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08.06.2017

JULES MICHELET : CHOIX DE CITATIONS

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            Je l’ai répartie en sept rubriques, selon les genres des livres de Michelet :                     Histoire de France                                           Autres essais historiques                                       Essais religieux et politiques                                 Essais sur l’amour et la femme                        Essais sur la nature                                            Journal                            Correspondance

 

 

HISTOIRE DE FRANCE

. Sans une base géographique, le peuple, l’acteur historique, semble marcher en l’air comme dans les peintures chinoises où le sol manque. Et notez que ce sol n’est pas seulement le théâtre de l’action. Par la nourriture, le climat, etc, il y influe de cent manières. Tel le nid, tel l’oiseau. Telle la patrie, tel l’homme. (Jules Michelet, Histoire de France, préface de 1869 ; éd. Rencontre, Lausanne, 1965, tome I, p. 48).

. La France a fait la France, et l'élément fatal de race m'y semble secondaire. Elle est fille de sa liberté. Dans le progrès humain, la part essentielle est à la force vive qu'on appelle homme. L'homme est son propre Prométhée. (Jules Michelet, Histoire de France, préface de 1869 ; éd. Rencontre, Lausanne, 1965, tome I, p. 49).

. J’avais une belle maladie qui assombrit ma jeunesse, mais bien propre à l’historien. J’aimais la mort. […] Je menais une vie que le monde aurait pu dire enterrée, n’ayant de société que celle du passé, et pour amis les peuples ensevelis. (Jules Michelet, Histoire de France, préface de 1869 ; éd. Rencontre, Lausanne, 1965, tome I, p. 55).

. C'est une particularité remarquable dans notre histoire que les deux grandes invasions de l'Asie en Europe, celle des Huns au Ve siècle, et celle des Sarrasins au VIIIe, aient été repoussées en France. (Jules Michelet, Histoire de France. Le Moyen Âge (1833), livre II chap. 1 ; éd. Rencontre, Lausanne, 1965, tome I, p. 179). jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du xixe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro,la reine morte,sexe

. L'histoire de France commence avec la langue française. La langue est le signe principal d'une nationalité. Le premier monument de la nôtre est le serment dicté par Charles le Chauve à son frère, au traité de 843. (Jules Michelet, Histoire de France. Le Moyen Âge (1833), livre III (Tableau de la France), incipit ; éd. Rencontre, Lausanne, 1965, tome I, p. 323). 

. La Bourgogne est le pays des orateurs, celui de la pompeuse et solennelle éloquence. C’est de la partie élevée de la province, de celle qui verse la Seine, de Dijon et de Montbard, que sont parties les voix les plus retentissantes de la France, celles de saint Bernard, de Bossuet et de Buffon. Mais l’aimable sentimentalité de la Bourgogne est remarquable sur d’autres points, avec plus de grâce au nord, plus d’éclat au midi. […] / La France n’a pas d’élément plus liant que la Bourgogne, plus capable de réconcilier le Nord et le Midi. (Jules Michelet, Histoire de France. Le Moyen Âge (1833), livre III (Tableau de la France) ; éd. Rencontre, Lausanne, 1965, tome I, p. 371). 

. La fraternité militaire est chose sainte. La longue communauté de dangers, d’habitudes, crée un des liens les plus forts qui soient entre les hommes. (Jules Michelet, Histoire de France. La Renaissance (1855), chap. X ; éd. Rencontre, Lausanne, 1966, tome V, p. 240).

. Créature étonnante ! Il serait curieux d’expliquer comment ces pères [jésuites] ont couvé, fait éclore cette espèce jusque-là inconnue en histoire naturelle. On avait bien le fanatique, mais on n’avait pas le bigot. Heureux mélange du sot, du furieux, combinaison savante d’aveugle docilité et de stupidité sauvage. Le fanatique était terrible ; mais enfin il avait des yeux ; il risquait par moment d’entrevoir des lueurs. Mais rien ici ; le sens de la vue manque. Aussi quelle force et quelle roideur ! Nulle courbe ; une droite ligne de férocité sotte qu’on n’eût imaginée jamais. (Jules Michelet, Histoire de France. Richelieu et la Fronde (1858), chap. VIII ; éd. Rencontre, Lausanne, 1966, tome VIII, p. 409).

. L'attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, I, 7 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 145).

. Un phénomène plus grand que tout évènement politique apparut alors au monde [= en août 1789] : la puissance de l’homme, par quoi l’homme est Dieu, la puissance du sacrifice, avait augmenté. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, II, 5 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 228-229).

. L'impuissant croit volontiers l'impossible ; hors d'état d'agir lui-même, il s'imagine que le hasard, l'imprévu, l'inconnu, agiront pour lui. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, II, 7 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 245). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

. Ce qu’il y a dans le peuple de plus peuple, je veux dire de plus instinctif, de plus inspiré, ce sont, à coup sûr, les femmes. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, II, 8 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 248).

. Les grandes misères sont féroces, elles frappent plutôt les faibles ; elles maltraitent les enfants, les femmes bien plus que les hommes. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, II, 8 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 254).

. La femme, l’être relatif qui ne peut vivre qu’à deux, est plus souvent seule que l’homme. Lui, il trouve partout la société, se crée des rapports nouveaux. Elle, elle n’est rien sans la famille. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, II, 8 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 254).

. Une chose peu remarquée, la plus déchirante peut-être au cœur maternel, c'est que l'enfant est injuste. Habitué à trouver dans la mère une providence universelle qui suffit à tout, il s’en prend à elle, durement, cruellement, de tout ce qui manque, crie, s’emporte, ajoute à la douleur une douleur plus poignante. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, II, 8 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 254).

. Auprès des assemblées comme auprès des femmes, l'assiduité sera toujours le premier mérite. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, IV, 5 (1847) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 489).

. [Le duc de Brunswick] était un homme prodigieusement instruit, d’autant plus hésitant, sceptique. Qui sait beaucoup, doute beaucoup. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, VII, 8 (1850) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 1121).

. Le plaisir, continué au-delà de l’âge, énerve non seulement le corps, mais la faculté de vouloir. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, VII, 8 (1850) ; Pléiade, 1952, tome I, p. 1122).

. Ceux qui vivent, vivent d'une idée ; les autres, ce sont les morts. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, IX, 5 (1851) ; Pléiade, 1952, tome II, p. 67).

. Il est très rare que les puissants aient besoin de faire des crimes ni même de les savoir ; on devance leurs pensées. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, XV, 4 (1853) ; Pléiade, 1952, tome II, p. 711).

. Le peuple attribue tous les maux aux personnes plus qu'aux choses. Il personnifie le Mal. Qu’est-ce que le Mal au Moyen-Âge ? C’est une personne, le Diable. Qu’est-ce que le Mal en 93 ? C’est une personne, le traître. (Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, XVIII, 1 (1853) ; Pléiade, 1952, tome II, p. 814).

. Les Anglais [en Inde] recrutés sans cesse, se succédant très vite, y forment un peuple de malades, sans avenir, qui ne produira rien que l’abâtardissement de leur belle race, jadis si forte. / Je crois, comme M. le docteur Bertillon, que les conquêtes et colonies en pays tropicaux sont éphémères et vaines, de vrais cimetières pour l’Europe, et rien de plus. (Jules Michelet, Histoire du XIXe siècle, tome II. Jusqu’au 18 brumaire (1873), IV, 1, Michel Lévy, 1875, p. 241-242).

 

AUTRES ESSAIS HISTORIQUES

. Ce petit livre pourrait aussi bien être intitulé : Introduction à l'Histoire de France ; c'est à la France qu'il aboutit. Et le patriotisme n'est pour rien en celà. Dans sa profonde solitude, loin de toute influence d'école, de secte ou de parti, l'auteur arrivait, et par la logique et par l'histoire, à une même conclusion : c'est que sa glorieuse patrie est désormais le pilote du vaisseau de l'humanité. (Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831), préface ; Armand Colin, bibliothèque de Cluny, 1962, p. 33).

. C'est à la France qu'il appartient et de faire éclater cette révélation nouvelle [du verbe social] et de l'expliquer. Toute solution sociale ou intellectuelle reste inféconde pour l'Europe, jusqu'à ce que la France l'ait interprétée, traduite, popularisée. La reforme du Saxon Luther, qui replaçait le Nord dans son opposition naturelle contre Rome, fut démocratisée par le génie de Calvin. La réaction catholique du siècle de Louis XIV fut proclamée devant le monde par le dogmatisme superbe de Bossuet. Le sensualisme de Locke ne devint européen qu'en passant par Voltaire, par Montesquieu qui assujettit le développement de la société à l'influence des climats. La liberté morale réclama au nom du sentiment par Rousseau, au nom de l'idée par Kant ; mais l'influence du Français fut seule européenne. / Ainsi chaque pensée solitaire des nations est révélée par la France. Elle dit le Verbe de l'Europe, comme la Grèce a dit celui de l'Asie. […] / À mesure que ce sentiment [de la généralité sociale] vient à poindre chez les autres peuples, ils sympathisent avec le génie français, ils deviennent France ; ils lui décernent, au moins par leur muette imitation, le pontificat de la civilisation nouvelle. Ce qu'il y a de plus jeune et de plus fécond dans le monde, ce n'est point l'Amérique, enfant sérieux qui imitera longtemps ; c'est la vieille France, renouvelée par l'esprit. Tandis que la civilisation enferme le monde barbare dans les serres invincibles de l'Angleterre et de la Russie, la France brassera l'Europe dans toute sa profondeur. (Jules Michelet, Introduction à l’histoire universelle (1831) ; Armand Colin, bibliothèque de Cluny, 1962, p. 75-76).

. L’amour est une loterie, la Grâce est une loterie. Voilà l’essence du roman. Il est le contraire de l’histoire, non seulement parce qu’il subordonne les grands intérêts collectifs à une destinée individuelle, mais parce qu’il n’aime pas les voies de cette préparation difficile qui dans l’histoire produit les choses. Il se plaît davantage à nous montrer les coups de dés que parfois le hasard amène, à nous flatter de l’idée que l’impossible souvent devient possible. Par cet espoir, le plaisir, l’intérêt, il gagne son lecteur, gâté dès le début, et qui le suit ensuite avidement, à ce point qu’il le tiendrait quitte de talent, d’adresse même. L’esprit chimérique se trouve intéressé dans l’affaire, il veut qu’elle réussisse. (Jules Michelet, La Bible de l’humanité (1864), II, 6 ; Complexe, Bruxelles, 1998, p. 298). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

.  Monsieur, qu’est-ce que le roman ? Madame, c’est ce qu’en ce moment vous avez dans l’esprit. Car comme vous ne vous souciez ni de patrie, ni de science, ni même de religion, vous couvez ce que Sterne appelle un dada et que j’appelle : une jolie petite poupée. (Jules Michelet, La Bible de l’humanité (1864), II, 6, note 11 ; Complexe, Bruxelles, 1998, p. 298).

. [Les barbares germaniques] n’apportaient guère à l’Empire que désordre et ruine. En accepter l’élite pour la disséminer et la romaniser, c’est ce qu’on pouvait faire. Mais fraterniser follement, leur ouvrir les barrières, les admettre en tribus, c’était accepter le chaos. Les grands enfants blondasses étaient à cent lieues de pouvoir comprendre une telle société. Ils cassaient tout, faisaient rage un moment. Puis ces hommes très mous sous leur forte apparence fondaient à la chaleur du Sud, aux vices et aux excès. (Jules Michelet, La Bible de l’humanité (1864), II, 9 ; Complexe, Bruxelles, 1998, p. 345).

. [L’enfant] ne paraît point du tout aux monuments chrétiens. Jésus semble un enfant et ne l’est pas. Il prêche. La mère n’ose y toucher. Pour elle il est stérile, ni allaité, ni élevé. Qu’arrive-t-il ? La femme est triste et sèche, d’aspect ingrat et pauvre. L’impuissance de l’homme sans doute est lamentable. Mais la femme impuissante, atrophiée, fruit sec ! C’est (pis que la mort) désolation ! (Jules Michelet, La Bible de l’humanité (1864), II, 9 ; Complexe, Bruxelles, 1998, p. 349).

 

ESSAIS RELIGIEUX ET POLITIQUES

. L'église s'occupe du monde, elle nous enseigne nos affaires, à la bonne heure ! Nous lui enseignerons Dieu ! (Jules Michelet, Des jésuites (1843), introduction, Hachette et Paulin, 1843, p. 26).

. Même pour se soumettre, il faut être libre ; pour se donner, il faut être à soi. (Jules Michelet, Des jésuites (1843), IVe leçon, Hachette et Paulin, 1843, p. 65).

. La liberté est tellement le fonds du monde moderne, que pour la combattre, ses ennemis n'ont d'autre arme  qu'elle-même. Comment l'Europe a-t-elle pu lutter contre la Révolution ? Avec des libertés données ou  promises, libertés communales, libertés civiles  […]. / Les violents adversaires de la liberté de penser y puisaient leurs forces. N'est ce pas un curieux spectacle de voir M. de Maistre, dans sa vive allure, échapper à chaque instant au joug qu'il veut imposer, ici plus mystique que les mystiques condamnés par l'Eglise, là tout aussi révolutionnaire que la Révolution qu'il combat ? (Jules Michelet, Des jésuites (1843), IVe leçon, Hachette et Paulin, 1843, p. 65-66).

. On s'attache par le chagrin même ; souffrir ensemble, c'est encore aimer. (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille (1845), III, 2, Hachette et Paulin, 1845, p. 269).

. Depuis deux siècles, moralement, on peut dire que la France est pape. L'autorité est ici, sous une forme ou sous une autre. Ici, par Louis XIV, par Montesquieu, Voltaire et Rousseau, par la Constituante, le Code et Napoléon, l'Europe a toujours son centre ; tout autre peuple est excentrique. (Jules Michelet, Du prêtre, de la femme, de la famille (1845), conclusion, Hachette et Paulin, 1845, p. 305).

. Les romantiques avaient cru que l'art était surtout dans le laid. Ceux-ci ont cru que les effets d’art les plus infaillibles étaient dans le laid moral. L'amour errant leur a semblé plus poétique que la famille, et le vol que le travail, et le bagne que l'atelier. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), préface ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 63). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

. Le difficile n'est pas de monter, mais, en montant, de rester soi. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), préface ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 72).

. La situation de la France est si grave qu’il n’y avait pas moyen d’hésiter. Je ne m’exagère pas ce que peut un livre ; mais il s’agit du devoir, et nullement du pouvoir. / Eh bien ! je vois la France baisser d’heure en heure, s’abîmer comme une Atlantide. Pendant que nous sommes là, à nous quereller, ce pays s’enfonce. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), préface ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 73).

. Français, de toute condition, de toute classe, et de tout parti, retenez bien une chose, vous n’avez sur cette terre qu’un ami sûr et c’est la France. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), préface ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 75).

. Être homme, au vrai sens, c’est dabord, c’est surtout, avoir une femme. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), I, iii ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 107).

. Un livre unique qu'on lit et qu'on relit, qu'on rumine et digère, développe souvent mieux qu'une vaste lecture indigeste. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), I, iii ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 111).

. Si l'on voulait entasser ce que chaque nation a dépensé de sang, et d'or, et d'efforts de toute sorte, pour les choses désintéressées qui ne devaient profiter qu'au monde, la pyramide de la France irait montant jusqu'au ciel... Et la vôtre, ô nations, toutes tant que vous êtes ici, ah ! la vôtre, l'entassement de vos sacrifices, irait au genou d'un enfant. [...] Elle a donné son âme, et c'est de quoi vous vivez. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), III, v ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 226).

. Rome n’est nulle autre part qu’ici [=en France]. Dès saint Louis, à qui l’Europe vient-elle demander justice […] ? La papauté théologique en Gerson et en Bossuet, la papauté philosophique en Descartes et en Voltaire, la papauté politique, civile, en Cujas et Dumoulin, en Rousseau et Montesquieu, qui pourrait la méconnaître ? Ses lois, qui ne sont autre que celles de la raison, s’imposent à ses ennemis même. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), III, vi ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 227-228).

. Toute autre histoire est mutilée, la nôtre seule est complète ; prenez l'histoire de l'Italie, il y manque les derniers siècles ; prenez l'histoire de l'Allemagne, de l'Angleterre, il y manque les premiers. Prenez celle de la France ; avec elle, vous savez le monde. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), III, vi ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 228).

. L’enfant saura le monde, mais dabord qu’il se sache lui-même, en ce qu’il a de meilleur, je veux dire en la France. Le reste, il l’apprendra par elle. À elle, de l’initier, de lui dire sa tradition. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), III, ix ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 243).

. Combien l'éducation durera-t-elle ? Juste autant que la vie. / Quelle est la première partie de la politique ? L'éducation. La seconde ? L'éducation. Et la troisième ? L'éducation. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), III, ix ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 244).

. J’ai trop vieilli dans l’histoire pour croire aux lois, quand elles ne sont pas préparées, quand de longue date les hommes ne sont point élevés à aimer, à vouloir la loi. Moins de lois, je vous prie, mais par l’éducation fortifiez le principe des lois ; rendez-les applicables et possibles ; faites des hommes, et tout ira bien. (Jules Michelet, Le Peuple (1846), III, ix ; Flammarion, coll. Champs n°79, 1979, p. 244).

. Nous sommes bien moins qu’en février [1848] crédules et chimériques. La vue s’est éclaircie. On n’entend plus des fous humanitaires crier : « Vive le monde ! Supprimons la Patrie ! » Nombre de questions sont décidément écartées, d’autres remises à demain. Savoir ce qui est d’aujourdhui, ce qui est de demain, c’est le vrai sens pratique dans les révolutions. (Jules Michelet, Nos fils (1869), introduction ; réimp. Slatkine, 1980, p. II-III ; ou Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 358). jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du xixe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro,la reine morte,sexe

. [L]a substance [de l’éducation], je l’ai dit, c’est la tradition nationale. Ce que l'enfant doit apprendre dabord, c'est la Patrie, sa mère. « Ta mère, c’est toi, et tu en es le fruit. Que fit-elle ? comment vécut-elle ? C’est là ce qu’il te faut savoir. Tu y liras ton âme, te connaîtras toi-même. » (Jules Michelet, Nos fils (1869), introduction ; réimp. Slatkine, 1980, p. XIII ; ou Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 363-364).

. Toutes [les brochures possédées par un pauvre ouvrier communiste] partaient de l’idée d’un miracle qu’elles proposaient sérieusement : d’un trait biffer un monde, et en refaire un autre. / Maladie singulière, incurable, de l’esprit humain. Depuis le 2 décembre [1851], le grand flot des romans qui nous ont envahis, bien autrement fangeux, est dominé surtout par l’idée d’aventures, de bonheur improbable, de loterie grossière, l’idée californienne, de gros lot et de lingot d’or. Toujours la foi aveugle au miracle, au hasard, au coup d’État du sort, qui dispense d’effort, de travail, de persévérance. / Les livres qu’il nous faut, ce sont précisément les plus contraires à l’idée de miracle. Ce sont les livres d’action. (Jules Michelet, Nos fils (1869), V, 2 ; réimp. Slatkine, 1980, p. 361 ; ou Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 496-497).

. Le plus fécond des livres, c’est l’action, l’action sociale. Le grand livre vivant, c’est la Patrie. On l’épelle dans la commune ; puis, lisant couramment aux feuillets supérieurs, départements, provinces, on embrasse l’ensemble, on s’imprègne de la grande âme. / Grâce à Dieu, c’est chose jugée. Le réveil actuel renvoie dans leurs brouillards les sots humanitaires qui dirent en 1848 : « Supprimons la caste Patrie. » De même les artistes étourdis qui dirent plus récemment : « Plus de France ! le monde ! ». / Chaque patrie a deux caractères : premièrement celui d’un organe spécial de la vie de l’Europe, une corde de sa grande lyre, nécessaire et indispensable à l’harmonie totale, – et deuxièmement, le caractère d’un système éducatif pour ses nationaux. La France pour les siens est une éducation. (Jules Michelet, Nos fils (1869), V, 3 ; réimp. Slatkine, 1980, p. 367-368 ; ou Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 498).

. Comme on change, dès qu'on se croit fort ! (Jules Michelet, La France devant l'Europe (1871), chap. II ; dans Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 654).

. Il est certain que la France a par moment un grand vol, qui la porte haut, si haut, que la chute est infaillible. Elle marque le but très loin, sans pouvoir indiquer encore la voie, les moyens d'arriver. Elle retombe et se décourage. [...] Le monde alors crie contre elle. L'imprudente est accablée. (Jules Michelet, La France devant l'Europe (1871), chap. III ; dans Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 657).

 

ESSAIS SUR L’AMOUR ET LA FEMME

. Un fait est incontestable. Au milieu de tant de progrès matériels, intellectuels, le sens moral a baissé. Tout avance et se développe ; une seule chose diminue, c’est l’âme. / Au moment vraiment solennel où le réseau des fils électriques, répandu sur toute la terre, va centraliser sa pensée et lui permettre d’avoir enfin conscience d’elle-même, quelle âme allons-nous lui donner ? Et que serait-ce si la vieille Europe, dont elle attend tout, ne lui envoyait qu’une âme appauvrie ? (Jules Michelet, L’Amour (1858), introduction, I, Hachette, 1859, p. II). jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du xixe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro,la reine morte,sexe

. [La femme] change et ne change pas. Elle est inconstante et fidèle. Elle va muant sans cesse dans le clair-obscur de la grâce. Celle que tu aimas ce matin n’est pas la femme du soir. (Jules Michelet, L’Amour (1858), introduction, IV, Hachette, 1859, p. XLIV).

. L’homme désire et la femme aime. Il a inventé des centaines de religions, de législations polygamiques. Il voulait jouir et durer ; il cherchait son plaisir dabord, puis, sa perpétuité par une famille nombreuse. La femme ne voulait rien qu’aimer, appartenir, se donner. (Jules Michelet, L’Amour (1858), I, 7, Hachette, 1859, p. 28-29).

. La trahison de la femme a des conséquences énormes que n’a point celle de l’homme. La femme ne trahit pas seulement, elle livre l’honneur et la vie du mari ; elle le fait chansonner, montrer au doigt, siffler, charivariser ; elle le met au hasard de périr, de tuer un homme ou de rester ridicule, c’est presque la même chose que si elle donnait le soir la clef à un assassin. / Il sera assassiné moralement tout le reste de sa vie, ne sachant jamais si l'enfant est bien son enfant, forcé de nourrir, de doter une progéniture équivoque, ou de donner au public l'amusement d'un procès, dans lequel, gagnant, perdant, il assure toujours à son nom une illustration de risée. / Il est insensé de dire que la femme n'a pas plus de responsabilité que l'homme. – Lui, il est une activité, une force qui soutient la famille, mais elle, elle en est le cœur. Seule, elle garde le secret de la religion domestique, le titre qui fait tout l'avenir. Seule, elle peut affirmer la légitime hérédité. Un mensonge de l'épouse peut fausser l'histoire pour mille ans. / Qu'est-ce que le sein de la femme, sinon notre temple vivant, notre sanctuaire, notre autel, où brûle la flamme de Dieu, où l'homme se reprend chaque jour ? Qu'elle livre cela à l'ennemi, qu'elle laisse voler cette flamme qui est la vie de son mari, c'est plus que si elle aidait à lui enfoncer le couteau. / Nulle peine ne serait assez grave si elle savait ce qu'elle fait. (Jules Michelet, L’Amour (1858), IV, 8, Hachette, 1859, p. 270-271).

. Il n’y a point de petites choses, je le sais. Pour réussir, la minutie est nécessaire ; sans elle, sans la précision, nul résultat n'est possible. Mais il faut que l'ouvrier reste plus grand que son œuvre, qu'il la domine. On ne l'embrasse fortement qu'autant qu'on est au-dessus. (Jules Michelet, L’Amour (1858), notes et éclaircissements, Hachette, 1859, p. 379).

. Les mouvements déréglés, l'agitation effrénée, ne sont pas plus nécessaires au bonheur de l'enfant grandi que le chaos des sensations confuses ne l'a été au nourrisson. J'ai bien souvent observé les petits malheureux qu'on laisse au hasard de leur fantaisie, et j'ai été frappé de voir combien la vaine exaltation, le dévergondage, les fatiguaient bientôt eux-mêmes. Au défaut de contrainte humaine, ils rencontraient à chaque instant la contrainte des choses, l'obstacle muet, mais fixe, des réalités ; ils se dépitaient en vain. Au contraire, l'enfant dirigé par une providence amie et dans l'ordre naturel, ne rencontrant que rarement la tyrannie de l'impossible, vit dans la vraie liberté. / L'usage habituel de la liberté dans l'ordre a cela d'admirable que tôt ou tard il donnera à la nature la noble tentation de subordonner la nature même, de dompter la liberté par une liberté plus haute, de vouloir l'effort et le sacrifice. (Jules Michelet, La Femme (1859), I, 6, Calmann-Lévy, 1879, p. 114). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

. Les mères diront non, et s’indigneront ; tous leurs enfants sont parfaits. Elles sont trop assoties de leurs fils, pour croire l'évidence même. (Jules Michelet, La Femme (1859), I, 9, Calmann-Lévy, 1879, p. 156).

. Selon moi, [l’éducation] doit être tout autre pour le garçon et pour la fille.  / Si l'on veut mieux réussir dans l'éducation qu'on ne l'a fait jusqu'ici, il faut marquer sérieusement les différences profondes qui non seulement séparent les deux sexes, mais les opposent même, les constituent symétriquement opposés. / Autres sont leurs vocations et leurs tendances naturelles. Autre aussi leur éducation, – différente dans la méthode, harmonisante pour la fille, pour le garçon fortifiante, – différente en son objet, pour l'étude principale où s'exercera leur esprit. / Pour l'homme qui est appelé au travail, au combat du monde, la grande étude, c'est l'Histoire, le récit de ce combat. [...] / Pour la femme, doux médiateur entre la nature et l'homme, entre le père et l'enfant, son étude toute pratique, rajeunissante, embellissante, c'est celle de la Nature. / Lui, il marche de drame en drame, dont pas un ne ressemble à l'autre, d'expérience en expérience, et de bataille en bataille. L'Histoire va, s'allonge toujours... et lui dit toujours... « En avant ! » / Elle, au contraire, elle suit la noble et sereine épopée que la Nature accomplit dans ses cycles harmoniques, revenant sur elle-même, avec une grâce touchante de constance et de fidélité. (Jules Michelet, La Femme (1859), I, 10, Calmann-Lévy, 1879, p. 159-160).

. Que la France a été bien aimée ! Et que je regrette encore l'accueil d'amour et d'amitié que nous trouvions chez les tribus de l'Amérique du Nord. Race haute et fière, s’il en fut. C'est une vraie gloire pour nous que ces hommes, d'un regard perçant et d'une seconde vue de chasseur, nous aient préférés pour leurs filles, et compris ce qui est réel, c'est que le Français est un mâle supérieur. Comme soldat, il vit partout, et, comme amant, il crée partout. / L'Anglais et l'Allemand, qui semblent forts, bien nés, sont et moins robustes et bien moins générateurs. Ils ne peuvent rien avec l'étrangère. Si la femme anglaise, allemande, n'est pas là toujours derrière, pour les suivre dans leurs voyages, leur race finit. Il ne restera rien bientôt de l'Anglais dans l'Inde, pas plus qu'il ne reste chez nous des Francs de Clovis, ni des Lombards en Lombardie. (Jules Michelet, La Femme (1859), II, 1, Calmann-Lévy, 1879, p. 214).

. L'Amour a son plan pour la terre. Son but serait d'en mêler, d'en fondre toutes les races dans un immense mariage. […] Nous ne ferions plus qu'un seul clan. / Beau rêve ! mais nous ne devons pas y céder trop facilement. Dans une telle unité, où le sang de toutes les races se trouverait mêlé ensemble, en supposant, chose difficile, qu'il s'en fît une harmonie, je crois qu'elle serait très pâle. Un certain élément neutre, incolore, blafard, en résulterait. Un nombre immense de dons spéciaux, très exquis, auraient péri. Et la victime définitive de l'amour, dans cette fusion totale, serait fatale à l'amour même. […] Il ne faut pas croire qu'on puisse faire impunément ces mélanges. Faits d'une manière indiscrète, ils abaissent les races, ou avortent. (Jules Michelet, La Femme (1859), II, 2, Calmann-Lévy, 1879, p. 219-220).

. Ce qui paraît vraisemblable, c’est que les mariages entre parents qui peuvent affaiblir les faibles et les faire dégénérer, fortifient, au contraire, les forts. (Jules Michelet, La Femme (1859), II, 2, Calmann-Lévy, 1879, p. 228).

. Le passé a celà de fort, de dangereux, qu'embelli par le temps, par les pertes et les regrets, par les douces larmes qu'on lui donne, il est cent fois plus cher que quand il était le présent. (Jules Michelet, La Femme (1859), II, 7, Calmann-Lévy, 1879, p. 283).

. Les bons meurent souvent seuls, et ceux qui consolèrent ne sont pas toujours consolés. (Jules Michelet, La Femme (1859), III, 6, Calmann-Lévy, 1879, p. 433).

. Même dans une société libre, il y aura toujours des captifs, ceux de la misère, ceux de l'âge, ceux des préjugés, des passions. (Jules Michelet, La Femme (1859), notes et éclaircissements, note n°4 , Calmann-Lévy, 1879, p. 460).

 

ESSAIS SUR LA NATURE

. Le plus tentant pour l'homme, c'est l'inutile et l'impossible. (Jules Michelet, La Mer (1861), III, 4, Michel Lévy, 1875, p. 303). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

. L’enfant en sent peu la grandeur [=des Alpes]. Il est beaucoup plus frappé de mille détails prosaïques et parfois insignifiants, mais surtout accidentels, non inhérents au pays, qui n’étaient là que par hasard, et en donnent une idée fausse. La forte mémoire de cet âge qui garde ineffaçablement tout ce qui s'y mit alors, conserve pour toute sa vie ces traits bizarres et de rencontre. Tel, du lieu le plus sublime, ne gardera que la mémoire du passant qu’il y trouva, un crétin, un bouffon, que sais-je ? / « Mais revues à un autre âge, les Alpes auront leur effet ? » Ne le croyez pas. Les choses restent marquées du caractère qui nous y frappa dabord. / Les familles, aujourdhui plus tendres qu’autre fois, se séparent moins de leurs enfants, les mènent partout avec elles. De cette chose excellente, résulte un inconvénient qu’il faut bien aussi reconnaître. L’enfant est blasé sur tout. Ce que, petit, il a connu au point-de-vue étroit de son âge, il le voit toujours petit, et avec indifférence. On ne trouve que jeunes messieurs, qui, menés dès la nourrice à la mer ou aux montagnes, n’y prennent plus aucun intérêt. « Les Alpes ? on m’en a bercé... L’Océan ? connu, connu ! » (Jules Michelet, La Montagne, II, 13, Librairie internationale, 1868, p. 359-360 ; ou Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 207-208).

. C'est une très funeste tendance de notre âge de se figurer que nature c'est rêverie, c'est paresse, c'est langueur. (Jules Michelet, La Montagne, II, 13, Librairie internationale, 1868, p. 362 ; ou Œuvres complètes, tome XX, Flammarion, 1987, p. 208).

 

JOURNAL

. Il est des gens avec qui il ne faut vivre que physiquement. Pour être heureux avec eux, il faut leur procurer des jouissances physiques. Ce qui fait souvent le malheur dans l’intimité, c’est qu’on ne sait pas tirer de chaque personne ce qu’on en peut attendre. Causer avec un ami, raisonner avec ceux qui suivent des études analogues, coucher avec une maîtresse…  (Jules Michelet, Journal, 9 mai 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 77).

. La vie serait un supplice, si l’on ne s’exemptait pas de tout ce qui n’est pas devoir indispensable. Lors même qu’on n’a de connaissances que ses amis, on serait encore étouffé, si l’on n’écartait pas un peu les coudes. Servons ceux que nous aimons et tous les hommes de notre temps, comme du reste, dans les occasions importantes ; mais ne nous dépensons pas en pièces de quatre sous. / Le plus doux lien est un lien ; il faut, au prix de quelques contrariétés, le tenir lâche, se mettre un peu à son aise ; la société des femmes est insupportable pour qui n’a pas cette attention. (Jules Michelet, Journal, 10 mai 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 77).

. Si l’on réfléchissait que les disputes ne viennent guère que de ce qu’on envisage les objets sous différentes faces, on ne s’emporterait point. Tel est ultra parce qu’il voit seulement les malheurs qu’a soufferts la famille royale et qu’il croit être du parti des gens tranquilles, qui serait libéral si on lui montrait la moindre partie des maux que fait la tyrannie. Pourquoi donc s’irriter toujours, comme si la contradiction violente n’affermissait pas les hommes dans leurs opinions ? (Jules Michelet, Journal, 11 mai 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 77). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

. Même dans la société la plus douce et la plus chère, on a besoin de se retirer souvent en soi, quand ce ne serait que pour réfléchir à son bonheur. (Jules Michelet, Journal, 18 mai 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 79).

. L’influence du corps sur l’âme ne me semble en rien plus forte qu’en amour. Le désir bien ménagé des deux côtés peut être une source de bonne intelligence ; ceci est trivial, mais a des applications particulières qui sont très bonnes à observer. Une femme est une femme, et, si la curiosité attire vers celles qu’on ne connaît pas, on jouit bien dans celle que l’on a du sentiment de la possession et de l’habitude même ; ce sentiment rend plus douces même les jouissances physiques. (Jules Michelet, Journal, 25 mai 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 82).

. Qu’est-ce donc que ces objets qui nous charment ? Que sont-ils au physique ? C’est la même matière que cet horrible insecte que tu craindrais de toucher. Ces beaux yeux si doux, cette bouche, ces joues, ces « seins désirables » [1] et tout ce que tu imagines, tout celà, c’est de quoi faire un cadavre. Cet être parfait, divin selon toi, est assujetti aux plus sales nécessités, aux plus dégoûtantes affections. Cette possession ravissante ? « Un frottement du membre, une petite convulsion, une éjection de semence », dit Marc-Aurèle [2]. Cet acte par lequel ta folle passion t’amollira, t’affaiblira, tu n’y trouveras pas ce que tu y cherches. Le plaisir te trompera ; jamais tu ne pourras achever cette union qui est la chimère des amants. Tu mordras de désespoir ce corps adoré avec lequel tu ne pourras te confondre. De cette impuissance vient la mélancolie de l’amour, et les pensées de mort qui s’y mêlent à chaque instant. (Jules Michelet, Journal, 4 août 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 102). [3]

. Une chose me frappe, c’est que quand on ne veut dire que des choses utiles ou du moins tout-à-fait innocentes, on a très peu à parler. [4] (Jules Michelet, Journal, 18 août 1820, dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 105).

. Plus l’esprit est cultivé, plus il y a de faces et de facettes, plus les objets du dehors s’y réfléchissent avec la couleur universelle dont ce chagrin les a teints. Mon chagrin est comme la petite vérole : c’est après la crise que la trace s’approfondit et se creuse. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 22 août 1839, Gallimard, 1959, p. 312).

. Comment faire croire celà et le croire soi-même, que l’extinction de la personnalité soit un bien ? Hélas ! chaque homme est toute une histoire universelle, un monde. Cette fausse petite universalité est en face de la grande et dévorante universalité du tout… / […] La personne, telle personne : chose unique ; rien de semblable, rien après… Que d’autres générations viennent, meilleures en tout sens, ah ! ce ne sera pas la même, ce ne sera pas cette personne individuelle, passagère. Et pourtant en elle il y eut des idées d’avenir, d’immortalité. Quoi ! un si petit contenant, un si grand contenu… (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 12 septembre 1839, Gallimard, 1959, p. 316-317). [5]

. Quel bouleversement pour notre esprit que la mort d’une personne ! Que de choses reviennent en mémoire ! Combien on examine ce qu’on fut pour elle ! Le jugement commence alors pour nous, et l’accusation intérieure. On la jugeait sur chaque moment et avec aigreur ; on la juge sur l’ensemble, sur la vie entière. Combien elle gagne, prise ainsi ! Ah ! puisse Dieu la juger ainsi. O time, beautifier of things ! [6] Mais c’est en celà que le temps n’est pas mensonger, ni la mort. C’est la vie qui était mensongère. Elle exagérait le mal. / […] Quel révélateur que la mort ! Comme elle tire les paroles de la poitrine ! « Faisons tant que nous voudrons les braves… » [7] « Eripitur persona, manet res. » [8] Immense auxiliaire de la charité, elle nous apprend cette grande vérité qu’en chaque homme il y a plus de bien que de mal. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 12 septembre 1839, Gallimard, 1959, p. 317). [9]

. Nous croyons, nous croyons croire. Mais que le coup porte près de nous, nous devenons matérialistes. « Oui, dit Satan dans Job, mais touchez à sa peau, vous verrez… » [10] Alors on baisse la tête. […] / J’ai vu le plus fier spiritualiste, quand on avait touché à sa peau, comme dit Satan, mené invinciblement par les puissantes attractions de la tombe, s’y attacher comme le chien, poursuivre avec une avidité douloureuse la terrible laideur du sépulcre et renouveler, sans pouvoir s’en repaître, la triste histoire d’Inès de Castro [11]. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 12 septembre 1839, Gallimard, 1959, p. 317-318).

. Les Grecs virent combien l’amitié est, plus que l’amour, moyen du progrès. En effet, dans l’amour il n’y a pas émulation, au sens propre. Le moins avancé, différent de sexe, ne peut songer à changer de nature pour ressembler au plus avancé. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 23 septembre 1845, Gallimard, 1959, p. 626).

. Sans richesse, les bras n’ont point de loisir, et sans ce loisir, point de libre travail d’esprit. Le riche est dépositaire ; il doit le travail d’esprit et la dispensation spirituelle de la richesse. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 23 septembre 1845, Gallimard, 1959, p. 627).

. Le christianisme ne vit plus qu’en ce qu’il a de non-chrétien, dans la partie qu’il emprunta au paganisme, en le modifiant un peu, dans le culte de la Vierge et des saints, dans la matérialité du Sacré-Cœur. Mais à ce côté païen, sensuel, qui s’adresse à la matière, il joint le côté soi-disant spirituel, la prétention de savoir toute pensée, l’inquisition du confessionnal. […] / Donc, aujourdhui, c’est un paganisme inquisitorial, mêlant le mauvais des deux religions. Il se perpétue uniquement par son action sur les faibles, les désarmés, c’est-à-dire par la surprise. Il prend la femme, de là le divorce intérieur de la famille. Il prend l’enfant, de là l’impossibilité du progrès. Et il ne garde pas l’enfant, de là discordance de toute la société, scepticisme, légèreté morale. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 22 novembre 1846, Gallimard, 1959, p. 658).

. Le besoin religieux, le besoin de société perpétue la forme religieuse longtemps après qu’elle a péri en elle-même. (Jules Michelet, Journal, Tome 1, 1828-1848, 8 juillet 1848, Gallimard, 1959, p. 695).

. La mère, ce mot profond, veut dire la matrice en la bonne et vraie langue française ; la mère aussi, c’est le vrai nom de la femme, nommée selon la mission. La femme, c’est la matrice. / Si cet organe sacré, ce berceau du genre humain, est visible en la femme, s’il est et doit être saillant, si la nature le montre en elle, c’est pour la rendre touchante et sacrée, vénérable autant que charmante, c’est pour la faire adorer. […] Toute mode qui entrave ces organes essentiels, en qui est la femme même, est absurde, impie. Qu’il paraisse librement, ce signe distinctif de la femme et de la mère, cette puissance adorée d’amour par quoi elle nous est si chère et sacrée : le ventre et le sein ! (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 7 mars 1849, Gallimard, 1962, p. 29-30).

. L’homme est un cerveau, la femme une matrice. [12] (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 29 juin 1849, Gallimard, 1962, p. 57).

. Toute réforme de l’État suppose celle de la famille, de l’amour et du mariage. Non pas sans doute un changement subit des mœurs anciennes, mais la forte aspiration à une vie haute, noble, austère, un sursum corda général, qui élève la famille, change l’économie domestique pour changer indirectement l’économie publique. (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 16 août 1856, Gallimard, 1962, p. 310). Jules michelet,histoire de france,claude mettra,moyen âge,révolution française,histoire de la révolution,introduction à l'histoire universelle,la bible de l'humanité,les jésuites,l'amour,la femme,la sorcière,le peuple,nos fils,l'insecte,l'oiseau,la montagne,la mer,histoire du XIXe siècle,pierre hadot,marc-aurèle,vico,exercices spirituels et philosophie antique,le prêtre la femme la famille,paul viallaneix,claude digeon,journal,mort,anticléricalisme,religion,france,discours sur l'unité de la science,athénaïs mialaret,inès de castro

. L’homme moderne n’a point besoin de crime pour être tragique. Il l’est par l’énormité des questions qui se sont posées devant lui. (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 16 août 1856, Gallimard, 1962, p. 311).

. « Mon cher cœur et mon cher c[on] », disait X. en plaisantant. En bref celà résume tout, sauf pourtant le noble, simple esprit naturel. Comment se fait-il que nos langues de l’Europe, grecque, romaine, et les modernes, n’aient que des mots sottement méprisants pour ce dieu des dieux, le grand communicateur, le grand commixteur des personnes et des idées, donc le civilisateur et l’auteur du progrès du monde. [13] (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 2 juin 1857, Gallimard, 1962, p. 328).

. La femme n’est pas faite de Dieu uniquement pour faire des enfants, mais pour renouveler par son contact l’électricité de l’homme. (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 29 juin 1857, Gallimard, 1962, p. 334).

. Autre chose est la maîtresse qu’on monte ou caresse une heure au passage, dont on jouit sans la connaître et qui, quand vous êtes sorti, se lave vite et se rit de vous. Autre chose une femme qu’on connaît à fond, qu’on perçoit jour et nuit par tous les sens, qu’on voit se lever, coucher, dormir, manger, qu’on sait jusqu’à l’âme, qui, candide, aimante, s’ouvre à vos curiosités et veut être plus pénétrée de vous, plus mêlée à vous, – une femme avec qui, chaque soir, chaque matin, vous échangez le plaisir, la réflexion, la gaîté, la tristesse, – une enfant avec qui pourtant vous traitez les questions les plus graves, avec qui, aux heures rêveuses, vous cherchez et trouvez Dieu. La maîtresse, c’est le coït, si court ! La femme aimée, l’éternisation de la jouissance. (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 4 juillet 1857, Gallimard, 1962, p. 335-336).

. « Que trouves-tu en moi ? — Je trouve en toi mon assiette », dit-elle. Mot touchant et qui est le fond du mariage même. Le moins nerveux, le plus serein par l’égalité de santé et de travail donne à l’autre une assiette qu’il n’aurait pas. Ce n’est pas par les dons brillants et excentriques qu’on a action l’un sur l’autre, c’est par la solidité uniforme où l’on s’appuie mutuellement. Un grand moyen de garder celà, c’est de s’observer et d’observer ce qu’on aime avec l’esprit de suite que donne l’amour. (Jules Michelet, Journal, Tome 2, 1849-1860, 16 août 1857, Gallimard, 1962, p. 342). 

. La lourde chaîne à laquelle toutes sont encore rivées, c’est la chaîne morale et religieuse qu’on traîne depuis deux-milles ans, celle que toutes les tyrannies attestent et adorent, forcent encore d’adorer. / Être enfermé dans une chambre, c’est une captivité. Mais l’être dans une doctrine et dans une hypocrisie, contraint aux avilissements du bas fétichisme ! – Exemple : [En] Espagne, en entrant dans une maison, vous devez dire : « Ave Maria ! » Et l’on doit répondre : « Purissima ». Ainsi la sottise est (par force) mêlée à toutes les habitudes, aux actes les plus vulgaires, les plus fréquents de la vie. / Combien d’amis s’y éteignent ! Mais combien en souffrent mortellement, pensent (et n’osent pas crier) : « De l’air ! de l’air ! on étouffe ! » (Jules Michelet, Journal, Tome 3, 1861-1867, 24 octobre 1863, Gallimard, 1976, p. 225).

. Il faut savoir que je suis moi […]. Qu’on me prenne ou qu’on me laisse, ça m’est égal. Mais on ne me prendra qu'entier. Mes ennemis me sont agréables, parce qu’ils circonscrivent fortement mon unité. / Mes demi-amis me sont insupportables parce qu’ils excusent, comme accident, ce qui est le fond, et ma nature, mon essence. / Ils ont l’air de croire que ce sont des glissades. Attendez, disent-ils ; s’il allait se réformer ? (Jules Michelet, Journal, Tome 4, 1868-1874, 9 mars 1868, Gallimard, 1976, p. 18).

. [Après avoir lu le Saint Paul de Renan :] À Séleucie, envié les apôtres qui partirent de là pour la conquête du monde. On est humilié de cette facile conquête qui n’est que le suicide de la raison, l’avènement de la légende, et plus que la légende, l’avènement du roman [14]. Renan […] s’efforce de faire croire qu’il y eût eu religion par Jésus seul, et sans St Paul. Mais la vague moralité, la douceur de Jésus, eût fondu, eût péri, comme celle de l’autre rabbi Hillel, si Paul n’y eût bravement ajouté l’immorale promesse du salut sans les œuvres, du salut par la foi à un fait historique, du salut par la grâce gratuite : énorme prime d’injustice qui corrompit le monde, lui fit immoler la raison, immoler le moi raisonnable pour sauver le moi-passion. (Jules Michelet, Journal, Tome 4, 1868-1874, 20 juin 1869, Gallimard, 1976, p. 125).

 

CORRESPONDANCE

. Mon ami, toute l’illusion de l’amour consiste à attribuer à un être fini des perfections infinies. Quel mécompte quand on en vient à l’épreuve ! (Jules Michelet, lettre à Paul Poinsot, 17 juin 1820 ; dans Écrits de jeunesse, Gallimard, 1959, p. 266 ; ou Correspondance générale, tome I. 1820-1832, Librairie Honoré Champion, 1994, p. 45).

. Quant à ces grands esprits avec lesquels je voudrais vous voir vivre, ne croyez pas les avoir lus, les savoir. Jamais on ne les a lus. C’est comme la mer : plus on y entre, plus on la sent profonde. (Jules Michelet, lettre à Athénaïs Mialaret, janvier 1848 ; dans Journal, Tome 2, 1849-1860, Gallimard, 1962, p. 605 ; ou Correspondance générale, tome V. 1846-1848, Librairie Honoré Champion, 1996, p. 502).

 

 

 

 

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[1] Michelet cite en grec : « stethea d’himeroenta » (Homère, Iliade, III, 397).

[2] Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, VI, 13 (par exemple Pléiade Les Stoïciens, 1962, p. 1180).

[3] Ce passage, tout imprégné de Marc-Aurèle, a retenu l’attention de Pierre Hadot, le grand spécialiste du stoïcisme et du néo-platonisme : le cinquième chapitre de ses Exercices spirituels et philosophie antique (1981, rééd. Albin Michel, 2002) s’intitule « Michelet et Marc-Aurèle » (p. 193-220) et explore l’imprégnation stoïcienne dans la pensée de Michelet, telle qu’elle s’exprime dans le journal de jeunesse et dans les œuvres ultérieures. Sur ce passage, voir p. 196-197.

[4] Même remarque soixante ans plus tard dans le chapitre X de Bouvard et Pécuchet de Flaubert, où les deux bonshommes essayent de se faire pédagogues : « Fénelon recommande de temps à autre une conversation innocente. Impossible d’en imaginer une seule ! » (Folio n°1137, 1988, p. 372).

[5] Le 24 juillet, Michelet a perdu sa première femme, Pauline Rousseau, qui était sa maîtresse depuis 1818 et son épouse depuis 1824. Une semaine plus tôt, le 4 septembre, il a assisté à son exhumation, car elle a dû changer de cimetière : « Rude épreuve. Hélas ! je n’ai guère vu que des vers. » (p. 315)

[6] « O Time ! the beautifier of the dead » : Byron, Le Pèlerinage de Childe Harold, IV, 130.

[7] « Enfin la mort, qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement nous mettre, dans peu d’années, dans l’horrible nécessité d’être éternellement ou anéantis ou malheureux. /  Il n’y a rien de plus réel que celà, ni de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves : voilà la fin qui attend la plus belle vie du monde. » Pascal, Pensées, Le Guern n°398 (Pléiade tome II, 2000, p. 683) ou Sellier n°681 (classiques Garnier, 1991, p. 476).

[8] « Le masque tombe, la chose reste. » Lucrèce, De la nature, III, 58 (par exemple GF n°993, 1997, p. 184-185). Une citation qui n’a pas échappé à Montaigne : Essais, I, 18/19 (Pléiade, 2007, p. 81 ou Pochothèque, 2001, p. 123).

[9] Ces réflexions du 12 septembre 1839 ont leur écho dans une importante page du Journal, le 26 mars 1842 (t. I, p. 384-385). Michelet y fait du 24 juillet 1839 (mort de sa femme Pauline) une date-clef de son existence, qui lui a permis de comprendre le sens de la vie, « tout ce qu’elle a d’individuel, de regrettable, d’irréparable », et le sens de la mort, « tout ce qu’elle a de fécond et de vivace » : « c’est-à-dire que l’Histoire m’apparut comme pour la première fois. » Il mentionne à nouveau « l’acharnement de la chair, […] l’attraction puissante de la tombe (Inès de Castro) ». Voir aussi une note encore plus importante quelques jours plus tard, le 4 avril 1842 (p. 389-393). Par exemple : « Oui, un lien intime unit tous les âges. Nous nous tenons, générations successives […]. Un même esprit fluide court de génération en génération. Des mouvements instinctifs nous font tressaillir pour le passé, pour l’avenir, nous révèlent la profonde identité du genre humain » (p. 393). Tout celà procède de Marc-Aurèle, avec qui, comme le montre fortement Pierre Hadot dans l’article mentionné ci-dessus en donnant toutes les citations symptomatiques, Michelet partage une croyance fondamentale en l’unité universelle : harmonie du monde créé par Dieu, harmonie de la cité terrestre, unité du savoir, unité de l’Histoire, unité de la France, unité de l’humanité… Depuis son Discours sur l’unité de la science (1825) jusqu’à la préface du deuxième tome de l’Histoire du XIXe siècle (1873), en passant par la fin de l’Introduction à l’Histoire universelle (1831) et de nombreux textes épars, c’est toujours la même pensée qui s’exprime, la même idée que l’aspiration de l’homme à la Justice répond à l’ordre mis dans le Cosmos par Dieu.

[10] Satan à Yahvé, parlant de Job : « Mais étends la main et touche à ses biens, je te jure qu’il te maudira en face ! » : Job 1, 11.

[11] Inès de Castro (1325-1355) fut la maîtresse de l’infant Pierre, prince héritier du Portugal, à qui elle donna trois enfants. Le père de Pierre, le roi Alphonse IV, désapprouvant cette liaison, la fit assassiner. Son fils, devenu le roi Pierre Ier en 1357, proclama en 1360 qu’il avait secrètement épousé Inès plusieurs années auparavant. Une légende, apparue à la fin du XVIe siècle, prétend qu’il fit déterrer son corps, la fit asseoir sur le trône couronnée et revêtue d’un manteau de pourpre, et obligea tous les grands du royaume à venir lui baiser la main en signe de soumission à leur reine légitime. Cette légende de la « reine morte » inspira plusieurs pièces de théâtre, notamment celle d’Antoine Houdar de La Motte en 1723, celle du jeune Victor Hugo en 1819, et bien sûr celle de Montherlant en 1942.

[12] Michelet souligne la phrase, et annonce à son épouse qu’elle constituera le premier mot d’un livre qu’il projette alors, intitulé La Femme, et dont le plan serait : « livre I, Dieu ; Livre II, La Mère ; livre III, La Fille. » (26 juin 1849, page 56). Le livre ne paraîtra que dix ans plus tard, mais avec un autre plan (I, L’éducation ; II, La femme dans la famille ; III, La femme dans la société), et sans que l’incipit projeté en 1849 y figure.

[13] Même idée deux semaines plus tard : « C’est une impiété inepte d’avoir fait du mot con un terme bas, une injure. Le mépris de la faiblesse ? Mais nous sommes si heureux qu’elles soient faibles. C’est non seulement le propagateur de la nature, mais le conciliateur, le vrai fond de la vie sociale pour l’homme. Et pour la nature entière. Exemple : le con des fleurs, qui lie non seulement les fleurs entre elles, mais les fleurs et les insectes, puis, par le miel, fleurs insectes et animaux supérieurs. » (16 juin 1857, p. 331).

[14] Michelet souligne le mot. Il fait allusion à un développement de La Bible de l’humanité (1864), II, 6 (pages 297-299 de l’édition Complexe, 1998), dans lequel il explique que le roman est advenu dans la littérature juive de la captivité à Babylone, en même temps que « le monde femme » (c’est le titre du chapitre). Voir les extraits donnés dans la rubrique « Autres essais historiques ».

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