Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13.11.2014

FILLON, LA POULE MOUILLÉE

fillon.jpg            Je comprends mal cette affaire Fillon-Jouyet qui depuis quelques jours agite les médias et le « microcosme » politique. Français Fillon aurait déjeuné avec Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée, le 24 juin dernier. Fort bien. Lors de ce déjeuner, Fillon aurait exhorté Jouyet à accélérer les procédures judiciaires en cours contre Nicolas Sarkozy, de façon à l’abattre en plein vol. Très bien ! Où est le problème ?
            Confusion des pouvoirs ? Restons sérieux. En aucun cas il ne s’agit que Sarkozy soit jugé et condamné à l’Élysée. Mais que je sache, les magistrats du parquet ont notamment pour fonction d’ouvrir et diriger des enquêtes judiciaires, ainsi que de mettre en œuvre la politique pénale du gouvernement. Les procureurs ne sont donc pas des juges indépendants, ce sont des agents du pouvoir exécutif. Ils sont aux ordres du Garde des Sceaux, et indirectement du Président de la République. Il est parfaitement normal et légitime que l’Élysée presse le parquet de tout mettre en œuvre pour faire juger un individu dangereux pour la Nation.
            Trahison à l’U.M.P. ? Arrêtons de jouer les enfants de chœur. Tout-le-monde sait bien que la vie politique n’est faite que de trahisons, de manœuvres, de crocs-en-jambe et de savonnages de planche. À supposer que Fillon ait réellement tenu à J.-P. Jouyet les propos que celui-ci a rapportés à deux journalistes (ce que ce dernier a publiquement nié, puis reconnu), il n’aurait rien à se reprocher. En quoi est-il répréhensible de vouloir que la machine judiciaire soit rapide, exigeante, efficace ? Si Sarkozy a violé la loi, alors il est normal et louable de souhaiter qu'il en soit puni ; s'il ne l'a pas fait, alors la justice le blanchira. Tout-le-monde a donc intérêt à ce que les procédures en cours aillent jusqu'au bout : même Sarkozy, car il vaut mieux s'en sortir par un acquittement éclatant que par un non-lieu en catimini. Fillon n’a pas agi contre la France, ni contre la morale, – ni même contre l’U.M.P., car il y a d’excellentes raisons de penser que Sarkozy ferait un très mauvais candidat pour son parti en 2017 : avec le triple handicap de son mauvais bilan, de sa personnalité insupportable à une large part de la population et de ses affaires judiciaires, plus son désir de revanche personnelle qui n’est pas un bon mobile en politique, il a de bonnes chances de mener son camp à la défaite. C’est donc rendre service à l’U.M.P. que d’écarter cet énergumène plus états-unien que français, même si les militants aveuglés par leur dévotion ne veulent pas l’admettre (quoi de plus bête qu’un militant ?) et semblent disposés à miser sur ce mauvais cheval.
            Le véritable problème dans cette affaire, c’est la lâcheté de François Fillon, tétanisé qu’on puisse l’accuser de trahison. Il a fait une première erreur en tentant une manœuvre en coulisses (à supposer qu’il ait vraiment dit à Jouyet ce que celui-ci a rapporté), alors qu’il aurait dû proclamer haut et fort qu’il souhaitait que la justice condamnât Sarkozy pour ses graves entorses à la légalité. Il fait maintenant une deuxième erreur en n’assumant pas ses propos, ou en ne profitant pas de l’occasion pour reprendre à son compte ce qu’on lui prête (ce qui revient au même). De quoi a-t-il peur ? D’être considéré comme un traître ? Mais c’est trop tard : quoi qu’il ait réellement dit, tout-le-monde à l’U.M.P. et au-delà est convaincu qu’il a bien exhorté Jouyet (donc Hollande) à « taper vite ». Et c’est bien normal, et c’est même plutôt flatteur : c’est la preuve qu’on voyait (bien à tort) en Fillon en homme déterminé dans son ambition, habile dans ses manœuvres, résolu dans son opposition à Sarkozy. Des qualités à porter à son crédit et dont il aurait pu s'enorgueillir, mais qu’il vient de repousser avec une rare sottise. Entre l'homme énergique décidé à pendre ses adversaires à un « croc-de-boucher » et la poule mouillée qui ne veut surtout pas qu'on puisse croire qu'il a prononcé ne serait-ce qu'une phrase pour stimuler l'action judiciaire, comment ne pas préférer le premier ? Quitte à passer de toute façon pour un traître, il y avait un bénéfice à en tirer. Mortellement blessé par son duel perdu avec Copé il y a deux ans, marginalisé par le retour de Sarkozy et l’ascension sondagière de Juppé, Fillon n’a plus beaucoup de cartes dans son jeu, et celle de poser à l’Anti-Sarkozy était l’une des dernières. Il n’en a pas voulu (à l’instar de Bayrou qui avait un espace pour poser à l’Anti-Chirac après la dissolution de 1997, ce qui aurait pu lui donner un destin présidentiel), et maintenant il perd sur tous les tableaux : ses farouches dénégations ne l’empêchent pas de passer pour un traître, mais sa prudente neutralité le maintient dans le rôle médiocre qui a été le sien entre 2007 et 2012 : un supplétif inutile de Sarkozy.

          Une lâcheté partagée en face, puisqu’il paraît que selon les confidences de Jouyet, Hollande à qui le message de Fillon avait été transmis, n’en aurait tenu aucun compte : « Non, non, on ne s’en occupe pas ». Mais quelle bande de mous-du-gland !  Une preuve de plus que nos politiciens manquent de caractère. Ils ont tellement peur de leur ombre qu’ils n’osent même pas se concurrencer réellement les uns les autres, et encore moins assumer publiquement cette concurrence.  

 

22:30 Écrit par Le déclinologue dans Chronique politique, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sarkozy, jean-pierre jouyet, ump, françois fillon, hollande, justice, parquet, affaires | | |  Facebook | |  Imprimer | | Digg! Digg | | Pin it! |

Écrire un commentaire