol, Le Schpountz (1938), Pocket n°1292, 1976, p. 73).

. Le bon sens est le bouclier que l'intelligence brandit quand elle est fatiguée d'argumenter. (Charles Dantzig, Dictionnaire égoïste de la littérature française, « Bon sens », Grasset, 2005, p. 119).

. Qui est-ce qui a une personnalité ? Ils sont rares qui en ont une. Presque personne n'est une personne. Et à seize ans, personne n'est une personne. À quelques indices seulement, tel ou tel marque ou fait espérer qu’il en sera une. (Émile Faguet, L'Art de lire (1912), chap. IX, Hachette, 1923, p. 148).

. Paulin : « On a toujours les alliés de son adversaire pour allié. » (Robert Brasillach, Bérénice, I, 1 ; Œuvres complètes, tome IV, Club de l’honnête homme, 1963, p. 130.)

. Le long terme est une mauvaise perspective pour les questions d'actualité. À long terme nous serons tous morts. Les économistes se fixent une tâche trop facile et trop vaine si, dans les saisons de tempête, ils peuvent seulement nous dire que, une fois l’orage passé, l’océan sera de nouveau plat. [But this long run is a misleading guide to current affairs. In the long run we are all dead. Economists set themselves too easy, too useless a task if in tempestuous seasons they can only tell us that when the storm is past the ocean is flat again.] (John Maynard Keynes, A Tract on Monetary Reform, III, 1 ; Macmillan and Co, London, 1923, p. 80).

. Confiance. Le comble du bonheur, quand on a des gouvernants qui foncent, c’est de croire qu’ils savent où ils vont. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 19).

. Consensus. Agrégat du plus grand nombre possible de victimes consentantes. (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 19).

. Frustrations. « Les maux qu’entraînent nos frustrations ne sont rien, dit le Sage, au regard des crimes que nécessiterait leur satisfaction. » (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 34).

. Stress. Bienvenu au stress quotidien qui délivre à jamais de l’angoisse métaphysique ! (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 63).  

. Un critérium du réel, c’est que c’est dur et rugueux. On y trouve des joies, non de l’agrément. Ce qui est agréable est rêverie. (Simone Weil, La Pesanteur et la grâce, « Illusions » ; coll. 10/18 n°2, 1962, p. 60).

. Pour les heureux, la vie entière est courte ; pour les malheureux, une seule nuit est une éternité. (Lucien de Samosate, Épigrammes, 5 ; Œuvres complètes, tome III, Librairie Garnier, 1934, p. 493).

. Toute philosophie naturiste justifie l’état de guerre, qui est celui de la nature, végétale et animale. (Étiemble, « En relisant Lao-tseu » (notice au Tao-tö king de Lao-tseu), dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 630).

. Si l’on pouvait faire que le peuple craigne constamment la mort, et si l’on pouvait mettre à mort ceux qui commettent des actions extravagantes, qui oserait faire le mal ? (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, LXXIV ; dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 77).

. Les paroles vraies ne sont pas agréables ; les paroles agréables ne sont pas vraies. Un homme de bien ne discute pas, l’homme qui discute n’agit pas pour le bien. Celui qui sait n’est pas un érudit. Un érudit n’est pas celui qui sait. (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, LXXXI ; dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 84).

. La plupart des hommes qui vivent dans le monde y vivent si étourdiment, pensent si peu, qu’ils ne connaissent pas ce monde qu’ils ont toujours sous les yeux, par la raison qui fait que les hannetons ne savent pas l’histoire naturelle. (Chevalier de Boufflers, Pensées en prose et en vers, dans Œuvres complètes, tome I, Furne, 1827, p. 121).  

. Louis d’Évreux : « Toute créature est seule […]. Chacun de nous subit dans la solitude l’instant de son trépas ; et c’est vanité de croire qu’il n’en est pas ainsi des instants de la vie. Même le corps d’épouse avec lequel nous dormons demeure un corps étranger ; même les enfants que nous avons engendrés nous sont personnes étrangères. » (Maurice Druon, Les Rois maudits, II. La Reine étranglée, I, 5 ; éd. Rencontre, Lausanne, s.d. [1969], p. 71).

. Personne ne comprendra donc l'affection sans y joindre une idée de possession et de despotisme. Il semble que les relations ne puissent exister sans entraîner avec elles des obligations, des susceptibilités et un certain degré de servitude. Dès qu'on a souri aux politesses d'un inconnu, cet inconnu a barres sur vous, s'inquiète de ce que vous faites et vous reproche de le négliger. Si nous allons jusqu'à l'amitié, chacun s'imagine avoir des droits ; les rapports deviennent des devoirs et les liens qui nous unissent semblent terminés avec des nœuds coulants. (Maupassant, Sur l’eau, 12 avril ; Folio n°2408, 1993, p. 126-127).

. Les qualités d’initiative intellectuelle, de libre arbitre, de réflexion sage et même de pénétration de tout homme isolé, disparaissent en général dès que cet homme est mêlé à un grand nombre d’autres hommes. (Maupassant, Sur l’eau, 11 avril ; Folio n°2408, 1993, p. 111).

. Jérôme : « L’argent, c’est comme les femmes : pour le garder, il faut s’en occuper un peu ou alors… il va faire le bonheur de quelqu’un d’autre ! » (Édouard Bourdet, Les Temps difficiles (1934), acte IV ; dans Théâtre complet, tome III, Stock, 1949, p. 396).

. Norbert de Varenne : « La vie est une côte. Tant qu’on monte, on regarde le sommet, et on se sent heureux ; mais, lorsqu’on arrive en haut, on aperçoit tout d’un coup la descente, et la fin, qui est la mort. Ça va lentement quand on monte, mais ça va vite quand on descend. À votre âge, on est joyeux. On espère tant de choses, qui n’arrivent jamais d’ailleurs. Au mien, on n’attend plus rien… que la mort. » (Maupassant, Bel-Ami, I, 6 ; Pléiade Romans, 1987, p. 299).

. Une crapule – et c’est en général le cas – peut être décrite de façon plus convaincante qu’un brave homme. La description du paradis n’est jamais aussi réussie que celle de l’enfer. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, IX, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 112).

. Dans tous les siècles, les plus vils échantillons de la nature humaine se sont trouvés parmi les démagogues. (Thomas Macaulay, Histoire d’Angleterre depuis l’avènement de Jacques II, chap. V ; Charpentier, tome I, 1866, p. 643 ; ou Bouquins, tome I, 1989, p. 385).

. L’opinion publique est inerte, elle ne réagit qu’après de longs temps morts à de nouvelles influences. De plus elle est avide de simplifications grossières, découlant le plus souvent de l’exagération d’une situation. C’est pourquoi l’opposition qui s’élève contre une opinion répandue a presque toujours raison. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. VI, Flammarion, 1973, p. 88).

. La mode est la méthode la plus irrésistible et la plus efficace de manipuler de grandes collectivités humaines. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. VIII, Flammarion, 1973, p. 143).

. Ne sait-on pas qu’en période de danger, quand règnent l’inquiétude et l’angoisse, une résolution quelconque, pourvu qu’elle soit décisive, apparaît comme une inspiration du ciel ? (E.T.A. Hoffmann, « Doge et dogaresse », dans Les Frères de Saint-Sérapion, III ; éd. Phébus, tome II, 1981, p. 131).

. L’œuvre de l’intellectuel aspire – souvent en vain – à éclaircir un peu les choses, tandis que celle du politicien consiste souvent à les rendre plus confuses. (José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), préface, 4 ; Gallimard, coll. Idées n°130, 1967, p. 31).

. La décadence libère des forces qui sans cela seraient restées endormies, à degré d’affaiblissement égal. L’homme malade aussi découvre souvent des couleurs et des sons bien plus divers et subtils qu’ils ne le soupçonnait lorsqu’il était bien portant. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, X, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 125).

. Toute situation politique suppose une certaine dose de désordre. Même sous un gouvernement à peu près passable, celui qui tient la croix en main se bénit toujours le premier, comme on dit. Il y a même des situations où une certaine corruption assure le bon fonctionnement des choses : une machine qui tourne sans huile s’use beaucoup plus vite. Je n’entends pas faire l’éloge de la corruption, mais rien ne fonctionne jamais de façon purement mathématique. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, X, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 134).

. Un Perse : « La pire douleur qui soit en ce monde, c’est d’y voir clair et de ne pouvoir rien faire. » (Hérodote, L’Enquête, IX, 16 ; Pléiade, 1964, p. 610).

. Peut-être est-il dans la nature des choses que le vice le plus endurci et le plus impudent se rencontre dans le voisinage presque immédiat de la vertu exagérée et impraticable. Là où des enthousiastes sont prêts à tuer ou à se faire tuer pour des bagatelles auxquelles des scrupules excessifs de conscience ont pu seuls donner de l’importance, il n’est pas étonnant que le seul mot de conscience devienne un objet de risée et de mépris pour les politiques habiles, pour les hommes d’affaires à la tête froide. (Thomas Macaulay, Histoire d’Angleterre depuis l’avènement de Jacques II, chap. XIII ; Bouquins, 1989, tome II, p. 20).

. Quiconque prend l’épée périra par l’épée. Et quiconque ne prend pas l’épée (ou la lâche) périra sur la croix. (Simone Weil, Cahier VI, Quarto, 1999, p. 849).

. Déjanire : « C’est une vieille idée bien connue des hommes / Qu’on ne peut jamais savoir avant la mort de quelqu’un / Si sa vie a été heureuse ou malheureuse. » (Sophocle, Les Trachiniennes, vers 1-3 ; Pléiade, 1967, p. 499).

. Le coryphée : « On ne doit estimer heureux aucun mortel / Avant de voir son dernier jour et qu’il ait atteint / Le terme de sa vie sans subir de souffrance. » (Sophocle, Œdipe-Roi, vers 1528-1530 (derniers mots de la tragédie) ; Pléiade, 1967, p. 711).

. Rosalie : « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. » (Maupassant, Une vie, chap. XIV, derniers mots du roman ; Pléiade Romans, 1987, p. 194).

. « Une grande culture […] confère une sorte d’immortalité, dans la mesure où elle permet de faire revivre des évènements que l’on n’a pas connus et d’en tirer les leçons pour les projeter dans l’avenir… » (Louis Pauwels, « Le comte de Saint-Germain et le Bien-Aimé. Réponses à l’incrédule », dans Histoires magiques de l’histoire de France, tome II, Omnibus, 2012, p. 384).

. Il n’y a rien de plus dangereux que d’exagérer. Je l’ai appris non sans peine. Exagérez un tant soit peu et vos critiques démoliront tout l’édifice de vos affirmations. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 3 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 55).

. Luc : « Pourquoi pleurer les morts ? Ils ne sont plus en danger. C’est pour les vivants qu’il faut trembler. » (Armand Salacrou, Boulevard Durand (1960), I, 2 ; Folio n°779, 1972, p. 43).

. Luc : « L’avenir ? Mais l’avenir n’existe pas. L’avenir, c’est déjà le passé de nos enfants. » (Armand Salacrou, Boulevard Durand (1960), I, 2 ; Folio n°779, 1972, p. 51).

. Ces dialogues présentent plusieurs invraisemblances, dont ne sont pas exempts ceux-là mêmes de Platon, qu’on trouve si naturels : 1° Les personnages répondent toujours à ce qu’on leur dit ; 2° Ils parlent chacun à leur tour ; 3° Les arguments les convainquent. (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, I, Émile-Paul, 1920, p. 10-11, note n°2).

. [Après un cancer qui a imposé l’usage définitif d’un anus artificiel :] Je sais à présent que le trou du cul fait partie intégrante de la dignité humaine. (Pierre-Henri Simon, dans une lettre à Henri Guillemin, citée par celui-ci dans Parcours, 21 septembre 1972, Seuil, 1989, p. 255).

. Jeunesse n'a expérience ; / Pourtant sage n'est pas qui pense / Sagesse en jeunesse trouver, / Qu'il fasse aux autres approuver. / Et ceci n'est pas de cette heure. / Depuis longtemps ce mot demeure, / Qu'on connaît avoir été fait / Par une forme de souhait, / Ô si la jeunesse savait, / Ô si la vieillesse pouvait. (Henri Estienne, Les Prémices, Épigramme n°CLXXXXI, Genève, 1594, p. 173).

. Il ne saurait exister pour la science des vérités acquises. Le savant n'est pas l'homme qui fournit les vraies réponses ; c'est celui qui pose les vraies questions. (Claude Lévi-Strauss, Mythologiques 1. Le Cru et le Cuit, ouverture, I, Plon, 1964, p. 15).

. « Tu ne luttes pas contre une marée d’équinoxe… Il n’y a rien à faire face au poids du passé, à part en prendre conscience. » (Fernand Braudel, propos oral dans Fernand Braudel 2. Civilisation matérielle, l’histoire de France, I.N.A., documentaire de Dominique Froissant et Jean-Claude Bringuier, diffusé sur TF1 le 22 août 1984 ; cité dans : François Dosse, « Les habits neufs du président Braudel », Espaces Temps, 1986, vol. n° 34-35, p. 91).

. « L’histoire subie envahit notre monde : nous avons juste la tête hors de l’eau, et encore ! » (Fernand Braudel, propos oral dans un débat FNAC : « Y a-t-il une nouvelle histoire ? », le 7 mars 1980 ; cité dans : François Dosse, « Les habits neufs du président Braudel », Espaces Temps, 1986, vol. n° 34-35, p. 91-92).

. « On ne peut être heureux si l’on n’est pas sous une cloche avec des valeurs établies. » (Fernand Braudel, cité par François Dosse, « Les habits neufs du président Braudel », Espaces Temps, 1986, vol. n° 34-35, p. 93, avec une référence erronée ; probable propos oral tenu dans Fernand Braudel 2. Civilisation matérielle, l’histoire de France, I.N.A., documentaire de Dominique Froissant et Jean-Claude Bringuier, diffusé sur TF1 le 22 août 1984 ?). 

. Édouard : « N’y allez pas. Penser contre son temps c'est de l'héroïsme. Mais le dire, c'est de la folie. » (Eugène Ionesco, Tueur sans gages, acte III, version de 1957 ; Pléiade, 1991, p. 1655).

. « Quand on est jeune, on croit que la réputation, c’est l’ovation. Quand on vieillit, on s’aperçoit que c’est l’outrage. » (Georges Bidault, propos oral à Henri Guillemin le 18 mai 1954, rapporté par celui-ci dans Parcours, Seuil, 1989, p. 160).  

. Les empires peuvent s’écrouler, le monde entier changer de face, une chose demeure, éternelle, indestructible : la Bêtise des hommes. (Jean de Kerdéland, De Nostradamus à Cagliostro, derniers mots, éd. S.E.L.F., 1945, p. 271).

  

CYNISME

. Arbacès : « Les prêtres ont donc été les bienfaiteurs, les civilisateurs de l’humanité, quoiqu’ils fussent en même temps des imposteurs, si tu veux les appeler ainsi. Mais crois-tu, jeune homme, que, s’ils n’avaient pas trompé les hommes, ils eussent pu les servir ? La foule, ignorante et servile, a besoin d’un bandeau pour être conduite à son propre bonheur. » (Edward Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), I, 6 ; Pocket n°2237, p. 64).

. L'amitié est un contrat par lequel nous nous engageons à rendre de petits services à quelqu'un, afin qu'il nous en rende de grands. (Montesquieu, Pensées n°308, Bouquins p. 279).

. Il est bon d’avoir des divinités, même si elles ne méritent pas ce titre. (Emmanuel Berl, Il fait beau allons au cimetière, Gallimard, 1976, p. 159).

. On doit des égards aux vivants ; on ne doit aux morts que la vérité. (Voltaire, Lettres écrites en 1719 qui contiennent la critique de l'Œdipe de Sophocle, de celui de Corneille et de celui de l'auteur, lettre première, note de l'auteur pour justifier la réinsertion d'un passage critique à l'encontre de l'abbé de Chaulieu qui avait été retranché de l'édition originale ; dans Œuvres complètes, éd. É. de La Bédollière et G. Avenel, Le Siècle, 1868, tome III, p. 80).  

. À cul de foirard toujours abonde merde. (Proverbe cité par Rabelais, Gargantua, chapitre IX, Pléiade Huchon, 1994, p. 28). 

. Quatre sortes de personnes dans le monde : les amoureux, les ambitieux, les observateurs et les imbéciles. / Les plus heureux sont les imbéciles. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. V, éd. Hachette, 1867, p. 56).

. De vingt à trente ans, l'homme, avec beaucoup de peine, étrangle son idéal ; puis il vit ou croit vivre tranquille ; mais c'est la tranquillité d'une fille-mère qui a assassiné son premier enfant. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. XXIII, éd. Hachette, 1867, p. 307).

. Don Fabrice Salina : « Qui rencontre un parent, rencontre souvent une épine ». (Lampedusa, Le Guépard (1958), V ; Seuil, 1959, p. 184).

. Nell : « Rien n’est plus drôle que le malheur. » (Samuel Beckett, Fin de partie, éd. Minuit, 1957, p. 33).

. Tant la cité humaine est fondée sur l'esclavage, que, vaincus ou vendus, hommes ou bêtes, il y faut toujours des esclaves. Le seul progrès, qu'ils ne sont pas tous également mangés. Et encore ? Toute la différence n'est, peut-être, que dans la sauce. (André Suarès, Variables, CCCXLVII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 298).

. Elle m'a demandé si mon livre, Les Chemins de la désillusion, ne risquait pas d'inciter certains lecteurs (fragiles) à se suicider. Je lui ai répondu qu'un livre intelligent rend les niais encore plus niais (et alors tant mieux s'ils se suicident), les gens intelligents encore plus intelligents (et si mon livre pouvait les aider à prendre congé dignement, j'en serais ravi), mais qu'en règle générale il laisse les êtres inchangés. (Roland Jaccard, L'Âme est un vaste pays, 11 avril 1981, Grasset, 1984, p. 47-48).

. Il paraît qu'il y a ce soir à la télévision un document choc sur les petits trafiquants de drogue incarcérés en Thaïlande. Cela s'intitule : Charter pour l'enfer [...]. Je l'enregistrerai sur mon magnétoscope de manière à pouvoir me le projeter un soir de déprime ou d'ennui. Rien de plus revigorant que les malheurs d'autrui. (Roland Jaccard, L'Âme est un vaste pays, 2 juin 1981, Grasset, 1984, p. 96).

. Panicault : « Les coupables, il vaut mieux les choisir que les chercher. » (Marcel Pagnol, Topaze (1928), I, 5 ; Livre de poche n°294, 1975, p. 40).

. Topaze : « Regarde ces billets de banque, ils peuvent tenir dans ma poche, mais ils prendront la forme et la couleur de mon désir. Confort, beauté, santé, amour, honneurs, puissance, je tiens tout cela dans ma main... Tu t'effares, mon pauvre Tamise, mais je vais te dire un secret : malgré les rêveurs, malgré les poètes et peut-être malgré mon cœur, j'ai appris la grande leçon : Tamise, les hommes ne sont pas bons. C'est la force qui gouverne le monde, et ces petits rectangles de papier bruissant, voilà la forme moderne de la force. » (Marcel Pagnol, Topaze (1928), IV, 4 ; Livre de poche n°294, 1975, p. 310).

. César : « Si on ne peut plus tricher avec ses amis, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes. » (Marcel Pagnol, Marius (1929), III, 2 ; éd. Pastorelly, 1973, p. 198).

. « Ma foi, monsieur, […] il existe d'autres moyens de persuasion que celui qui consiste à tuer ou à menacer de le faire.  — Bien sûr, acquiesça Spade, mais ils ne valent pas grand-chose s'ils ne sont pas appuyés par la menace de mort pour tenir la victime sous le joug. » (Dashiell Hammett, Le Faucon de Malte, ch. XVIII ; trad. Henri Robillot, Folio n°1873, 1987, p. 196).

. À la nouvelle d’une révolution, Kant interrompt sa promenade, Gœthe ne l’interrompt pas. Quelle prétention de part et d’autre. (Aragon, Traité du style, I ; coll. L’Imaginaire n°59, 1980, p. 11).

. Ce qui, de tout temps, fait rêver les hommes sur le plan collectif, c'est le mensonge et la guerre. Le mensonge, parce qu'il s'affranchit du réel ; la guerre, parce qu'elle est le rêve de puissance par excellence. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 10 janvier, p. 30).

. Sanders : « Quand les habitants de la planète seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain. En attendant, je préfère rester fasciste, bien que ce soit baroque et fatigant. » (Roger Nimier, Le Hussard bleu, I, 1 ; Folio n°986, 1991, p. 19).

. « Oignez vilain, il vous poindra. Poignez vilain, ils vous oindra. » (proverbe médiéval mis par Rabelais dans la bouche de Toucquedillon, Gargantua (1534), XXXII ; Pléiade Huchon, 1994, p. 90). 

. Il est de ces campagnards ridicules hors de leur trou, et dont la vie n’importe à aucune cause, à aucune idée, à aucun être. C’est par habitude que l’on donne une importance infinie à l’existence d’un homme. (François Mauriac, Thérèse Desqueyroux, IX ; Pléiade Œuvres romanesques et théâtrales, tome II, 1979, p. 77).

. Manipulation. « Nous ne manipulons les gens que pour satisfaire leur besoin d’être manipulé. Le droit à l’autodétermination comprend le droit à l’auto-aliénation. » (François Brune, Médiatiquement correct. 265 maximes pour notre temps, éd. Paris-Méditerranée, 1998, p. 46).

. Étéocle : « Quant à l’histoire, elle est écrite par les vainqueurs, quels qu’ils soient. Son jugement ne doit pas intéresser les hommes du temps présent. » (Robert Brasillach, Les Frères ennemis, dialogue tragique ; dans Écrit à Fresnes, Plon, 1967, p. 117).

. Foinet : « Il est cruel de ne découvrir sa médiocrité qu'une fois qu'il est trop tard. Ça n’améliore pas le caractère. » (Somerset Maugham, Servitude humaine, chap. 51 ; dans Romans, tome 1, Omnibus, 1996, p. 843).

. Il est rare qu’une personne tombe malade sans que ceux qui l’entourent n’aient un vague espoir de la voir mourir. [A person seldom falls sick but the bystanders are animated with a faint hope that he will die]. (Ralph Waldo Emerson, La Conduite de la vie, VII ; Armand Colin, 1909, p. 223).

. « Quand aurons-nous le prochain combat des bêtes féroces ?, demanda Claudius à Pansa. — Vers le huit des ides d’août, répondit Pansa, le lendemain des fêtes de Vulcain. Nous réservons un lion, charmante bête, pour cette occasion. — Qui lui donnera-t-on à dévorer ? continua Claudius ; hélas ! il y a une bien grande disette de criminels. Il vous faudra positivement condamner un innocent au lion, mon pauvre Pansa. — J’y pense en effet depuis quelque temps, répondit sérieusement l’édile. C’est une infâme loi que celle qui nous défend de livrer nos propres esclaves aux bêtes. N’avons-nous pas le droit de faire ce que nous voulons de nos biens ? c’est ce que j’appelle une véritable atteinte à la propriété. » (Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), I, 3 ; Pocket n°2237, 1984, p. 33).

. Jérôme : « La confiance ? Connais pas !... Je n’ai confiance dans les gens qu’autant que je sais et qu’autant qu’ils savent que je peux les contrôler ! » (Édouard Bourdet, Les Temps difficiles, acte IV ; dans Théâtre complet, tome III, Stock, 1949, p. 401).

. Un autre bourgeois : « Je ne sais rien de mieux, les dimanches et fêtes, que de parler de guerre et de combats, pendant que, bien loin, dans la Turquie, les peuples s’assomment entre eux. » (Goethe, Faust I,  scène 2 ; Pléiade Théâtre complet, 1988, p. 1148).

. Les représentants athéniens : « Dans le monde des hommes, les arguments de droit n’ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent de moyens de contrainte équivalents […] ; si tel n’est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n’ont qu’à s’incliner. » (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, V, 89 ; Pléiade, 1964, p. 1097).

. À partir d’un certain niveau de responsabilités, la stimulation de la rémunération ne joue plus qu’accessoirement ou même plus du tout. Un revenu plus modeste, une vie plus simple, moins de soucis causés par les charges d’une grande maison, d’une famille dépensière et d’une épouse un peu trop m’as-tu-vu, tout cela pourrait même contribuer à améliorer la productivité du manageur, et réduire les risques de crise cardiaque. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 8 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 135).

. Il est possible que je me fourre le doigt dans l’œil, mais alors on peut toujours s’en sortir avec un peu de dialectique. J’ai, bien sûr, disposé mes batteries de façon à avoir également raison dans le cas contraire. (Karl Marx, lettre à Friedrich Engels, 15 août 1857 ; dans Marx et Engels, Correspondance, tome V. juillet 1857–décembre 1859, Éditions sociales, 1975, p. 15).

. Honoré Panisse : « S’il faut toujours dire la vérité à la clientèle, il n’y a plus de commerce possible. » (Marcel Pagnol, César (1936) ; éd. Pastorelly, 1970, p. 40).

. Théoden : « Quand vous pendrez à un gibet à votre fenêtre pour le plaisir de vos propres corbeaux, alors je serai en paix avec vous. » (J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux II, Les Deux tours (1954), livre III, chap. 10 ; Christian Bourgois, édition reliée illustrée, 1992, p. 625).

. La paralysie est le commencement de la sagesse. (Francis Picabia, « Sans titre », dans Cannibale, n°1, 25 avril 1920, p. 17 ; repris dans Écrits I, 1913-1920, Belfond, 1975, p. 224).

 

MORALE 

. Cyrano : « Chanter, / Rêver, rire, passer, être seul, être libre, / Avoir l'œil qui regarde bien, la voix qui vibre, /Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers, / Pour un oui, pour un non, se battre, — ou faire un vers ! / Travailler sans souci de gloire ou de fortune, / À tel voyage, auquel on pense, dans la lune ! / N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît, / Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit, / Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles, / Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! / Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard, / Ne pas être obligé d'en rien rendre à César, / Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite, / Bref, dédaignant d'être le lierre parasite, / Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul, / Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul ! » (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (1897), II, 8, vers 999-1015 ; Folio n°3246, 1999, p. 191).

. Cyrano : « Que dites-vous ?... C'est inutile ?... Je le sais ! / Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès! / Non ! non ! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile ! / — Qu'est-ce que c'est que tous ceux-là ? — Vous êtes mille ? / Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis ! / Le Mensonge ? Tiens, tiens ! — Ha ! ha ! les Compromis, / Les Préjugés, les Lâchetés !... Que je pactise ? / Jamais, jamais ! — Ah ! te voilà, toi, la Sottise ! / — Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ; / N'importe : je me bats ! je me bats ! je me bats ! » (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac (1897), V, 6, vers 2557-2566 ; Folio n°3246, 1999, p. 417).

. Ce qui est un bien, ce n'est pas de vivre, mais de vivre bien. Voilà pourquoi le sage vivra autant qu'il le doit, non pas autant qu'il le peut. [Sapiens vivet quantum debet, non quantum potest]. (Sénèque, Lettres à Lucilius, lettre n°70, 4 ; Bouquins p. 780). 

. Émile est trop instruit pour être jamais babillard. Le grand caquet vient nécessairement, ou de la prétention à l'esprit [...] ou du prix qu'on donne à des bagatelles dont on croit sottement que les autres font autant de cas que nous. Celui qui connaît assez de choses pour donner à toutes leur véritable prix ne parle jamais trop, car il sait apprécier aussi l'attention qu'on lui donne, et l'intérêt qu'on peut prendre à ses discours. Généralement les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu : il est simple qu'un ignorant trouve important tout ce qu'il sait et le dise à tout le monde. Mais un homme instruit n'ouvre pas aisément son répertoire ; il aurait trop à dire, et il voit encore plus à dire après lui ; il se tait. (Rousseau, Émile ou de l'éducation, livre IV ; Pléiade tome IV, 1969,  p. 666).

. Je fus amené à penser systématiquement contre moi-même au point de mesurer l'évidence d'une idée au déplaisir qu'elle me causait. (Sartre, Les Mots, II ; Pléiade, 2010, p. 137-138).

. L'universalisme chrétien m'a toujours paru être l'immoralité même. La morale, c'est de choisir ses amis ; ne pas accepter n'importe qui pour compagnon, pour camarade, de même que l'honneur, c'est ne pas accepter de vivre n'importe quoi. L'être immoral, c'est celui qui se refuse au tri, qui ne pose aucune condition à l'amitié pourvu qu'il puisse se concilier une présence humaine, quelle qu'elle soit, pourvu qu'il puisse échapper à sa solitude, à lui-même, à l'ennui de soi. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 50).

. Cinq-Mars : « Amis, qu'est-ce qu'une grande vie, sinon une pensée de la jeunesse exécutée par l'âge mûr ? » (Alfred de Vigny, Cinq-Mars, ch. XX ; Pléiade Bouvet, 1993, tome II, p. 240).

. Peut-on s’indigner en souriant ? Non, quand l’indignation naît de la méchanceté et de l’horreur, oui, quand elle naît de la stupidité. […] La stupidité des autres nous indigne, mais le seul moyen de ne pas y réagir stupidement est de la décrire en savourant la grande subtilité de sa trame. (Umberto Eco, Comment voyager avec un saumon, Préface, Livre de poche n°14792, 2000, p. 6).

. Il est une chose pire encore que l’infamie des chaînes, c’est de ne plus en sentir le poids. (Gérard Bauër, « Le poids des chaînes », Le Figaro, janvier 1948, repris dans Chroniques 1934-1953, Gallimard, 1964, p. 89).

. Il ne faut pas répondre aux objections : encore moins aux négations ; moins encore aux injures. C'est du temps perdu. (André Suarès, Variables, CCLXXXIX ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 288).

. Aimons la vérité qui nous reprend, et défions-nous de celle qui nous flatte. (Bourdaloue, Dominicales, Sermon pour le 4ème dimanche après Pâques, « sur l’amour et la crainte de la vérité », dernier paragraphe ; Œuvres, Firmin Didot frères, 1856, tome I, p. 616).

. Il faut toujours rendre justice, avant que d'exercer la charité. (Malebranche, Traité de morale, IIe partie, chap. VII, article 23 ; Pléiade tome II, 1992, p. 593).

. La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : « Que va-t-il arriver ? » au lieu de se demander : « Que puis-je faire ? ». / À ces deux questions, curieusement, il n’est qu’une seule réponse possible et c’est : Toi-même ! Car il arrivera ce que nous sommes : du mal au pire si nous restons aussi mauvais, et quelque bien si nous devenons meilleurs, obéissant mieux à notre vocation dans la Cité. (Denis de Rougemont, L’Avenir est notre affaire, conclusion, Stock, 1977, p. 368).

. Comte de Saint-Alban : « Deux penchants opposés attirent l’homme en sens contraire : l’horreur de l’ennui et l’amour du repos. Le grand art est d’échapper à l’un sans troubler trop violemment l’autre, de trouver un état mitoyen entre la léthargie et la convulsion. » (Sénac de Meilhan, L’Émigré, IV, lettre 124 ; Folio n°4122, 2004, p. 365).

. Heureux celui qui fut jeune en son jeune temps, heureux celui qui sut mûrir à temps. (Pouchkine, Eugène Onéguine, VIII, 10).

. Agamemnon : « Ne pas déraisonner est le plus grand don du ciel. » (Eschyle, Agamemnon, vers 927 ; Pléiade, 1967, p. 291).

. Gargantua : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. » (Rabelais, Pantagruel (1532), chap. VIII ; Pléiade Huchon, 1994, p. 245).

. Bruno : « Il y a plus d’héroïsme à souffrir longtemps qu’à mourir vite. » (Fernand Crommelynck, Le Cocu magnifique (1921), acte II ; Théâtre tome I, Gallimard, 1967, p. 71).

. Il ne faut point nous obstiner dans notre sentiment, parce qu’il est notre sentiment ; et, parce que nous avons trouvé contre un raisonnement un peu faible de l'auteur un raisonnement assez fort, croire toujours avoir raison contre lui. (Émile Faguet, L'Art de lire (1912), chap. II, Hachette, 1923, p. 19).

. Il y a deux éducations : la première que l'on reçoit au lycée, la seconde que l'on se donne à soi-même ; la première est indispensable, mais il n'y a que la seconde qui vaille. (Émile Faguet, L'Art de lire (1912), chap. IX, Hachette, 1923, p. 150).

. Qu’y a-t-il de moins intéressant que la jeunesse ? On peut s’attendrir sur les possibilités infinies qu'elle couve. On peut faire du lyrisme avec ça. Mais quiconque a le goût de la réalité psychologique, garde son attention pour les êtres achevés, accomplis. En fait d'humanité, je ne connais, je n'aime que ce qui est, que ce qui résiste, que ce qui pense et sent et veut comme ça, et pas autrement. (Jacques Rivière, L’Allemand. Souvenirs et réflexions d’un prisonnier de guerre, II, 7 ; Gallimard, 1918, p. 244).

. La générosité est le plus dangereux visage de l’erreur. (Robert d’Harcourt, L’Évangile de la force. Le visage de la jeunesse du IIIe Reich, avant-propos, Plon, 1936, page IV).

. Dans le domaine de l’intelligence, la vertu d’humilité n’est pas autre chose que le pouvoir d’attention. (Simone Weil, La Pesanteur et la grâce, « L’intelligence et la grâce » ; coll. 10/18 n°2, 1962, p. 130).

. « Oui » et « non » sont bien courts à dire ; mais, avant que de les dire, il y faut penser longtemps. (Baltasar Gracian, L’Art de la prudence, 70 ; Rivages poche n°116, 1994, p. 75).

. Jouis de tes biens comme si tu devais mourir et ménage-les comme si tu devais vivre. Celui-là est sage qui, appliquant ces deux préceptes à la fois, modère aussi bien son épargne que sa dépense. (Lucien de Samosate, Épigrammes, 3 ; Œuvres complètes, tome III, Librairie Garnier, 1934, p. 492-493).

. Connaître les autres, c'est sagesse. Se connaître soi-même, c'est sagesse supérieure. Imposer sa volonté aux autres, c'est force. Se l'imposer à soi-même, c'est force supérieure. Se suffire est la vraie richesse ; se maîtriser est le vrai caractère. (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, XXXIII ; traduction de Léon Wieger dans Les Pères du système taoïste, tome 2, 1913, p. 41).

. Sans franchir sa porte, on connaît le monde entier. Sans regarder par sa fenêtre, on voit la voie du ciel. Plus on va loin, moins on connaît. Le saint connaît sans voyager, définit sans voir, accomplit sans agir. (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, XLVII ; dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 50).

. Que préférez-vous, d’un bonheur paisible et constant, ou d’une suite de plaisirs ? – Quand j’étais jeune, je me serais bien gardé de demander le bonheur, je ne lui trouvais pas assez de physionomie ; mais à présent je me garderais bien de m’attacher au plaisir, je lui trouve la physionomie un peu fausse. On passe par différents goûts / En passant par différents âges : / Plaisir est le bonheur des fous, / Bonheur est le plaisir des sages. (Chevalier de Boufflers, Pensées en prose et en vers, dans Œuvres complètes, tome I, Furne, 1827, p. 123).

. Chantecler : « C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière ! » (Edmond Rostand, Chantecler (1910), II, 3 ; dans Théâtre, Omnibus, 2006, p. 533). 

. La Duchesse : « Prenez garde à ne pas vous tromper en pensant que peut-être il y a davantage de mérite à être miséricordieuse qu’à être juste, parce que, en pardonnant trop facilement à celui qui commet [une] faute, on fait tort à celui qui n’en commet point. » (Baldassar Castiglione, Le Livre du courtisan, I, 23 ; G.F. n°651, 1991, p. 51).

. Non, chère âme, à la vie immortelle / N’aspire pas, mais épuise le champ du possible. (Pindare, Pythiques, III, épode 3, vers 61-62 ; Œuvres complètes, éd. La Différence, 1990, p. 177).

. Le rabbi Zousya : « Quand j’irai au paradis, on ne me demandera pas si j’ai vécu comme Moïse, mais on me demandera si j’ai vécu comme le rabbi Zousya. » (Martin Buber, Les Récits hassidiques, Rocher, 1978, p. 345).

. Chacun doit réaliser ce qu’il a reçu à sa naissance, c’est la seule chose que je puisse dire [aux] jeunes gens. Il faut faire fructifier son denier, c’est-à-dire développer de façon optimale ses propres capacités. C’est naturellement une chose très dangereuse. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, III, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 50).

. Wilhelm Busch écrit dans un distique célèbre : « C’est une erreur très répandue et qui trompe bien des jeunes gens, de croire que l’amour n’apporte que des agréments. » Vouloir écarter de sa route toute souffrance signifie se soustraire à une part essentielle de la vie humaine. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. V, Flammarion, 1973, p. 71).

. « Ce n’est pas d’une âme forte que d’aller demander à une cartomancienne si l’être qu’on a choisi fera l’affaire. » (Louis Pauwels, « Le vertige de la marquise de Ganges. Réponses à l’incrédule », dans Histoires magiques de l’histoire de France, tome II, Omnibus, 2012, p. 476).

. Le désir s’évanouit si vous possédez, ne possédez rien. (Francis Picabia, « Sans titre », dans Cannibale, n°1, 25 avril 1920, p. 17 ; repris dans Écrits I, 1913-1920, Belfond, 1975, p. 224).

. L’humour : la politesse du désespoir. (Chris Marker, La Nef n° 71-72, décembre 1950-janvier 1951, p. 100).

. Être d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort ; être d'arrière-garde, c'est l'aimer encore. (Roland Barthes, « Réponses », entretien avec Jean Thibaudeau paru dans Tel Quel n°47, automne 1971 ; Œuvres complètes, Seuil, 1994, tome II, p. 1319).

. Tout d’un coup, il m’est devenu indifférent de ne pas être moderne. (Roland Barthes, Journal 1, 13 août 1977, inclus dans « Délibération », texte sur le journal intime publié dans Tel Quel n°82, hiver 1979, puis repris dans Le Bruissement de la langue ; Œuvres complètes, Seuil, 1995, tome III, p. 1011).

. Les gitans jugent avec raison que l'on n'a jamais à dire la vérité ailleurs que dans sa langue ; dans celle de l'ennemi, le mensonge doit régner. (Guy Debord, Panégyrique : tome premier (1989) ; Œuvres, Quarto Gallimard, 2006, p. 1660).

. La vie serait impossible si l'on se souvenait, le tout est de choisir ce que l'on doit oublier. (Maurice Martin du Gard, Petite suite de maximes et de caractères, Flammarion, 1944, p. 10). 

 

ÉLITISME

. Qu'est-ce qui est bon ? Tout ce qui exalte en l'homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance elle-même. / Qu'est-ce qui est mauvais ? Tout ce qui a sa racine dans la faiblesse. / Qu'est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la puissance croît, qu'une résistance est surmontée. / Non le contentement, mais davantage de puissance. Non la paix avant tout, mais la guerre. Non la vertu, mais la valeur (vertu dans le style de la Renaissance, virtu, vertu dépourvue de moraline). / Périssent les faibles et les ratés ! Premier principe de notre philanthropie. Et qu’on les aide encore à disparaître ! / Qu'est-ce qui est plus nuisible que n’importe quel vice ? La pitié active pour les ratés et les faibles — le christianisme... (Nietzsche, L’Antéchrist, § 2 ; coll. Bouquins tome II, 1993, p. 1042).

. Nul ne posséda jamais des qualités intellectuelles d’un ordre supérieur sans le savoir ; l’association du mérite et de la modestie est assez belle ; mais lorsque le mérite est grand, le voile de la modestie que nous admirons ne déguise jamais l’étendue de ce mérite au possesseur. C’est la conscience orgueilleuse de certaines qualités non révélées au monde habituel, qui donne au génie cet air timide, réservé et troublé, qui vous étonne et vous flatte lorsque vous le rencontrez. (Edward Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), II, 4 ; Pocket n° 2237, 1984, p. 117).

. Gardons-nous d'annoncer la vérité à ceux qui ne sont pas en état de l'entendre, car c'est y vouloir substituer l'erreur. (Rousseau, Émile ou de l'éducation, livre IV ; Pléiade tome IV, 1969,  p. 556).

. Il n’y a rien de plus vivant, parmi les mots humains, que le nom d’un héros. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval ; Livre de poche n°1473, 1965, p. 237).

. Chaque héros nourrit dix grands artistes. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval ; Livre de poche n°1473, 1965, p. 239).

. Le plaisant chez Carl Schmitt c’est que, quoiqu’il ait passé la cinquantaine, il soit encore capable d’étonnements. Très vite, la plupart des hommes n’accueillent dans la vie un fait nouveau que dans la mesure où il a un rapport avec leur système ou leurs intérêts. Il leur manque le goût du phénomène et de la diversité en soi – l’Éros grâce auquel l’esprit accueille l’impression neuve ainsi qu’un grain de semence. (Ernst Jünger, Jardins et routes, 17 juillet 1939 ; Pléiade tome II, 2008, p. 49).

. L'égalité, cette chimère des vilains, n'existe vraiment qu'entre nobles. (Barbey d'Aurevilly, Les Diaboliques, IV ; Pléiade tome II, 1966, p. 148).

. L' « héroïsme » des astronautes : scandaleux, écœurant attrape-nigaud. Leur fiabilité, leur entraînement, leur flexibilité, oui. Un acte est héroïque quand il n'a pas de témoin, ou qu'un témoin accidentel. Qui ne se montrerait stoïque et calme en se sachant regardé par trois milliards d'hommes ? (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 129-130).

. Seul le politique accède à l'héroïsme car il n'est jamais certain d'avoir raison de faire ce qu'il fait. Sa mort restera toujours un pari. Il sera contesté et il le sait. Par ses ennemis bien sûr, qui l'appelleront criminel, terroriste, ou feront silence. Par ses amis peut-être aussi, par ses propres héritiers. L'héroïsme, c'est faire dans le relatif un acte absolu, c'est ressentir et surmonter ce hiatus. C'est, au su de cette inconséquence et malgré elle, choisir d'aller jusqu'au bout. Un héros qui ne se pose pas de question n'en est pas un ; mais un martyr, une victime, un exemple pour les enfants. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 130-131).

. Les tempêtes n’effraient que les faibles : les forts se mobilisent contre elles et fixent l’ouragan. (Joaquim Machado de Assis, L’Aliéniste (1881), Folio bilingue n°25, 1992, p. 189).

. Don Fabrice Salina : « Un palais dont on connaît toutes les pièces n’est pas digne d’être habité. » (Lampedusa, Le Guépard (1958), IV ; Seuil, 1959, p. 145).

. J'ai vu l'Empereur − cette âme du monde − sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c'est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré ici sur un point, assis sur un cheval, s'étend sur le monde et le domine. (Hegel, lettre à Niethammer, Iéna, 13 octobre 1806, Correspondance, tome 1. 1785-1812, Gallimard, 1962, p. 114-115).

. Les théories les plus pessimistes, si elles sauvent l'individu, sont infiniment plus riches de sens et de joie, que les plus optimistes qui exigent ou conseillent, d'abord, la nullité du moi. (André Suarès, Variables, XLIII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 241).

. L'horreur des êtres bas, il faut avoir à faire à eux, quoi qu'on en ait ; il faut leur parler, il faut les voir : ils abaissent tout ; et le ciel même sur leur tête est bas, un chemin de boue retourné. (André Suarès, Variables, CCCXCIV ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 306).

. Néron : « J’ai compris qu’il n’y a qu’une seule chose qui vaille la peine : être un dieu !... ou un dramaturge grec ! Ça aussi c’est une belle réplique, non ? » (Miklos Hubay, Néronissime ou l’empereur s’amuse (1975), 1 : « La plume de paon » ; P.O.F., 1984, p. 14).

. Le juge Daburon : « Le hasard, voyez-vous, ne sert que les hommes forts, et c’est ce qui indigne les sots. » (Émile Gaboriau, L’Affaire Lerouge (1866), ch. VI ; Livre de poche n°711/712, 1961, p. 122).

. Un homme qui pense n’a rien de commun avec ceux qui ne pensent pas. (Italo Svevo, Sénilité, chap. 4 ; Seuil, Points n°P290, 1996, p. 68).

. Dans son esprit, on n’avait le droit de vivre qu’à condition de posséder la gloire, ou la beauté, ou la force, ou au moins, la richesse. Autrement, non, car on n’était plus qu’un odieux encombrement de la vie des autres. (Italo Svevo, Sénilité, chap. 5 ; Seuil, Points n°P290, 1996, p. 73).

. Comte de Saint-Alban : « Les grandeurs et la gloire perdent tout leur prix, quand on considère que celui qui sait les mépriser est réellement au-dessus de celui qui est flatté de les posséder. » (Sénac de Meilhan, L’Émigré, IV, lettre 124 ; Folio n°4122, 2004, p. 366).

. Appliqué aux choses de l'esprit, l'égalitarisme démocratique est synonyme de médiocrité. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 28 juin, p. 219).

. Sanders : « Tout ce qui est humain m'est étranger. » (Roger Nimier, Le Hussard bleu, III, 14, derniers mots du livre ; Folio n°986, 1991, p. 434).

. Les êtres nobles aiment rarement la vie, ils lui préfèrent les raisons de vivre, et ceux qui se contentent de la vie sont toujours des ignobles. La vie qu'a-t-elle de si désirable, lorsqu'elle n'est sublime ? […] Seigneur ! épargnez-nous de ressembler aux larves ! (Albert Caraco, Post mortem ; dans Le Semainier de l’agonie, L’Âge d’homme, 1985, p. 306).

. Christy Mahon : « Vous me mettez à penser là maintenant que si c’est grande pitié d’être solitaire, c’est pire encore peut-être bien d’aller se mêler aux idiots de ce monde ». (John Millington Synge, Le Beau parleur des terres de l’ouest, acte III ; coll. Babel n°199, Actes Sud, 1996, p. 241).

. Lorsqu’un esprit supérieur entend le Tao, il le pratique avec zèle. Lorsqu’un esprit moyen entend le Tao, tantôt il conserve, tantôt il le perd. Lorsqu’un esprit inférieur entend le Tao, il en rit aux éclats. S’il n’en riait pas, le Tao ne serait plus le Tao. (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, XLI ; dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 44).

. Si je dois mourir, que ce soit dans un champ vaste et noble ! Ne me laissez pas étouffer dans cet étroit monde de boutiquiers.  […] Oh ! que je puisse avoir le spectacle de grands vices, de crimes sanglants et immenses ! Épargnez-moi la vue de cette vertu qui a bien dîné, et de cette morale qui paye à l'échéance. (Henri Heine, Nocturnes, « L’ennuyé », dans Poèmes et légendes, Michel Lévy frères, 1855, p. 183). 

. Les hommes épris de puissance sont avant tout poussés par la volonté d’agir sur l’univers, de faire les événements, et d’avoir eu raison. Richesse, honneurs, distinctions ne sont à leurs yeux que des outils pour leur action. (Maurice Druon, Les Rois maudits, II. La Reine étranglée, II, 1 ; éd. Rencontre, Lausanne, s.d. [1969], p. 102).

. La comtesse : « Heureuse, Duchesse, heureuse ! Voilà bien de ces idées à la mode ! […] Un idéal d’arrière-boutique, le bonheur, ça vous a des relents de pantoufle et de pot-au-feu. » (Éric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de Valognes (1991), III, 3 ; Magnard Classiques et contemporains n°61, 2004, p. 86).

. Le vice principal de toute société égalisatrice est l’Envie […] Et la grande vertu de toutes les aristocraties, me semble-t-il, on la trouve dans le fait que les gens savent toujours qui ils sont et donc ne se comparent pas aux autres. Cette permanente comparaison est vraiment la quintessence de la vulgarité. Qui ne possède pas cette hideuse habitude se voit immédiatement accuser d’arrogance – comme si, en ne se comparant pas, on se plaçait d’autorité au sommet. (Hannah Arendt, lettre à Mary McCarthy, 23 juin 1964 ; dans H. Arendt/M. McCarthy, Correspondance 1949-1975, Stock, 1996, p. 252).

. Faust : « Pour que s’achève la plus grande œuvre, / Un esprit suffit à mille bras ». (Goethe, Second Faust, V ; Pléiade Théâtre complet, 1988, p. 1498).

. Il n’y a rien que l’homme désire tant qu’une vie héroïque ; il n’y a rien de moins ordinaire à l’homme que l’héroïsme. (Jacques Maritain, Humanisme intégral, introduction ; Aubier-Montaigne, 1946, p. 9).

. Les compartiments de non-fumeurs sont toujours moins garnis que les autres – un ascétisme, même inférieur, procure déjà de l'espace aux hommes. Lorsque nous vivons en saints, l'infini vient nous tenir compagnie. (Ernst Jünger, Jardins et routes, 29-30 janvier 1940 ; Pléiade tome II, 2008, p. 83).

. Ce qui importe n'est pas que nous vivions mais qu'il redevienne possible de mener dans le monde une vie de grand style et selon de grands critères. On y contribue en aiguisant ses propres exigences. (Ernst Jünger, Le Travailleur, II, 56 ; éd. Christian Bourgois, 1989, p. 247).

. Nous considérons comme la partie la meilleure de la nation celle qui se trouve le plus près de l’ennemi. […] Quand nous escaladerons la barricade, ce ne sera point pour la lutte des classes, mais pour des biens immatériels. Un abîme nous sépare de ceux qui se battent pour un bien-être matériel. (Ernst Jünger, Le Boqueteau 125 (édition de 1924), le 25/7/1918 ; éd. Porte-Glaive, 1987, p. 179).

. Ajax : « Je n’ai que mépris pour l’homme / Qui se réchauffe avec de vains espoirs. » (Sophocle, Ajax, vers 477-478 ; Pléiade, 1967, p. 447).

. Le luxe d’une nation est restreint à un millier d’hommes, relativement à vingt millions d’autres, non moins heureux qu’eux lorsqu’une bonne police [=politique] les fait jouir tranquillement du fruit de leur labeur. (Jean-François Melon, Essai politique sur le commerce, 1736, chap. IX, p. 110).

. L’égalité chez les hommes est une chimère que peut à peine enfanter une république idéale. […] C’est avoir peu examiné la police [=politique] générale, de dire qu’il faudrait laisser la question de l’esclavage aux esclaves, et non aux maîtres. Proposez la question s’il doit y avoir des laboureurs, des valets, des soldats de milice, et faites la leur juger : ils proposeront tous l’égalité ; mais comme le législateur sait l’impossibilité de cette égalité, c’est à lui d’examiner et de juger quelles subordinations assurent mieux la tranquillité et le bien-être du total de sa nation. (Jean-François Melon, Essai politique sur le commerce, 1736, chap. V, p. 50-51 et 52-53).

. « Les sociétés ne sont valables que quand elles sont dirigées par une élite. » (Fernand Braudel, propos oral dans Fernand Braudel 2. Civilisation matérielle, l’histoire de France, I.N.A., documentaire de Dominique Froissant et Jean-Claude Bringuier, diffusé sur TF1 le 22 août 1984 ; cité dans : François Dosse, « Les habits neufs du président Braudel », Espaces Temps, 1986, vol. n° 34-35, p. 92).

. Toute observation révèle cette inégalité viscérale qui est la loi continue des sociétés. Comme le reconnaissent les sociologues, c’est une loi structurelle, sans exception. (Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme XVe-XVIIIe siècles, tome II. Les Jeux de l’échange, 1979, chap. 5, 1, 2, p. 415).    

. Maintenant, c’est la foule qui impose ses goûts et fait les royautés, c’est-à-dire précisément cette partie des humains essentiellement sensible à cette barbarie dont justement la femme dispose et dont elle dispose seule. – Note : Que la démocratie dût conduire au culte de la femme et autres asiatismes, c’est ce qu’on pouvait déduire de sa définition. D’une part, en effet, la démocratie déchaîne le monde des simples, avec leur besoin fondamental d’étonnement, d’ébahissement, d’écarquillement d’yeux ; d’autre part, l’aliment naturel de ce besoin, la démocratie le supprime, en supprimant les rois, la cour, les grands, en brimant les militaires ; dès lors, ce besoin déchaîné se jette sur ce qu’il trouve : sur la femme, sur les comédiens, sur les rois étrangers qui viennent rendre visite. […] – Aussi la femme est-elle proprement l’idole moderne. (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, I, Émile-Paul, 1920, p. 16).

. Éleuthère : « L’homme serait encore au rang de la bête, et la bête au rang de la matière, s’il n’y avait eu au monde que des "amis de la paix" et que des volontés de ne point dominer. » (Julien Benda, Dialogue d’Éleuthère, III, Émile-Paul, 1920, p. 59. — Dans la pré-originale parue dans les Cahiers de la quinzaine, cinquième cahier de la douzième série, 15 janvier 1911, p. 44, on lit à la place cette autre phrase : « La vie ne serait vraiment qu’une horrible mer morte s’il n’y avait au monde que des conciliateurs bénins et des impartiaux châtrés. »)

 

POLITIQUE

. Ce qui importe, c’est que l’aristocratie soit éclairée. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval ; Livre de poche n°1473, 1965, p. 32).

. Tout patriote est dur aux étrangers ; ils ne sont qu'hommes, ils ne sont rien à ses yeux. Cet inconvénient est inévitable, mais il est faible. L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit. Au dehors le Spartiate était ambitieux, avare, inique : mais le désintéressement, l'équité, la concorde régnaient dans ses murs. Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins. (Rousseau, Émile ou de l'éducation, livre I ; Pléiade tome IV, 1969,  p. 248-249). —  Par où l'on voit ce qu'il faut penser de ces prétendus cosmopolites, qui justifiant leur amour pour la patrie par leur amour pour le genre humain, se vantent d'aimer tout le monde pour avoir le droit de n'aimer personne. (Rousseau, Contrat social, première version, Pléiade tome III, 1964, p. 287).

. L'injustice ne se trouve jamais dans les droits inégaux, elle se trouve dans la prétention à des droits égaux. (Nietzsche, L’Antéchrist, § 57 ; coll. Bouquins tome II, 1993, p. 1097).

. Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n'y obéit qu'à cause qu'il les croit justes. C'est pourquoi il lui faut dire en même temps qu'il y faut obéir parce qu'elles sont lois, comme il faut obéir aux supérieurs non pas parce qu'ils sont justes, mais parce qu'ils sont supérieurs. Par là voilà toute sédition prévenue. (Pascal, Pensées, éd. Le Guern n°62 ou Sellier n°100, Pléiade tome II, 2000, p. 563).

. Le plus grand des maux est les guerres civiles. Elles sont sûres si on veut récompenser les mérites, car tous diront qu'ils méritent. Le mal à craindre d'un sot qui succède par droit de naissance n'est ni si grand, ni si sûr. (Pascal, Pensées, éd. Le Guern n°87 ou Sellier n°128, Pléiade tome II, 2000, p. 569).

. B : « Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu’on les réforme et en attendant nous nous y soumettrons. Celui qui de son autorité privée enfreint une loi mauvaise, autorise tout autre à enfreindre les bonnes. Il y a moins d’inconvénient à être fou avec des fous qu’à être sage tout seul. Disons-nous à nous-mêmes, crions incessamment qu’on a attaché la honte, le châtiment et l’ignominie à des actions innocentes en elles-mêmes, mais ne les commettons pas, parce que la honte, le châtiment et l’ignominie sont les plus grands de tous les maux. » (Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, V, fin ; Pléiade Contes et romans, 2004, p. 480-481). 

. Vous vous doutez, cher [Élémir] Bourges, du dissentiment qui me sépare de votre Déchaîné [=Prométhée, héros du drame de Bourges, La Nef]. Je suis pour l'autorité légitime, avec tous les Jupiter contre tous les Prométhée. J'espère que la seconde partie de votre apocalypse reclouera sur son rocher le détestable Pandoride. (Paul Claudel, lettre à Élémir Bourges, 23 juin 1905, dans Cahiers Paul Claudel, n°1, Gallimard, 1959, p. 176).

. Dans ces conditions [=la séparation de l'Église et de l'État] un homme est un homme, et j'avoue que l'âpre polémique de Maurras m'a plu, peut-être non pas par les meilleurs côtés de mon âme. Mais du moins il hait autant que moi la démocratie, il donne une voix à ce furieux sentiment de dégoût d'un cœur noble qui se sent écrasé par les bestiaux, par la force brute, par le nombre. (Paul Claudel, dans André Suarès et Paul Claudel, Correspondance 1904-1938, lettre du 10 février 1911, Gallimard, 1951, p. 160).

. Chaque élection ouvre une vue d’ensemble sur la bêtise et la méchanceté des Français : spectacle accablant ! Sans gloire, sans honneur puisque sans lutte, nous nous enlisons au milieu de cette masse de stupidité et d’inertie. Peut-on imaginer un système de gouvernement plus idiot que celui qui consiste à remettre tous les 4 ans le sort du pays et la solution des questions les plus graves et plus délicates, non pas au peuple, mais à la foule, à une cohue de réunion publique ! C’est une véritable gageure. Tous les 4 ans la France désigne ses représentants dans un accès de catalepsie alcoolique. (Paul Claudel, Journal 1904-1932, mai 1914 ; Pléiade tome I, 1968, p. 286).

. Caïphe : « Il vaut mieux pour nous qu'un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière. » (Évangile de Jean, XI, 50).

. Hors de la société, l'homme isolé ne devant rien à personne, a droit de vivre comme il lui plaît; mais dans la société, où il vit nécessairement aux dépens des autres, il leur doit en travail le prix de son entretien ; cela est sans exception. Travailler est donc un devoir indispensable à l'homme social. Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon. (Rousseau, Émile ou de l'éducation, livre III ; Pléiade tome IV, 1969,  p. 470).

J’ai toujours voulu rapprocher et mêler les soucis contradictoires : nation et Europe, socialisme et aristocratie, liberté de pensée et autorité, mysticisme et anticléricalisme. (Drieu la Rochelle, Journal 1939-1945, 3 novembre 1944 ; Gallimard, 1992, page 428).

. « Guerre sans feu ne vaut rien, non plus qu'andouille sans moutarde. » (Henry V Lancastre, propos oral rapporté par Jean Jouvenell des Ursins, Histoire de Charles VI roi de France (1430), année 1420 ; éd. 1653, Imprimerie royale, p. 384 ; ou Michaud et Poujoulat : Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, 1836, tome II, p. 561). [2] 

. Il n’est personne à qui le déclin de l’ordre ne soit funeste. (Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre, XVII ; Livre de poche n°3189, 1971, p. 87).

. Don Fabrice Salina : « Que ferait donc le sénat d’un législateur inexpert, à qui manque la faculté de se leurrer lui-même, faculté essentielle pour qui veut guider les autres ? » (Lampedusa, Le Guépard (1958), IV ; Seuil, 1959, p. 167).

. Quand chacun parle de son droit, l'heure de la force est proche. Car, dans le chaos où chacun invoque son droit, c'est la force qui décide pour tout le monde. Et elle seule. Comme il faut toujours un ordre, il faut une décision. (André Suarès, Variables, CXXVIII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 260).

. Nul ne tient son droit que des complaisances de la force. Ceux qui parlent le plus de leur droit, sans la force qui le leur a révélé, ne le connaîtraient même pas. (André Suarès, Variables, CLXII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 264).

. Aux heures de grand péril, et quand tout l’État roule à l'abîme, le premier devoir du gouvernement est d'être impopulaire. (André Suarès, Variables, CCLII ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 282).

. Toute vraie culture s’appuie sur la race et sur le sang. (Antonin Artaud, Messages révolutionnaires, « Surréalisme et révolution » ; Quarto, 2004, p. 692).

. Comte de Saint-Alban : « Une langue ne peut être dominante, sans que les idées qu’elle transmet ne prennent un grand ascendant sur les esprits, et une nation qui parle une autre langue que la sienne perd insensiblement son caractère. » (Sénac de Meilhan, L’Émigré, IV, lettre 124 ; Folio n°4122, 2004, p. 363).

. L'optimisme, donc, est à la philosophie ce que le libéralisme intégral est à l'économie : une pensée naïve, précritique, qui soutient que tout finit par s'arranger, à condition de ne rien faire. Il suppose une histoire automatique, comme le libéralisme suppose une société automatique. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 10 mai, p. 165).

. La révolution véritablement révolutionnaire se réalisera, non pas dans le monde extérieur, mais dans l’âme et la chair des êtres humains. (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, préface nouvelle 1946 ; Pocket n°1438, 1994, p. 12).

. Quel tort fatal il risquait de causer à ces pauvres innocents ! Détruire ainsi tout leur bon conditionnement à la mort par cette dégoûtante explosion de cris, comme si la mort était quelque chose de terrible, comme si quiconque avait une telle importance ! Cela pourrait leur donner les idées les plus désastreuses sur la question, les bouleverser et les faire réagir d’une façon totalement erronée, complètement antisociale. (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, chap. 14 ; Pocket n°1438, 1994, p. 230).

. Mustapha Menier : « La civilisation industrielle n’est possible que lorsqu’il n’y a pas de renoncement. La jouissance jusqu’aux limites extrêmes que lui imposent l’hygiène et les lois économiques. Sans quoi les rouages cessent de tourner. […] La passion et la neurasthénie, c’est l’instabilité. Et l’instabilité, c’est la fin de la civilisation. On ne peut avoir une civilisation durable sans une bonne quantité de vices aimables. […] La civilisation n’a pas le moindre besoin de noblesse ou d’héroïsme. Ces choses-là sont des symptômes d’incapacité politique. Dans une société convenablement organisée comme la nôtre, personne n’a l’occasion d’être noble ou héroïque. […] Il n’y a pas de guerres, de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d’aimer exagérément qui que ce soit. » (Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes, chap. 17 ; Pocket n°1438, 1994 , p. 262).

. Athéna : « Ni anarchie ni tyrannie, telle est la règle / Que je conseille à mes citoyens de respecter ; / Mais qu’ils ne bannissent pas de la ville toute crainte, / Car sans la crainte quel humain reste juste ? » (Eschyle, Les Euménides, vers 696-699 ; Pléiade, 1967, p. 398). 

. Le chœur : « La crainte est parfois bonne / Et doit, gardienne de l’âme, / Y siéger à demeure. / Salutaire / [Est] la sagesse [qui vient de] l’angoisse. / Qui, homme ou ville, s’il n’est rien / Au monde dont son cœur / Tremble, ira honorer / Encore longtemps la Justice ? » (Eschyle, Les Euménides, vers 517-525 ; Pléiade, 1967, p. 391).

. Nous croyons que les ruines de la guerre sont moins difficilement réparées que les ruines de la paix. On a plutôt fait de rétablir un pont, de relever une maison, de replanter un verger, que d’abattre un lupanar. Quant aux hommes, cela repousse tout seul, et la guerre tue moins d’âmes que la paix. (Louis Veuillot, dans L’Univers du 26 juin 1869, p. 1 ; repris dans Mélanges religieux, historiques, politiques et littéraires, volume 15, L. Vivès, 1876, p. 492). 

. Là où il n’y a point de loi, il n’y a point de liberté : car la liberté, c’est être exempt de contrainte et de violence de la part d’autrui, ce qui ne peut être là où il n’y a point de loi. [Where there is no law, there is no freedom : for liberty is, to be free from restraint and violence from others ; which cannot be, where there is no law.] (John Locke, Deuxième traité du gouvernement civil, VI, 57 ; éd. G.-F. n°408, 1992, p. 185).

. S’il me fallait définir les qualités essentielles de l’homme d’État, je dirais qu’il associe au penchant à conserver le talent d’améliorer. En dehors de celà, tout est pauvre dans la conception et dangereux dans la réalisation. (Edmund Burke, Réflexions sur la révolution de France, chap. 5 ; éd. Pluriel n°8475, 1989, p. 200).

. Un monde civilisé et timide n’a rien trouvé d’autre à opposer à la renaissance brutale et à visage découvert de la barbarie, que des sourires et des concessions. L’esprit de Munich est une maladie de la volonté chez les peuples nantis. Un état d’âme permanent chez ceux qui se sont abandonnés à la poursuite de la prospérité à tout prix, ceux pour qui le bien-être matériel est devenu le but principal de leur vie sur terre. Ces gens-là – et il y en a beaucoup dans le monde aujourd’hui – ont choisi la passivité et la reculade, afin de prolonger un peu leur train-train quotidien, afin d’éluder la difficulté aujourd’hui. Et demain, vous verrez, tout ira bien. Mais rien n’ira bien. Le prix de la lâcheté est toujours le mal. Nous ne récolterons la victoire que si nous avons le courage de faire des sacrifices. (Alexandre Soljenitsyne, Discours de Stockholm, dans Les Droits de l’écrivain, Points n°38, Seuil, 1972, p. 114-115).

. Le dilemme n’est pas tant la guerre ou la paix que la liberté ou l’esclavage. La paix et la liberté paraissent inséparables et le vieux slogan « plutôt rouge que mort » n’est qu’une piètre ineptie. Ceux qui le suivraient seraient et rouges et morts. (Vladimir Boukovsky, Les Pacifistes contre la paix. Nouvelle lettre aux Occidentaux, Robert Laffont, 1982, p. 114).

. Jamais, au grand jamais, la paix n’a été sauvée par le désir hystérique de survivre à n’importe quel prix. (Vladimir Boukovsky, Les Pacifistes contre la paix. Nouvelle lettre aux Occidentaux, Robert Laffont, 1982, p. 123).

. [L]e suffrage universel [est] la plus monstrueuse et la plus inique des tyrannies, – car la force du nombre est la plus brutale des forces, n’ayant même pas pour elle l’audace et le talent. (Paul Bourget, Le Disciple, préface, Lemerre, 1889, page V).

. On anémie et on sénilise à la longue un pays en l’élevant dans la religion exclusive de la sécurité. On atrophie ainsi lentement et sûrement un réflexe profond : le sens du risque. Nous avouons n’avoir partagé ni l’indignation ni l’ironie soulevées dans une partie de notre presse par le mot de Papen : l’Allemand aime mieux mourir sur un champ de bataille que dans un lit. La sécurité est un bien, elle ne doit pas devenir un autel. Le mot paix n’a pas droit à la majuscule des absolus. (Robert d’Harcourt, L’Évangile de la force. Le visage de la jeunesse du IIIe Reich, conclusion, Plon, 1936, p. 247).

. L’une des causes de l’atmosphère de faiblesse et d’humiliation où nous nous débattons n’est-elle pas qu’en face d’un voisin écrivant l’adjectif deutsch avec une grande lettre, chez nous le nom France a trop longtemps été écrit avec une minuscule ? (Robert d’Harcourt, L’Évangile de la force. Le visage de la jeunesse du IIIe Reich, conclusion, Plon, 1936, p. 248, derniers mots du livre). 

. Les anciens qui savaient pratiquer le Tao n’allaient pas éclairer le peuple ; mais ils voulaient le laisser dans l’ignorance. Si le peuple est difficile à gouverner, c’est parce que ses connaissances se sont accrues. (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, LXV ; dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 68).

. À propos des affaires d’État : « Il ne faut point se mêler de la conduite d’un vaisseau où l’on n’est que simple passager. » (Malherbe, propos oral rapporté par Racan dans Vie de Monsieur de Malherbe, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 1991, p. 29).

. « L’erreur d’un seul Grand est bien moins redoutable que le Vote de tout le monde. […] L’excès d’égalité fabrique la tyrannie. Devenues irrésistibles, les démocraties modernes ont pour fonction historique de fermer la porte au nez de l’Histoire. » (Jean Jardin, opinion rapportée par son fils Pascal Jardin dans Le Nain jaune, I, Julliard, 1978, p. 14).

. Périclès : « Un homme ne se mêlant pas de politique mérite de passer, non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile. » (Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, II, 40 ; Pléiade, 1964, p. 813).

. Erwin Kern : « Nous ne luttons pas pour que le peuple devienne heureux. Nous luttons pour lui imposer une destinée. »  (Ernst von Salomon, Les Réprouvés, II, 8 ; Livre de poche n°2553, 1969, p. 326).

. La discrétion ne vaut rien avec les grands de la terre, et il faut se hâter d’exprimer un besoin, une exigence, un souhait, fût-ce à s’en inventer, lorsqu’ils se proposent à les satisfaire. Car ensuite ils se sentent déliés de reconnaissance simplement pour avoir offert, et ils négligent de donner. (Maurice Druon, Les Rois maudits, II. La Reine étranglée, I, 6 ; éd. Rencontre, Lausanne, s.d. [1969], p. 86).

. Les princes médiocres ne tolèrent qu'un entourage de flatteurs qui leur dissimulent leur médiocrité. (Maurice Druon, Les Rois maudits, II. La Reine étranglée, II, 1 ; éd. Rencontre, Lausanne, s.d. [1969], p. 107).

. « La guerre est une des lois sacrées du monde ; elle entretient chez les hommes tous les grands, les nobles sentiments : l’honneur, le désintéressement, la vertu, le courage, et les empêche, en un mot, de tomber dans le plus hideux matérialisme. » (Helmut von Moltke, propos rapporté par Guy de Maupassant dans « La guerre », chronique parue dans Le Gaulois le 10 avril 1881, puis reprise dans Sur l’eau, 7 avril, Folio n°2408, 1993, p. 72).

. Être de gauche ou être de droite c’est choisir une des innombrables manières qui s’offrent à l’homme d’être un imbécile ; toutes deux, en effet, sont des formes d’hémiplégie morale. (José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), préface, 4 ; Gallimard, coll. Idées n°130, 1967, p. 31).

. Dans les révolutions, l’abstraction essaie de se soulever contre le concret. Aussi la faillite est-elle consubstantielle à toute révolution. (José Ortega y Gasset, La Révolte des masses (1929), préface, 4 ; Gallimard, coll. Idées n°130, 1967, p. 37).

. Les sentiments d’humanité que nous devons avoir pour chacun en particulier s’opposent aux intérêts de l’espèce humaine en général. La pitié que nous éprouvons envers les asociaux, dont l’infériorité provient peut-être de lésions irréversibles, datant de la petite enfance, ou de tares héréditaires, nous empêche de protéger les êtres normaux. On ne peut même plus employer les qualificatifs de supérieur ou d’inférieur, en parlant des hommes, sans être soupçonné de plaider pour la chambre à gaz. (Konrad Lorenz, Les Huit péchés capitaux de notre civilisation, chap. VI, Flammarion, 1973, p. 89).

. La cause de la paix sociale s’est toujours nourrie des cris d’angoisse des privilégiés. Aucun pays ne fait exception. Les riches ressentent plus profondément que les pauvres les injustices dont ils sont victimes et leur capacité d’indignation n’a pas de limite. Lorsque leurs lamentations parviennent à l’oreille des pauvres, ceux-ci s’imaginent que la classe privilégiée souffre réellement et ils acceptent leur propre sort avec plus de philosophie. C’est un tranquillisant immédiat. Le secret d’une bonne politique est de savoir non seulement réconforter les tourmentés mais aussi tourmenter les confortables. (John Kenneth Galbraith, Tout savoir ou presque sur l’économie (1977), chap. 8 ; Seuil, Points-Économie n°15, 1981, p. 138).

. Je crois que le monde est devenu fou ! La paix éternelle ! Plus jamais de guerre ! Quelle sornette, quel enfantillage ! S’imagine-t-on qu’on peut changer l’ordre de l’univers ? Quelle présomption ! Et quelle infidélité envers le passé, envers toutes les grandes traditions ! Jamais de guerre ! Le sang cessera de couler, la gloire et l’héroïsme seront comptés pour rien. […] Rien n’opposera-t-il plus de limites à l’orgueil et à la présomption démesurés de l’humanité ? (Pär Lagerkvist, Le Nain (1944) ; dans Œuvres, Stock, 1981, p. 248).

. Une réconciliation ! Peut-on imaginer quelque chose d’aussi honteux ? Une réconciliation avec son ennemi mortel ! Quelle perversité, quel sinueux et répugnant artifice ! Et quelle humiliation, quel avilissement pour nous ! Pour notre pensée, pour ses morts ! Nos héros auraient été sacrifiés en vain ? Cette pensée fait horreur. (Pär Lagerkvist, Le Nain (1944) ; dans Œuvres, Stock, 1981, p. 248).

 

LITTÉRATURE ET ARTS

. Il me semble que n’assign[er] autre fin à la comédie [=au théâtre], que celle de donner du plaisir au peuple, c’est mettre les poètes en même rang que les saltimbanques et les violons, eux de qui la fureur [=l’inspiration] même est appelée divine par Platon. […] Il est de la poésie comme de ses sœurs (je veux dire la musique et la peinture), elle a des beautés que tous les yeux n’aperçoivent pas ; et quelque chose si détaché de la matière, que le peuple n’a garde de les découvrir, lui qui n’a presque d’âme que celle des bêtes et des plantes, c’est-à-dire la sensitive et la végétante. Les spectacles, qui proprement furent inventés pour lui, sont les combats des gladiateurs, ceux des animaux sauvages, et tout ce que l’hippodrome et le cirque ont exposé aux yeux d’Athènes et de Rome, et […] les bouffonneries des mimes et des satires. Mais du véritable poème, quand il est du genre sublime, le peuple n’en peut avoir pour sa part que les machines et les beaux habillements ; le reste appartient aux esprits de la plus haute hiérarchie. (Georges de Scudéry, Réponse à la lettre de Guez de Balzac sur Le Cid, 1637; reproduite dans Armand Gasté, La Querelle du Cid. Pièces et pamphlets publiés d’après les originaux, H. Welter, 1898, document n°34, p. 460-462).

. [Zola] est un colosse qui a les pieds malpropres, mais c'est un colosse. / Cela choque en moi beaucoup de délicatesses, n'importe ! Il faut savoir admirer ce qu'on n'aime pas. (Gustave Flaubert, Lettre à Edma Roger des Genettes, 18 avril 1880 ; Pléiade Correspondance, tome V, 2007, p. 885-886).

. « Quand je n'ai pas de bleu, je mets du rouge. » (Pablo Picasso, propos oral cité par Paul Éluard dans « Je parle de ce qui est bien », conférence de 1936 recueillie dans Donner à voir ; Pléiade tome I, 1968, p. 940).

.  « On peut écrire et peindre n'importe quoi puisqu'il y aura toujours des gens pour le comprendre (pour y trouver un sens). » (Pablo Picasso, propos oral rapporté par Jean Cocteau, Journal 1942-1945, 23 mars 1942, Gallimard 1989, p. 53).

. « Voyez-vous, ce tableau que je viens de peindre produira un certain effet ; mais cet effet serait exactement le même, au sens métaphysique, si je l’enveloppais dans un papier et que je le reléguais dans un coin. Ce serait exactement la même chose que si dix mille personnes l’avaient admiré. » (Pablo Picasso, propos oral à Ernst Jünger, rapporté par celui-ci dans ses Entretiens avec Julien Hervier, V, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 70).

. Les textes d'une même époque n'ont pas tous le même âge. On vieillit plus vite dans « l'idéologique » que dans l'artistique, dans « le littéraire ». Mais le temps littéraire aussi a ses ruses et ses dédoublements : c'est la « petite » littérature, le mode mineur qui résiste le mieux ; la pompe, le grand style, le morceau de bravoure se dégonflent vite. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 38).

. En art, l’innocence est une longue astuce. Il faut être un peu rhéteur pour pouvoir dire sa vérité. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 34).

. Parce que la langue n'est pas un instrument mais un organe et un destin, toute l'histoire de France affleure dans n'importe quelle page de Hugo, Aragon ou Giono. Internationaliste, anarchiste, isolé ou exilé, qu'importe : un grand écrivain est patriote par nécessité. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 139).

. Avec l'espéranto, il n'y aurait plus rien de fondamental à communiquer. Accéder à l'universel par la suppression des frontières, voilà l'illusion antidialectique, la pire des platitudes, l'hydre moderne à décapiter. Le langage mathématique est une langue sans frontières ni patries, aussi n'a-t-elle strictement rien à dire. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 140).

. Au contact de l’anglais, la langue perd beaucoup en richesse syntaxique. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, XII, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 148). 

. L'ode à la vie est sans vie, comme l'invocation à la pensée est toujours bête, et les délicatesses de l'âme, vulgaires. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 39).

. [Qui sera juge en matière de langage ?] Ce ne sera pas l’historien de la langue, qui n’a la parole que pour le passé ; ce ne sera pas non plus le linguiste, qui a la charge de décrire les lois du langage, mais non de les dicter ; ce ne sera pas le statisticien, qui ne fait qu’enregistrer l’usage. À qui donc attribuer l’autorité ? Elle appartient à l’inventeur, à celui qui crée les formes dont se sert ensuite le commun des hommes, à l’écrivain, au philosophe, au poète… Nous sommes la foule, qui habillons notre pensée du vêtement créé par eux ; nous usons de ce vêtement et nous l’usons. Par nous-mêmes, nous ne pouvons contribuer que peu de chose au développement du langage ; encore est-ce seulement sous la direction de ces maîtres. Il faut nous résigner à n’être que des écoliers, et ce n’est pas aux écoliers à commander. (Adolphe Noreen, Sur la correction de la langue, Upsal, 1888 ; cité par Michel Bréal, Essai de sémantique (science des significations), Hachette, 1897, p. 303-304).

. Je suis de ces Français qui habitent à ce point leur langue que toute conversation dans une autre m'apparaît comme une déportation. (Jacques Julliard, L'Année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998, 8 octobre, p. 309).

. « La seule façon d’aider les écrivains, c’est de les mettre en prison. » (Roger Caillois, propos oral rapporté par Jean d’Ormesson dans Le Rapport Gabriel, III, 18 ; Folio n°3475, 2001, p. 235).

. D’une façon générale, j’écris beaucoup pour moi personnellement, mais j’imprime par nécessité et uniquement pour de l’argent ; quel plaisir y a-t-il à se présenter devant un public qui ne vous comprend pas pour qu’ensuite, pendant six mois, dans leurs revues, quatre imbéciles vous couvrent d’injures qui bravent presque la décence. Il fut un temps où la littérature était une carrière noble, aristocratique. Aujourd’hui, c’est un marché aux puces. (Alexandre Pouchkine, lettre n°356 à M.P. Pogodine, vers le 7 avril 1834 ; Œuvres complètes, tome III, André Bonne éditeur, 1958, p. 500).

. Travailler pour l'argent et travailler pour l'art sont pour moi deux choses incompatibles. (Fedor Dostoïevski, Lettre n°134 à M. N. Katkov, 11 janvier 1858 ; Correspondance, tome 1, Bartillat, 1998, p. 501).

. Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. (Antoine Albalat, L'Art d'écrire enseigné en vingt leçons, III, Armand Colin, 1929, p. 29).

. On dit qu’une heure avant que de mourir, après avoir été deux heures à l’agonie, [Malherbe] se réveilla comme en sursaut pour reprendre son hôtesse qui lui servait de garde, d’un mot qui n’était pas bien français à son gré. Et comme son confesseur lui en fit réprimande, il lui dit qu’il ne pouvait s’en empêcher, et qu’il voulait jusques à la mort maintenir la pureté de la langue française. (Racan, Vie de Monsieur de Malherbe, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 1991, p. 62-63). [3]

. En [l’écrivain] aucun sentiment simple n’existe plus. Tout ce qu’il voit, ses joies, ses plaisirs, ses souffrances, ses désespoirs, deviennent instantanément des sujets d’observation. Il analyse malgré tout, malgré lui, sans fin, les cœurs, les visages, les gestes, les intonations. Sitôt qu’il a vu, quoi qu’il ait vu, il lui faut le pourquoi ! […] / Il a l’esprit construit de telle sorte que la répercussion, chez lui, est bien plus vive, plus naturelle, pour ainsi dire, que la première secousse, l’écho plus sonore que le son primitif. […] / S’il aime une femme, il la dissèque comme un cadavre dans un hôpital. […] / Acteur et spectateur de lui-même et des autres, il n’est jamais acteur seulement comme les bonnes gens qui vivent sans malice. (Maupassant, Sur l’eau, 10 avril ; Folio n°2408, 1993, p. 91-92-93).

. Jacqueline : « Quand on peut se regarder souffrir et raconter ensuite ce qu’on a vu, c’est qu’on est né pour la littérature !... » (Édouard Bourdet, Vient de paraître (1927), acte IV ; dans Théâtre complet, tome II, Stock, 1954, p. 216-217).

. Theodor : « Il est certain que toutes les mélodies qui […] ont pris naissance en notre cœur [de compositeur], nous semblent n’appartenir qu’à la cantatrice qui jeta en nous la première étincelle. Nous l’entendons et ne faisons que transcrire ce qu’elle a chanté. Mais tel est le destin des faibles êtres que nous sommes : collés à notre glèbe, nous aimons cependant plus que tout attirer le surnaturel dans les misérables limites de notre existence terrestre. Ainsi la cantatrice devient notre bien-aimée… parfois même notre femme ! Le charme est rompu et cette mélodie, qui chantait en nous et laissait entrevoir de merveilleuses promesses, se transforme en plainte au sujet d’une soupière cassée ou d’une tache d’encre sur du linge neuf. Heureux le compositeur qui ne revoit jamais plus en ce monde celle dont le mystérieux pouvoir a su faire naître en lui des mélodies ! Si violent que soit le désespoir de ce jeune homme, si grande sa peine d’amour au moment où la divine enchanteresse s’est éloignée de lui, l’image de cette femme se transformera en sons célestes et ceux-ci continueront à vivre en lui, éternellement neufs, éternellement beaux, donnant naissance à des mélodies qui ne représentent qu’elle, toujours elle ! Qu’est dans ce cas une telle femme, sinon l’idéal suprême que l’âme a projeté hors d’elle-même et dont cette image extérieure, étrangère à elle, était le reflet ? » (E.T.A. Hoffmann, « Le point d’orgue », dans Les Frères de Saint-Sérapion, I ; éd. Phébus, tome I, 1981, p. 122-123).

. Il n’appartient qu’au poète de comprendre le poète ; seule une sensibilité romantique peut apprécier les œuvres romantiques ; seule une âme exaltée par la poésie et qui a reçu l’initiation au cœur du sanctuaire est capable de comprendre le langage inspiré de ses élus ! (E.T.A. Hoffmann, « Don Juan », 2, dans Contes ou fantaisies à la manière de Callot, Folio n°1151, 1990, p. 54).

. Berganza : « Est-il plus grave offense pour l’artiste que de se voir tenu par le vulgaire pour son égal ? Cela se rencontre pourtant tous les jours ! Que de fois n’ai-je pas été écœuré d’entendre ainsi quelque imbécile disserter sur l’art, citer Goethe et se battre les flancs pour faire briller en lui cet esprit poétique dont un seul rayon l’eût anéanti, insipide et chétif pantin qu’il était ! » (E.T.A. Hoffmann, « Le chien Berganza », dans Contes ou fantaisies à la manière de Callot, Folio n°1151, 1990, p. 91).

. Birkner : « Tes doutes parlent encore en ta faveur ; ils sont la meilleure preuve de ta vocation d’artiste. Celui qui, plein d’une confiance inaltérable en ses forces, s’imagine avancer constamment de progrès en progrès, est un fou aveugle qui s’abuse lui-même ; car il manque, pour atteindre le but, de l’aiguillon le plus nécessaire, c’est-à-dire du sentiment de son imperfection. » (E.T.A. Hoffmann, « L’église des jésuites », II, dans Contes nocturnes, Pocket n°3397, 1989, p. 129).

. L’âme de l’artiste est assaillie par le doute. Il perçoit l’idéal et se sent impuissant à l’atteindre ; celui-ci lui échappe, croit-il, à tout jamais. Mais voici qu’il recouvre un courage divin ; il combat, il lutte, et son désespoir se dissipe en une douce nostalgie qui le fortifie et l’incite à poursuivre le rêve bien-aimé qu’il voit toujours plus proche et toujours fuyant. (E.T.A. Hoffmann, « La cour d’Artus », dans Les Frères de Saint-Sérapion, II ; éd. Phébus, tome I, 1981, p. 223).

. On n’a pas le droit de conclure des œuvres à l’artiste et de s’imaginer que, pour avoir su donner l’impression vraie du monstrueux et du sauvage, le peintre dût être lui-même un homme sauvage et monstrueux. Qui parle le plus de l’épée n’est pas qui la manie le mieux ; et celui qui imagine toutes les horreurs d’un crime au point de les faire vivre par la plume ou le pinceau est aussi le moins capable de commettre réellement ce crime. (E.T.A. Hoffmann, « Signor Formica », I, dans Les Frères de Saint-Sérapion, VII ; éd. Phébus, tome IV, 1982, p. 27).

. L’homme des muses doit placer au centre sa peinture, sa poésie, sa sculpture, et le reste est ridicule. C’est pourquoi je ne saurais critiquer un créateur qui bénéficierait des faveurs d’un tyran. […] L’artiste est avant tout responsable devant son œuvre et non devant telle ou telle orientation politique. C’est pour lui une nécessité d’être égoïste. (Ernst Jünger, Entretiens avec Julien Hervier, VIII, Gallimard, collection Arcades n°9, 1986, p. 105). 

.  Être cultivé, ce n'est pas avoir lu tel ou tel livre, c'est savoir se repérer dans leur ensemble, donc savoir qu'ils forment un ensemble et être en mesure de situer chaque élément par rapport aux autres […], ce qui compte dans chaque livre étant les livres d’à côté. De ce fait, n'avoir pas lu tel ou tel livre n'a guère d'importance pour la personne cultivée, car si elle n'est pas informée avec précision de son contenu, elle est souvent capable d'en connaître la situation, c'est-à-dire la manière dont il se dispose par rapport aux autres livres. (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, I, 1, Minuit, 2007, p. 26-27).

. La non-lecture n’est pas l’absence de lecture. Elle est une véritable activité, consistant à s’organiser par rapport à l’immensité des livres, afin de ne pas se laisser submerger par eux. (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, I, 1, Minuit, 2007, p. 28).

 

SCEPTICISME

. Les leçons de l’adversité ne sont pas toujours salutaires ; quelquefois elles adoucissent et corrigent, quelquefois aussi elles gâtent et endurcissent l’âme. (Edward Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), III, 11 ; Pocket n°2237, 1984, p. 249).

. Il n'est tel axiome, même inepte, qui ne trouve son admirateur. En revanche, il n'est telle vérité dont le moraliste qui l'émet ne suspecte l'exactitude, de l'instant où il l'a émise. (Courteline, La Philosophie de Georges Courteline, § I, coll. Bouquins, 1990, p. 803).

. Je n'épouse pas les opinions, excepté celles des livres d'Euclide. (Montesquieu, Pensées n°475, Bouquins p. 307).

. En tout grand esprit, il y a un sceptique : et même s'il se tait, il veille. Pour être vrai, il faut douter. Il faut douter pour être honnête. (André Suarès, Variables, CXCVI ; coll. Bouquins, tome 2, 2002, p. 270).

. Le véritable but de la méthode scientifique est de s'assurer qu'on ne s'imagine pas savoir ce qu'en fait on ignore. (Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, IX ; Seuil, 1978, p. 92).

. Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n'est pas impossible que tout le monde ait tort. (Gandhi, Lettres à l'Ashram, X ; Albin Michel, 1937, p. 54-55).

. L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit. (Gandhi, Lettres à l'Ashram, Extraits d’autres œuvres, I (article dans Young India, 26 février 1925) ; Albin Michel, 1937, p. 81).

. « Il ne faut jamais rien croire a priori. Il faut simplement avoir l’honnêteté de constater qu’il se passe quelque chose. » (Guy Breton, « Des fouilles dirigées de l’au-delà. Réponses à l’incrédule », dans Histoires magiques de l’histoire de France, tome II, Omnibus, 2012, p. 542).

. « Si je pense en français ou en anglais qu’une veuve s’est immolée sur le bûcher de son mari, je suis indigné par la barbarie de ces gens. Si je pense la même chose en hindi, je suis ébloui par la sainteté de cette femme. » (Alain Daniélou, propos oral rapporté par Michel Tournier dans Journal extime, « mars » ; Folio n°3994, 2004, p. 69).

 

NIHILISME

. L’homme ne naît que pour mourir et il n’est jamais si vivant que lorsqu’il meurt. (Drieu la Rochelle, L’Homme à cheval, Livre de poche n°1473, 1965, p. 242).

. Lucien : « Mourir, mourir... Mourir, ce n'est rien. Commence donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long. » (Jean Anouilh, Roméo et Jeannette, inclus dans Nouvelles pièces noires, La Table ronde, 1976, p. 311).

. Quand je pense que la terre, le système solaire, auront une fin, qu’il n’y aura plus de langue française, comment pourrais-je encore exister ? Rien de ce que je contiens ne garderait un sens. (Emmanuel Berl, Il fait beau allons au cimetière, Gallimard, 1976, p. 161).

Dès qu'un homme vient à la vie, il est assez vieux pour mourir. (Johann Pflug von Rabenstein, Le Paysan de Bohême, cité par Martin Heidegger, Être et temps, p. 245).

. Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête et en voilà pour jamais. (Pascal, Pensées, éd. Le Guern n°154 ou Sellier n° 197, Pléiade tome II, 2000, p. 600).

. Qui veut faire l’ange fait la bête, — soit. Mais qui veut faire la bête ne fait pas l’ange. La bête gagne donc à tous coups. (Régis Debray, Journal d’un petit-bourgeois entre deux feux et quatre murs, Seuil, 1976, p. 135).

. Aucune créature humaine n’est comprise par aucune créature humaine. Tout au plus, par habitude, patience, intérêt, amitié, elles s’acceptent ou se tolèrent. (Hippolyte Taine, Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge, chap. XXIII, éd. Hachette, 1867, p. 301).

. Hamm : « Quelle heure est-il ? » — Clov : « La même que d’habitude ». (Samuel Beckett, Fin de partie, éd. Minuit, 1957, p. 18).

. Hamm : «  Vous n’avez pas fini ? Vous n’allez donc jamais finir ? Ça ne va donc jamais finir ? Mais de quoi peuvent-ils parler, de quoi peut-on parler encore ? » (Samuel Beckett, Fin de partie, éd. Minuit, 1957, p. 38).

. Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. / Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. (Marcel Pagnol, Le Château de ma mère, Livre de poche n°1488/89, p. 282).

. « Comment être heureux dans un calme parfait et une clarté pure, abstraits comme une formule ? Nous sommes faits de trop de besoins et d’un cœur trop déréglé. Si on nous enlevait tout ce qui nous fait mal, que resterait-il ! » (Henri Barbusse, L’Enfer, chap. VIII ; Livre de poche n°591, 1963, p. 116).

. « Si seulement un homme a appris à penser, peu importe à quoi il pense, il pense toujours au fond à sa propre mort. Tous les philosophes ont été ainsi. Et quelle vérité peut-il y avoir, s’il y a la mort ? » (Léon Tolstoï, propos oral rapporté par Gorki, « Souvenirs sur Tolstoï », article publié dans la Nouvelle Revue Française, n°87, 1/12/1920, p. 894).

. Je n’ai pas ces idées confuses, cette irréflexion qui font prendre une personne belle et ordinaire pour l’exemplaire suprême de la perfection. C’est que j’aspire à quelque chose d’infiniment plus relevé, et ce qui est la perfection pour un philosophe. Je sais qu’elle n’existe pas dans le genre humain et que si quelque chose en approche, ce n’est pas la femme, c’est l’homme, de sorte que mon idéal serait bien plutôt une amitié qu’un amour. Il y a plus : j’y ai renoncé ; cette tristesse calme, ce découragement raisonné qui m’a pris à l’endroit de la pensée me prend aussi à l’endroit de l’amour ; je n’espère pas. Nul homme réfléchi ne peut espérer. Et alors voici ce qui m’arrive : devant cette impossibilité, un sentiment grand et mélancolique me saisit ; cette vue de la vie humaine si mutilée, cette nécessité où l’on est de ne pouvoir aimer qu’à demi et les autres et soi-même, ce vice radical de la nature de l’homme qui, blessé dans le fond de son être, se traîne sans jamais pouvoir être guéri sur le chemin que lui ouvre le Temps, tout cela m’émeut comme cette vue de la mer et des vaisseaux en péril. (Hippolyte Taine, lettre du 2 mars 1849 à Prévost-Paradol ; dans  H. Taine, sa vie, sa correspondance, tome I. Correspondance de jeunesse 1847-1853, Hachette, 1914, p. 54-55).

. Je ne sens la vie qu'avec un retard qui me la rend désespérément virtuelle. (Antonin Artaud, lettre à personne, parue dans Cahiers du sud n°81, juillet 1926 ; Quarto, 2004, p. 184).

. Nous sommes toujours tellement pressés que nous n'avons pas souvent l'occasion de parler. Jour après jour, on reste à la monotone surface des choses. Les années passent, et on se demande comment elles ont pu se succéder si vite, et on les regrette. (Robert Pirsig, Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes, I ; Seuil, 1978, p. 16).

. Les plus pessimistes sur les hommes sont toujours dépassés par la réalité. (Robert Brasillach, Chénier, II ; dans Écrit à Fresnes, Plon, 1967, p. 483).

. Glaucus : « Le souvenir de notre grandeur déchue m’est plus cher que les joies bruyantes de votre prospérité. » (Bulwer-Lytton, Les Derniers jours de Pompéi (1834), V, 11 ; Pocket n°2237, 1984, p. 435).

. Un couchant des Cosmogonies ! / Ah ! que la Vie est quotidienne… / Et, du plus vrai qu’on se souvienne, / Comme on fut piètre et sans génie… (Jules Laforgue, Les Complaintes (1885), « Complainte sur certains ennuis », vers 1-4 ; dans Œuvres complètes, tome I, L’Âge d’homme, 1986, p. 586).

. Ah ! oui, devenir légendaire, / Au seuil des siècles charlatans ! / Mais où sont les Lunes d’antan ? / Et que Dieu n’est-il à refaire !... (Jules Laforgue, L’Imitation de Notre-Dame la Lune (1886), « Locutions des Pierrots », XVI, vers 9-12 ; dans Œuvres complètes, tome II, L’Âge d’homme, 1995, p. 97). 

. Celui qui sait ne parle pas, celui qui parle ne sait pas. (Lao-tseu, Le Livre de la Voie et de la Vertu, LVI ; dans Philosophes taoïstes, Pléiade, 1980, p. 59).

. Après avoir fait le récit du péché de Caïn et de la mort d’Abel son frère : « Voilà un beau début. Ils n’étaient que trois ou quatre au monde et il y en a un qui a tué son frère. Que pouvait espérer Dieu des hommes après cela pour se donner tant de peine de les conserver ? N’eût-il pas mieux fait d’en éteindre dès l’heure l’engeance pour jamais ? » (Malherbe, propos oral rapporté par Racan dans Vie de Monsieur de Malherbe, Gallimard, coll. « Le Promeneur », 1991, p. 35).

. Nous sommes toujours emprisonnés en nous-mêmes, sans parvenir à sortir de nous, condamnés à traîner le boulet de notre rêve sans essor ! […] / Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, nous ne pouvons rien, nous ne devinons rien, nous n’imaginons rien, nous sommes enfermés, emprisonnés en nous. Et des gens s’émerveillent du génie humain ! (Maupassant, Sur l’eau, 7 avril ; Folio n°2408, 1993, p. 62-63).

. J’ai tout convoité sans jouir de rien. Il m’aurait fallu la vitalité d’une race entière, l’intelligence diverse éparpillée sur tous les êtres, toutes les facultés, toutes les forces, et mille existences en réserve, car je porte en moi tous les appétits et toutes les curiosités, et je suis réduit à tout regarder sans rien saisir. (Maupassant, Sur l’eau, 10 avril ; Folio n°2408, 1993, p. 91).

. Norbert de Varenne : « Qu’attendez-vous ? De l’amour ? Encore quelques baisers, et vous serez impuissant. / Et puis, après ? De l’argent ? Pour quoi faire ? Pour payer des femmes ? Joli bonheur ! Pour manger beaucoup, devenir obèse et crier des nuits entières sous les morsures de la goutte ? / Et puis encore ? De la gloire ? À quoi cela sert-il quand on ne peut plus la cueillir sous forme d’amour ? / Et puis, après ? Toujours la mort pour finir. » (Maupassant, Bel-Ami, I, 6 ; Pléiade Romans, 1987, p. 299-300).

. Norbert de Varenne : « Vous sentirez l’effroyable détresse des désespérés. Vous vous débattrez, éperdu, noyé, dans les incertitudes. Vous crierez "à l’aide" de tous les côtés, et personne ne vous répondra. Vous tendrez les bras, vous appellerez pour être secouru, aimé, consolé, sauvé ; et personne ne viendra. / Pourquoi souffrons-nous ainsi ? C’est que nous étions nés sans doute pour vivre davantage selon la matière et moins selon l’esprit ; mais, à force de penser, une disproportion s’est faite entre l’état de notre intelligence agrandie et les conditions immuables de notre vie. / Regardez les gens médiocres : à moins de grands désastres tombant sur eux ils se trouvent satisfaits, sans souffrir du malheur commun. Les bêtes non plus ne le sentent pas. » (Maupassant, Bel-Ami, I, 6 ; Pléiade Romans, 1987, p. 301).

. Amphitryon : «  La mort, je le vois bien, nous devons la subir. / Mes vieux amis, l’existence est bien peu de chose. / Ne songez qu’à vous la rendre agréable / En allant chaque jour jusqu’au soir sans vous tourmenter. / Le temps se soucie bien d’accomplir nos espoirs ! / Il fait son œuvre, et puis le voilà envolé. / Voyez-moi, vers qui se tournaient tous les yeux, / Tellement mon bonheur était fameux. Puis le sort m’a tout enlevé, / Comme une plume au vent, en l’espace d’un jour. / La haute fortune et la renommée, je ne connais nul homme / Qui puisse les tenir assurées. » (Euripide, La Folie d’Héraclès, vers 502-512 ; Pléiade, 1962, p. 490).

. Berthold : « Ah ! que sont nos efforts et nos élans vers l’infini ? Rien d’autre que les mouvements inconscients et maladroits du nourrisson qui meurtrit le sein de sa bonne nourrice. […]  L’idéal n’est qu’un songe vil et trompeur produit par le bouillonnement du sang. […] Le diable nous nargue avec des poupées auxquelles il a collé des ailes d’ange ! » (E.T.A. Hoffmann, « L’église des jésuites », I, dans Contes nocturnes, Pocket n°3397, 1989, p. 122).

. La barque de Charon va toujours aux enfers. Il n’y a pas de nautonier du bonheur. (Gaston Bachelard, L’Eau et les rêves, III, 4, José Corti, 1942, p. 108).

. Ulysse : « Je vois que nous, les vivants, / Nous ne sommes que fantôme et ombre vaine. » (Sophocle, Ajax, vers 125-126 ; Pléiade, 1967, p. 435).

. La nourrice : « La vie des hommes est toute souffrance, / Leur peine n’a jamais de trêve. / Ce qu’il y aurait d’autre, de meilleur que la vie, / La ténèbre le vêt, des nuages le cachent. / Comme des fous nous désirons / Tout ce qui brille sur la terre, / Faute de rien savoir d’une existence différente, / Faute de révélation sur le monde infernal, / Jouet que nous sommes de vaines fables. » (Euripide, Hippolyte, vers 190-198 ; Pléiade, 1962, p. 218).

. L'un des compartiments de l'enfer est certainement une salle d'attente sans espoir, dans laquelle on attend pendant l'éternité entière, avec un espoir constant et simultanément la certitude d'être déçu. (S.I. Witkiewicz. L'Inassouvissement, I, 7 ; L’Âge d’homme, 1970, p. 199).

. Le doyen : « Ici-bas, tout ce que font, disent ou pensent les hommes dans la lumière des matins ou sous les pleurnicheries des étoiles, tout n'est que blague et fichaise, de haut en bas, de bas en haut, de long en large et vice-versa. » (Marcel Pagnol, Jazz, III, 1 ; éd. Pastorelly, 1975, p. 152).

. Bien fol est qui se fie en sa belle jeunesse, / Qui si tôt se dérobe, et si tôt nous délaisse. / La rose à la parfin devient un gratte-cul, / Et tout avec le temps par le temps est vaincu. (Ronsard, Le Second livre des Amours, « Le voyage de Tours ou les amoureux », vers 285-288 ; Pléiade tome I, 1993, p. 210).

. Maintenant à mon dam je connais pour certain, / Que tout celà qui vit sous ce globe mondain, / N’est que songe et fumée, et qu’une vaine pompe, / Qui doucement nous rit et doucement nous trompe. (Ronsard, Le Second livre des Amours, seconde partie, « Élégie : Le jour que la beauté du monde… », vers 119-122 ; Pléiade tome I, 1993, p. 260).

. La vanité élève ses fumées sur un décor radieux qu’elle voile peu à peu et qu’elle efface. La beauté est une promesse de ruine, la passion une promesse de satiété et d'oubli et le train du monde est une énorme farce coupée de répits illusoires, de visions chimériques, d'espoirs infondés. Un immense carnaval dansé sur le vide. (Georges Anex, article sur Belle du seigneur d’Albert Cohen, dans Le Journal de Genève le 5 octobre 1968 ; Pléiade Belle du seigneur, Dossier de presse, 1986, p. 1008).

                         

 

 

_____________________________

[1] C’est faux, et ce n’est pas non plus un hadith. C'est tout au plus un proverbe arabe, et encore n'est-ce même pas sûr : l'idée se repère plusieurs fois au XIXe siècle. C'est peut-être bien une invention française, qui a ensuite été rétroactivement considérée comme un proverbe arabe. La plus ancienne attestation que j'aie trouvée se trouve dans Illusions perdues de Balzac (1839).

[2]  Voici le passage où je prélève la sentence du roi d'Angleterre : « Grandes plaintes vinrent à Paris de ceux de Meaux au roi d’Angleterre, en lui disant qu’ils faisaient guerre mortelle, et boutaient [= mettaient] feux. Lequel répondit qu’il y pourvoirait, y mettrait le siège, et les aurait. Et quant aux feux qu’on disait qu’ils boutaient au plat pays, il répondit que ce n’était qu’usance de guerre, et que guerre sans feu ne valait rien non plus que andouille sans moutarde. »

[3] Cette anecdote, qui clôt la courte biographie de Malherbe par Racan (à vrai dire plutôt une série d’anecdotes et de bons mots qu’une biographie au sens moderne), a été recopiée, comme presque toutes les autres, par Tallemant des Réaux dans le chapitre que celui-ci consacre à Malherbe. On peut donc la lire aussi, avec de menues variantes d’expression, dans les Historiettes dudit : Pléiade, tome I, 1960, p. 131-132.

Commentaires

On lit un peu partout sur l'internet une citation de Bossuet qui dit à peu près : “Dieu se rit des gens qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes” (nombreuses variantes). Je n'ai jamais pu trouver la référence de cette citation. Avez-vous une idée ? Même Gallica, avec de nombreux essais croisés, ne donne rien.

Écrit par : Maginhard | 03.08.2013

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Cher Monsieur. Bien que je n'aie pas vocation à devenir la providence de l'internet ni la ressource ultime (voire la consultation première !) de tous ceux qui cherchent en vain l'origine d'une citation, je vous remercie néanmoins de m'accorder votre estime et votre confiance. Je ne vous décevrai pas.
La forme exacte de cette citation, en effet très répandue, presque jamais sourcée et donc la plupart du temps déformée, la voici : « Mais Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. Que dis-je ? quand on l'approuve et qu'on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. » Cette phrase se trouve dans l' /Histoire des variations des églises protestantes/, publiée par Bossuet en 1688. On la trouve au livre IV, § 2. Bossuet dit cela à propos de Philippe Melancton (Melanchthon), embarrassé en 1531 par la guerre qui s'annonce, suite à la publication de la Confession d'Augsbourg qu'il a rédigée.
Cet ouvrage ne manque pas à ma colossale bibliothèque de 60 000 volumes. J'en possède une édition en 2 volumes, chez Garnier Frères, sans date mais publiée en 1921 d'après la BNF. La citation se trouve dans le volume 1, au bas de la page 163.

Je suis toutefois troublé par le fait que la formule « ... qui déplorent les effet dont ils chérissent les causes », dont les mots ne se retrouvent pas dans la citation ci-dessus de Bossuet, soit si constante. Or cette expression ne se trouve nulle part dans les œuvres de Bossuet, je l'ai vérifié. Il n'y a donc pas eu de télescopage entre deux citations du même auteur. Je relève qu'on la trouve dans un journal collabo, /Notre combat. Hebdomadaire politique, littéraire, satirique/, 1941, n°1 page 13, où on lit : « Les Français ont la mémoire courte, le Maréchal le rappelait encore récemment ; en outre, ils ont trop souvent le défaut de détester les effets dont ils chérissent les causes ». Il reste donc à déterminer où et comment cette expression peu courante a pu s'associer au début de la phrase de Bossuet.

Écrit par : Le déclinologue | 04.08.2013

Compilation d'extraits qui révèle avec une sûreté remarquable l'organe cervical d'un passéiste, dont la frustration foncière s'est méthodiquement nourrie de fientes... Qui dessinent au finish une bêtise encyclopédique déstructurée. Les extraits sur les femmes disent beaucoup, mais la cerise sur le pompon c'est bien cette dérisoire tentative mettre les bonnes personnes sur les bonnes citations. Mouahahaha... Perroquet parmi les perroquets à la chasse aux chimères.
On comprend dès lors que l'auteur du blog demeure en retrait, planqué, caché... Insignifiante larve inconnue... qui le restera ad infinitum

Écrit par : pierre louis | 18.10.2016

Répondre à ce commentaire

- "Cervical" signifie : relatif au cou, à la nuque. Vous avez sans doute voulu dire : CÉRÉBRAL.

- "Au finish" n'existe ni en anglais ni en français. Vous avez sans doute voulu dire : À L'ARRIVÉE, ou EN FIN DE COMPTE. Il y avait déjà cette horreur moderne : "au final" (http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2014/02/07/juste-un-mot-au-final_4361090_4497186.html), bravo, vous poussez encore plus loin l'anglicisation du français ! Washington vous remercie.

- "La cerise sur le pompon" : étrange télescopage. Vous avez sans doute voulu dire : LE POMPON, ou LA CERISE SUR LE GÂTEAU (importation anglaise : "the cherry on the cake"). Le char de l'État navigue sur un volcan...

- "Ad infinitum" n'a pas un sens spécialement temporel. Vous avez sans doute voulu dire : AD VITAM ÆTERNAM. (Il est vrai que votre locution latine est souvent employée avec un sens temporel en anglais. Une preuve de plus que vous êtes un parfait petit valet de l'impérialisme états-unien, qui pense en anglais même quand il croit parler en français, comme le prouvent aussi la cerise, le pseudo sous lequel vous avez publié ce même commentaire sous une autre page : "Mike", ainsi que l'adrélec déclarée pour ce commentaire : "peterl@xxxxxx".)

- Pour ce qui est du contenu, vous avez sans doute essayé d'argumenter et de vous montrer intelligent... Encore raté !

- Ah, j'oubliais : me reprocher d'être anonyme et de faire le perroquet, quand on publie deux fois le même commentaire, et sous deux pseudos différents... c'est l'hôpital qui se fout de sa poutre dans l’œil !

Écrit par : Le déclinologue | 18.10.2016

bien ce que je pensais... Pédant... solide bon goût de chiottes confirmé ;-)

Écrit par : pierre louis | 18.10.2016

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Bien ce que je pensais : nullité argumentative confirmée !

Écrit par : Le déclinologue | 18.10.2016

Une première impression est toujours la meilleure. Surtout quand elle est mauvaise. Adieu... droite dure

Écrit par : pierre louis | 18.10.2016

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C'est marrant comme mes opinions vous font rejeter mon travail documentaire sur les citations, dont vous pourriez cependant tirer profit. L'intolérance illimitée et le sectarisme indécrottable des gens de gauche, qui n'ont pourtant que les grands mots de "tolérance", de "diversité" et de "liberté de pensée" à la bouche, sont vraiment magnifiques. Vous ne cessez de valoriser l'Autre, et pourtant vous n'aimez que vous-mêmes.

Écrit par : Le déclinologue | 18.10.2016

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