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06.08.2014

HALTE AUX CITATIONS MAL ATTRIBUÉES ! : synthèse de mes recherches

            Depuis toujours, des citations faussement attribuées circulent en toute impunité. Le scrupule philologique et le souci de vérifier ses sources étant des vertus rarissimes, les erreurs se reproduisent et s’étendent à chaque génération. Depuis une vingtaine d’années, le phénomène a pris une ampleur inouïe du fait de l’avènement de l’internet, qui est une calamité pour la rigueur intellectuelle : n’importe qui recopie n’importe quelle citation n’importe comment, en l’attribuant à n’importe qui, et la diffuse aux quatre vents. La mauvaise monnaie chassant la bonne, la Toile se retrouve infestée de citations fantaisistes. Mais comme la langue d’Ésope, l’internet est la pire et aussi la meilleure des choses : un outil d’une puissance fabuleuse, permettant de faire avec une rapidité incroyable des recherches d’une ampleur incommensurable. Quand on sait se servir de Google et qu’on est familier de l’univers de la bibliographie, il devient d’une grande facilité de mener des enquêtes très précises pour retrouver la forme exacte et l’origine première d’une phrase connue et transformée  au fil de ses reprises par les esprits désinvoltes.
            J’ai en chantier (parmi bien d’autres choses) un vaste inventaire de citations incorrectes, divisé en six parties : 1) citations mal attribuées ; 2) citations orales donc douteuses ; 3) citations possiblement voire probablement apocryphes ; 4) citations assurément inventées ; 5) citations déformées ; 6) citations mésinterprétées. À cette heure, ce sont environ 350 citations qui y figurent. Pour environ les deux tiers d’entre elles, mon enquête a abouti à un résultat tout-à-fait sûr. Je le publierai d’un coup quand j’estimerai avoir poussé mes recherches aussi loin que je pouvais pour chaque citation, ou peut-être en six fois, chacune des parties tour à tour. Quand l’enquête est particulièrement fouillée et intéressante, je la publie à part. Mais pour ne pas retarder cette contribution à l’hygiène des lettres, je donne tout-de-suite le squelette de la première partie. Voici donc cent-trente-neuf citations plus ou moins fameuses, avec le ou les noms au(x)quel(s) elles sont le plus souvent associées à tort, parfois depuis très longtemps et sans que personne avant moi s'en soit aperçu,  et celui (ou ceux) à qui la vérité et la justice imposent de les redonner. Je prie le lecteur de croire que ces réattributions ne sont pas des hypothèses douteuses ou des propositions aléatoires. Chacune des citations du tableau a fait l’objet d’une enquête très minutieuse, que je publierai quand je l’aurai mise en forme. Je suis tout-à-fait certain des noms que je place dans la colonne de droite, pour la raison définitive que j’ai sous le coude une référence très précise et scrupuleusement vérifiée, que je peux fournir en cas de besoin. Et je défie quiconque de me prouver, source référencée à l’appui, qu’un nom de la colonne centrale soit l’auteur de la citation concernée, ou son auteur premier : J’ai mis en italiques les auteurs chez qui la phrase est bien attestée, mais qui ont dû faire une citation inconsciente ou masquée d’un autre qui les avait devancés, à moins qu’il ne s’agisse d’une citation tout-à-fait avouée dont on n’a pas tenu compte. (Le cas inverse existe aussi, plus rarement bien sûr : des auteurs qui, par étourderie ou malice, présentent comme des citations des phrases qui sont en réalité d'eux-mêmes).
            On relèvera dans ce tableau de nombreuses applications de ce que Robert Merton a appelé l’effet Matthieu : les auteurs supposés sont souvent des auteurs célèbres, à qui on attribue des phrases dues en réalité à des auteurs peu connus, – de même que, dans l’espace intersidéral, les astres de grande taille captent des objets célestes qui gravitaient autour d’astres moins attractifs.

               Ce tableau de citations mal attribuées est maintenant complété par un tableau de citations couramment déformées.

 

Citation répandue 

(donnée ici sous une forme courante
qui n’est pas forcément
la forme authentique)

Auteur(s) supposé(s)

Auteur véridique (ou premier)

La tolérance et l'apathie sont les dernières vertus d'une société mourante.

Aristote

D. James Kennedy (1930-2007), pasteur évangéliste états-unien

Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.

Michel Audiard, Antoine Blondin

Jean Paulhan (sous une forme un peu différente: la forme connue est de Blondin)

Je le crois parce que c’est absurde.

Saint Augustin

Tertullien (sous une forme légèrement différente)

En amour, il y en a toujours un qui souffre et un qui s’ennuie.

Balzac, Serge Gainsbourg, Oscar Wilde

Maurice Donnay (1859-1945), sous une forme légèrement différente

Un personnage de roman, c'est n'importe qui dans la rue, mais qui va jusqu'au bout de lui-même. 

Balzac

Simenon (attribuant par erreur ce propos à Balzac)

L'expérience s'achète par le malheur. 

Balzac

Virginie Ancelot (1792-1875)

Il y aura toujours de la solitude pour ceux qui en sont dignes. 

Barbey d’Aurevilly

Villiers de l’Isle-Adam

L'égalité devant la loi ne prouve qu'une chose, c'est qu'il n'y en a pas d'autres. 

Barbey d’Aurevilly

Jules Lefèvre-Deumier (1797-1857)

Lorsqu'il y a dix pas à faire vers quelqu'un, neuf n'est que la moitié du chemin. 

Barbey d’Aurevilly 

proverbe chinois cité par Mme de Staël

Le plaisir est le bonheur des fous, le bonheur est le plaisir des sages. 

Barbey d’Aurevilly 

Le chevalier de Boufflers (1738-1815)

Nul homme réfléchi ne peut espérer. 

Maurice Barrès

Hippolyte Taine

On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l'imposture. 

Baudelaire

Joseph Ferrari (1811-1876), sous une forme légèrement différente

On dirait que la douleur donne à certaines âmes une espèce de conscience. C'est comme aux huîtres le citron. 

Léon Bloy

Paul-Jean Toulet

Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. 

Albert Camus (présentant un livre de Brice Parain)

Platon (par la bouche de Socrate).

L’Afrique commence aux Pyrénées.

Albert Camus, Alexandre Dumas, Théophile Gautier

Abbé de Pradt (1759-1837)

C'est le travail des penseurs de ne pas être du côté des bourreaux. 

Albert Camus

Howard Zinn (faisant référence à la pensée de Camus)

Il faut rêver très haut, pour ne pas réaliser trop bas. 

Alfred Capus

Maurice Donnay (1859-1945)

Rien n'est admissible ; sauf la vie, à condition de la réinventer chaque jour.

Blaise Cendrars

Carl Hess-Rüetschi (1859-1912), sous une forme un peu différente.

L'amour décroît quand il cesse de croître.

Chateaubriand

Rétif de la Bretonne

L’amour charnel ? Le plaisir est momentané, la position ridicule, le coût exorbitant. 

Lord Chesterfield

Evelyn Waugh

Quand on n’est pas de gauche à vingt ans, c’est qu’on n’a pas de cœur, quand on l’est encore à trente c’est qu’on n’a pas de tête.

Churchill, Clemenceau, Guizot, Disraëli

Première attestation due à Anselme Batbie (1828-1887), qui curieusement l’attribue à Edmund Burke, chez qui on ne trouve rien de semblable.

Ceux qui ignorent l’histoire sont condamnés à la répéter. 

(ou : Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.)

Churchill, Karl Marx,  Edmund Burke, Aldous Huxley, Primo Levi, Confucius George Santayana en 1905 (sous une forme légèrement différente)

Il n'y a que deux espèces de plans de campagne, les bons et les mauvais ; les bons échouent presque toujours par des circonstances imprévues qui font souvent réussir les mauvais. 

Churchill

Napoléon de façon moins paradoxale ; formule améliorée par Balzac

Une nation peut survivre à ses fous, et même à ses ambitieux. Mais elle ne peut pas survivre à la trahison de l’intérieur. Un ennemi aux portes est moins redoutable, car il est connu et il porte sa bannière ouvertement. Mais le traître se déplace librement parmi ceux qui sont à l’intérieur des murailles, ses murmures pervers bruissent à travers les ruelles, et on les entend dans les allées même du pouvoir. Un traître ne ressemble pas à un traître ; il parle avec une voix familière à ses victimes, et il porte leur visage et leurs arguments ; il en appelle à la bassesse qui se trouve ancrée dans le cœur des hommes. Il pourrit l’âme d’une nation, travaillant en secret, inconnu dans la nuit, sapant les piliers de la ville. Il contamine le corps politique qui ne peut plus résister. Un assassin est moins à craindre. Le traître c’est la peste. 

 Cicéron Millard F. Caldwell (1897-1984), imaginant en 1965 le discours tenu par Cicéron juste avant son exil.

L’arbre est deux fois plus utile que les fruits.

Cicéron

Virgile (avec un sens différent)

L’homme absurde est celui qui ne change jamais. 

Clemenceau, Boileau

Auguste Barthélemy (1796-1867)

Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.

Jean Cocteau

Pierre Reverdy

On ne chante bien que dans les branches de son arbre généalogique. 

Jean Cocteau, Max Jacob, René Char, Guillaume Apollinaire   

Francis Poulenc

[source à vérifier]

Je me suis souvent repenti d'avoir parlé, jamais de m'être tu.

Philippe de Commynes, Xénocrate (396-315 av. J.C.), saint Arsène de Scété (350-445)

Simonide de Céos (556-467 avant J.C.)

 

Longtemps encore l'humanité aura besoin qu'on lui fasse du bien malgré elle. Gouverner pour le progrès, c'est gouverner de droit divin.

Benjamin Constant

Ernest Renan

On ne détruit bien que ce qu’on remplace.

(Enquête fouillée à paraître)

Danton, Napoléon III, Auguste Comte

Napoléon

(attribution non prouvée mais probable)

Le martyre, c'est le seul moyen de devenir célèbre quand on n'a pas de talent. 

Pierre Desproges

George-Bernard Shaw

Chassez le naturel, il revient au galop.

Destouches (1680-1754)

Horace (parlant de la nature)

Responsable mais pas coupable. 

Georgina Dufoix

Rachilde (1860-1953), à propos de Willy.

L’humour est la politesse du désespoir. 

Georges Duhamel, Boris Vian, Oscar Wilde, Pierre Desproges.

Chris Marker (1921-2012)

La culture est ce qui fait d'une journée de travail une journée de vie. 

Georges Duhamel (1884-1966)

Jacques Duhamel (1924-1977), ministre de la Culture, sous une forme légèrement différente 

Il y a des services si grands qu'on ne peut les payer que par l'ingratitude. 

Alexandre Dumas, Mme de Sévigné

Chateaubriand

On tombe toujours du côté où l'on penche.

Alexandre Dumas

Guizot

Quand tu souffriras beaucoup, regarde ta douleur en face : elle te consolera elle-même et t'apprendra quelque chose.

Alexandre Dumas

Alexandre Dumas fils

L’Écriture affirme que la femme est la dernière chose que Dieu ait faite ; il a dû la faire le samedi soir ; on sent la fatigue. 

Alexandre Dumas fils

Un ami d’Alexandre Dumas fils, non nommé par celui-ci.

Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. Mais pour l’univers, je n’en suis pas tout à fait sûr.

Einstein, Ernest Renan

Flaubert, sous une forme légèrement différente (et sans la seconde phrase).

Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. […] Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison.

Fontenelle

Montaigne (qui exprime l’idée différemment, mais c’est bien la même) 

De toutes les aberrations sexuelles, la pire est la chasteté. 

Anatole France, George-Bernard Shaw

Remy de Gourmont (sous une forme légèrement différente)

Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien.

Saint François de Sales, saint Vincent de Paul.

Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803). Mais sous réserve : la pensée est imprimée en italiques.

Dieu est du côté des gros bataillons.

Frédéric II de Prusse, Voltaire, Napoléon

Bussy-Rabutin

La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle dure.

Serge Gainsbourg, Jean-Edern Hallier, Lichtenberg, Daniel Mussy

Léon Bloy (sous une forme un peu différente)

Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres. 

Charles de Gaulle

Romain Gary (sous une forme légèrement différente)

Je mettrai l’orthographe même sous la main du bourreau. 

Théophile Gautier

Baudelaire (attribution improuvable mais très probable)

Il n'y a qu'une date pour les femmes, et à laquelle elles devraient mourir, c'est quand elles ne sont plus aimées. 

Delphine de Girardin, Sophie Gay

Mme de Suchtelen

Il me semble que la bureaucratie ait, en France, pour unique fonction de ne rien faire et de tout empêcher. Si tel est en effet son rôle, il faut convenir qu'elle le remplit d'une façon irréprochable.

Delphine de Girardin

Émile de Girardin

L'art de gouverner, c'est l'art de choisir ses hommes. 

Émile de Girardin

Wilhelm Butte (1772-1833) sous une forme un peu différente

Montrez-moi un homme heureux, moi, je vous montrerai la suffisance, l’égoïsme, la malignité, à moins que ce ne soit la totale ignorance. 

Julien Green

Graham Greene

Le mariage est un échange de mauvaises humeurs le jour et de mauvaises odeurs la nuit.

Sacha Guitry, Montherlant

Commerson (1802-1879) ; formule améliorée et répandue par Maupassant.

Être dans le vent : une ambition de feuille morte.

Jean Guitton, Milan Kundera

Gustave Thibon (sous une forme un peu différente)

Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre.

(Enquête fouillée à paraître)

Hegel, Goethe, Napoléon.

Montaigne pour l’idée. — Mme Cornuel (1605-1694) pour la forme.

La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié. 

Édouard Herriot, Émile Henriot

Un « pédagogue japonais » ou un « moraliste oriental » non identifié par Herriot.

L'homme est un loup pour l'homme.

Thomas Hobbes

Plaute

Ouvrir une école, c’est fermer une prison.

Victor Hugo

Victor Duruy (1811-1894) ou peut-être Louis Jourdan (1810-1881)

Je ne puis regarder une feuille d'arbre sans être écrasé par l'univers. 

Victor Hugo

Jules Renard

Un homme n'est grand que lorsqu'il ne tient sa grandeur ni de l'obéissance ni du commandement.

Victor Hugo

Alfred de Vigny

Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. […] Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. […] Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. […] On diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. […] Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.

Aldous Huxley, Günther Anders

Serge Carfantan (2007)

[aux étudiants de mai 68 :] Rentrez chez vous : dans dix ans vous serez tous notaires ! 

Jouhandeau, Lacan, Dali

Ionesco

Une erreur ne devient une faute que si l'on refuse de la corriger.

John F. Kennedy, Orlando Aloysius Battista Ernst Jünger (sous une forme légèrement différente)

Vous ne m’aimez plus ; vous croyez plus ce que vous voyez que ce que je vous dis.

Ninon de Lenclos, Mlle Fontette de Sommery

Une femme non identifiée par Helvétius, premier publieur de la phrase.

Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat. 

Gaston Leroux

George Sand (avec « propreté » à la place de « charme »)

Le roi de France ne venge pas les injures faites au duc d’Orléans.

Louis XII

Transposition d’un mot de l’empereur Hadrien.

La fin justifie les moyens. 

Machiavel 

Ovide 

La femme est un chameau qui aide l'homme à traverser le désert de la vie.

Mahomet (dans le Coran ou dans un hadith)

Balzac en 1839 (sous une forme un peu différente et sous réserve d'une autre attestation antérieure).

L’empire russe est une monarchie absolue tempérée par l’assassinat.

(Enquête fouillée à paraître)

Joseph de Maistre, Pouchkine, Astolphe de Custine, Nicolas Tourgueniev, Fustel de Coulanges (à propos du régime mérovingien)

Pour l'idée : Mme de Staël. — Pour la forme : en 1830 chez Louis Pierre Édouard Bignon (1771-1841), 13 ans avant Custine où elle est aussi.

Ils n’ont pas de pain ? Qu’ils mangent de la brioche !

Marie-Antoinette

Une princesse non identifiée (anecdote racontée par J.-J. Rousseau vers 1767).

La vie serait impossible si l'on se souvenait, le tout est de choisir ce que l'on doit oublier. 

Roger Martin du Gard (1881-1958) Maurice Martin du Gard (1896-1970)

La politique est l'art d'obtenir de l'argent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres.

Jules Michelet

Peut-être Gustave Vapereau (1819-1906) ?

L’homme est comme le lapin, il s’attrape par les oreilles.

Mirabeau

La Bruyère (sous une forme un peu différente)

Les femmes acceptent aisément les idées nouvelles, car elles sont ignorantes ; elles les répandent facilement, parce qu'elles sont légères ; elles les soutiennent longtemps, parce qu'elles sont têtues. 

(Enquête fouillée à paraître)

Mirabeau, Joseph-Alexandre de Ségur, Jérôme de Stridon

Abbé Honoré Tournely (1658-1729) en latin ; formule traduite en français et répandue par Diderot.

Je ne connais pas d’endroit où il se passe plus de choses que dans le monde.

Henri Monnier 

Auteur anonyme ; mot recueilli par Charles-Gabriel Potier dans son recueil de bons mots Potieriana (1814).

Philosopher c’est apprendre à mourir.

Montaigne

Paraphrase de Cicéron, qui lui-même paraphrase Platon.

Tous les jours vont à la mort : le dernier y arrive.

Montaigne

Sénèque

Éduquer, ce n’est pas remplir un vase mais c'est allumer un feu. 

Montaigne

Plutarque (sous une forme légèrement différente)

Un bon mariage serait celui d'une femme aveugle avec un mari sourd.

Montaigne, Érasme

Alphonse V d’Aragon (1396-1458)

Si la vie n'est qu'un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs.

Montaigne

François-Augustin de Moncrif (1687-1770)

Le véritable exil n'est pas d'être arraché de son pays ; c'est d'y vivre et de n'y plus rien trouver de ce qui le faisait aimer.

Montalembert

Edgar Quinet

Qui me rend visite me fait honneur. Qui ne me rend pas visite me fait plaisir. 

Montherlant, Claudel, Antoine Louis, Julie de Lespinasse

Louis Morin (1635-1715)

La politique d’un État est dans sa géographie. 

Napoléon

Paul Deschanel (sous une forme légèrement différente)

On ne monte jamais si haut que quand on ne sait pas où on va.

Napoléon

Oliver Cromwell

C'est l'imagination qui perd les batailles.

Napoléon

Joseph de Maistre

Il faut qu'une constitution soit courte et obscure. 

Napoléon

Talleyrand

Je n'ai jamais permis les critiques. On demande à un médecin qu'il guérisse la fièvre et non qu'il fasse une satire contre elle.

Napoléon

Frédéric II de Prusse

L'ambition de dominer sur les esprits est la plus forte de toutes les passions.

Napoléon

Voltaire

Bien analysée, la liberté politique est une fable convenue, imaginée par les gouvernants pour endormir les gouvernés. 

Napoléon

Jean-Baptiste Delisle de Sales (1741-1816)

Le premier qui compara une femme à une rose était un poète, le second était un imbécile.  

(Enquête fouillée à paraître)

Gérard de Nerval, Voltaire, Paul Éluard, Guillaume Apollinaire

Pour l’idée : M.P.H. Durzy (1788-1822), en 1819, devançant Charles Pigault-Lebrun (1753-1835) en 1822. — Pour la forme : Arsène Houssaye en 1868.

La mélancolie est une maladie qui consiste à voir les choses comme elles sont.

Gérard de Nerval, d’Alembert, Alain Ferry

Nicolas-Hubert Mongault (1674-1746).

L'avenir est un fantôme aux mains vides qui promet tout et qui n'a rien.

Gérard de Nerval

Victor Hugo

Rien ne vaut rien ; Il ne se passe rien ; Et cependant tout arrive ; Mais cela est indifférent.

(Enquête fouillée à paraître)

Nietzsche

Théophile Gautier

Tel est le triste sort de tout livre prêté, souvent il est perdu, toujours il est gâté.

Charles Nodier

René-Charles Guilbert de Pixérécourt (1773-1844)

Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. 

Pascal

Montaigne (sous une forme légèrement différente)

L’âme ne voit rien qui ne l’afflige quand elle y pense. 

Pascal, abbé Charles Bossut

Les éditeurs de Port-Royal sous le nom de Pascal, très vraisemblablement Pierre Nicole

C'est grande pitié quand beauté manque à cul de bonne volonté. 

Rabelais

Clément Marot

Ma pièce est faite : je n’ai plus qu’à l’écrire. 

Racine

Ménandre

Si tu buvais pas, tu serais caporal. – Oui, mais quand je suis saoul, je me crois colonel.

Charles-Ferdinand Ramuz, André Gide

Ralph Soupault (1904-1962) (sous une forme légèrement différente)

Dieu a fait l’homme avant la femme pour lui permettre de placer quelques mots. 

Jules Renard

Peut-être Jean Rigaux (1909-1991) ?

Fort / Belle, / Elle / Dort. / Sort / Frêle ! / Quelle / mort ! / Rose / close, / La / Brise / L’a / Prise.

Jules de Rességuier 

Paul de Rességuier (1816-1904), son fils.

On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment.

(Enquête fouillée à paraître)

Cardinal de Retz, cardinal de Bernis, François Mitterrand

Un homme politique libanais de la 1ère moitié du XXe siècle, non identifié

On compte ses ancêtres quand on ne compte plus. 

Cardinal de Retz

Chateaubriand

Faire une loi et ne pas la faire exécuter, c'est autoriser la chose qu'on veut défendre. 

Cardinal de Retz

Richelieu

La politique est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire.

Richelieu, Robert Buron, Jacques Chirac

Antonio Canovas del Castillo, homme politique espagnol (1828-1897).

La santé est un état précaire qui ne présage rien de bon.

Le docteur Knock, personnage de Jules Romains

Louis-Hubert Farabeuf (1841-1910)

Le roman est un miroir que l’on promène le long d’un chemin. 

Saint-Réal

Stendhal

Ne pas choisir, c'est encore choisir.

Jean-Paul Sartre

Jules Payot (1859-1940) en 1899

Inutile de le nier : la femme n’est pas pareille à l’homme. 

Jean-Paul Sartre

Gina Lombroso (1872-1944)

L'Amour d'un sexe pour l'autre nous donne, pour ainsi dire, un autre amour de nous-mêmes ; il transporte notre amour-propre dans les autres. 

Senancour

Saint-Lambert (1716-1803)

Le cœur n'a point de rides, il est toujours jeune. 

Mme de Sévigné

Victor Hugo

Je n’ai pas eu le temps de faire court. 

Mme de Sévigné, Racine, Voltaire

Pascal

Ce qui me dégoûte de l’Histoire, c’est de penser que ce que je vois aujourd’hui sera l’Histoire un jour. 

Mme de Sévigné

« Une femme de beaucoup d’esprit » selon J.-B. Suard (1732-1817) qui rapporte la phrase le premier. Peut-être Mme du Deffand ??

La liberté et la santé se ressemblent ; on n'en connaît bien le prix que lorsqu'elles vous manquent. 

Georges Simenon

Henry Becque

L'amour est un égoïsme à deux.

Mme de Staël

Antoine de La Salle (1754-1829)

En France, on ne permet qu'aux événements de voter. 

Mme de Staël

« Un homme d’esprit » non nommé par Mme de Staël.

Un homme doit savoir braver l'opinion ; une femme s'y soumettre. 

Mme de Staël

Suzanne Curchod, épouse Necker (sous une forme un peu différente).

La mort d’un homme, c’est une tragédie. La mort d’un million d’hommes, c’est une statistique. 

Staline, Oscar Wilde, Jacques Bainville

Un diplomate français (très probablement Philippe Berthelot). Le mot est publié par Kurt Tucholsky en 1925, et repris dans un roman par J. Bainville en 1927.

Que d'hommes se croient vertueux parce qu'ils sont austères, et raisonnables parce qu'ils sont ennuyeux!

Stendhal

Helvétius

Tout sentiment qu'on n'éprouve plus est un sentiment dont on n'admet point l'existence. 

Stendhal

Helvétius

Les aveux vraiment flatteurs ne sont pas ceux que nous faisons, ce sont ceux qui nous échappent. 

Stendhal, Ninon de Lenclos

Louis Damours (1720-1788)  (ou peut-être Crébillon fils)

Le crime augmente en raison du plus grand nombre de liens que le coupable a rompus. 

Stendhal

Chateaubriand

L'amour a ceci de singulier qu'il ne s'accomplit pas dans son accomplissement.

Stendhal

Thierry Maulnier

Quand je me considère je me désole, quand je me compare je me console.

Talleyrand, Villiers de l’Isle-Adam

Paul-Joseph Barthez (1734-1806) pour  l’idée, vers 1775. — Le cardinal Jean-Sifrein Maury vers 1806 pour la formule ramassée : « Je vaux très peu quand je me considère, beaucoup, quand je me compare ».

La parole a été donnée à l’homme pour déguiser [variante : cacher] sa pensée.

Talleyrand, Malagrida, Stendhal

Charles-Jean Harel (1790-1846), radicalisant une idée qu’on trouve de façon partielle chez Fléchier et chez Voltaire, ainsi que chez plusieurs Anglais dont Edward Young.

Sire, c’est plus qu’un crime, c’est une faute. 

Talleyrand, Fouché

Boulay de la Meurthe

« Oui » et « non » sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer, et ceux qui demandent le plus d'examen. 

Talleyrand

Balthasar Gracian (sous une forme légèrement différente)

De nos jours les peuples sont trop éclairés pour produire quelque chose de grand

Tolstoï

Napoléon

La religion a commencé quand le premier escroc a rencontré le premier imbécile.

Mark Twain

Voltaire  (sous une forme différente)

La mort n’est pas une excuse.

(Enquête fouillée à paraître)

Jules Vallès

Probablement Auguste Vermorel (1841-1871).

On ne peut pas juger quelqu'un à ses fréquentations ; Judas, par exemple avait des amis irréprochables. [1]

Verlaine, Hemingway, Oscar Wilde, Baudelaire, Tristan Bernard

Georges Elgozy en 1967, sous une forme différente

Quand les libéraux sont les maîtres, nous leur demandons la liberté parce que c'est leur principe ; et, quand nous sommes les maîtres, nous la leur refusons parce que c'est le nôtre. 

Louis Veuillot

Charles de Montalembert (1810-1870), mais pour expliquer qu'il s'oppose à cette mentalité.

Belle comme la nuit et comme elle peu sûre. 

Alfred de Vigny, Villiers de l’Isle-Adam

Anatole France

Dieu montre le peu de cas qu'il fait de l'argent par la qualité de ceux à qui il le donne.

Villiers de l’Isle-Adam, Lamennais,  La Bruyère, Alexandre Dumas fils

Sénèque

L'homme qui t'insulte n'insulte que l'idée qu'il a de toi – c'est-à-dire lui-même. 

Villiers de l’Isle-Adam

La Bruyère (sous une forme différente et moins vigoureuse)

Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.

Voltaire

Evelyn Beatrice Hall (résumant à sa façon la pensée de Voltaire) 

La nouvelle génération est épouvantable… j’aimerais tellement en faire partie !

Oscar Wilde

Georges Feydeau

La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit.

Oscar Wilde

William Faulkner

Il faut viser la lune car même en cas d'échec on atterrit dans les étoiles.

(Aim for the Moon. If you miss, you may hit a Star.)

Oscar Wilde

Création états-unienne collective, par transformations successives depuis le milieu du XIXe. Le jalon central appartiendrait à Phileas Barnum avant 1891. La forme actuelle est due à W. Clement Stone en 1996, mais des formes presque identiques apparaissaient depuis longtemps, en particulier dans une interviou de Jane Russel en 1941.

 

[1] J’ai un léger doute pour celle-ci : elle ne se trouve pas dans l’œuvre de Verlaine, mais je n’exclus pas qu’elle puisse se trouver dans sa correspondance, ou plus encore dans le récit d’un témoin qui aurait rapporté cette boutade orale. Cependant la plus vieille attribution à Verlaine que j’aie trouvée ne date que de 1974. L’attribution à Hemingway, quoique répandue ici, semble très rare dans le monde anglo-saxon, ce qui me permet de ne pas lui accorder une grande considération.

Commentaires

Très intéressant article, je salue le travail que vous avez fourni. Vous signalez à plusieurs reprise que de nombreuses citations ont été modifiées au fil du temps

Auriez vous justement un exemple d'une citation qui aurait justement été améliorée à plusieurs reprises par leurs différents auteurs/utilisateurs ?

merci

Olivier

Écrit par : olivier | 15.03.2016

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Merci pour votre compliment.
Il y a justement sur mon blogue un article qui répond à votre demande : http://dernieregerbe.hautetfort.com/archive/2011/10/29/stendhal-sa-chemise-et-l-italie-petit-eloge-paradoxal-des-fa-5632461.html

Parmi les nombreuses citations améliorées que j'ai repérées, voici quelques autres exemples.
Chamfort a écrit : « Les passions font vivre l’homme, la sagesse le fait seulement durer. » De Gaulle l'a cité sous cette forme meilleure qui s'est répandue : « Les passionnés ont vécu, les raisonnables ont duré. »

Du même Chamfort : « Le bonheur n’est pas chose aisée. Il est très difficile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs. » Citation inconsciemment améliorée par Jean Dutourd : « On trouve rarement le bonheur en soi, jamais ailleurs ».

Voltaire : « Plus nous serons des êtres raisonnables, plus nous serons des êtres libres. » Citation par Condorcet : « Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres. »

Voltaire : « Il y a des gens qui ont résolu toutes ces questions [sur les premiers temps historiques]. Sur quoi un homme d’esprit et de bon sens disait un jour d’un grave docteur : "Il faut que cet homme-là soit un grand ignorant, car il répond à tout ce qu’on lui demande". » Citation par Paul Morand : « C’est un imbécile, il a réponse à tout. »

Alexandre Vialatte : « Quand on est jeune, on s'imagine que la vieillesse va donner l'impression à l'homme de se désagréger dans un monde qui survit ; elle lui donne au contraire l'impression qu'il survit au sein d'un monde qui se désagrège. » Citation par Alain Finkielkraut : « Quand on est jeune, on se figure que vieillir, c'est se désagréger dans un monde qui dure. Quand on vieillit, on pense que vieillir, c'est durer dans un monde qui se désagrège. »

J'en ai environ 80 comme cela. Je n'en donne ici qu'une poignée où le citateur-améliorateur est identifié, ce qui est exceptionnel. Le plus souvent, la version seconde n'a pas de provenance clairement repérable (à moins d'un colossal et assez vain travail de recherche).

Notez que dans quelques jours, je vais ajouter à ce tableau une quinzaine de citations mal attribuées, avec leur véritable auteur.

Écrit par : Le déclinologue | 23.03.2016

Merci!!! Je me permet de vous en soumettre une autre: "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer" qui est généralement attribué à Guillaume d'Orange mais que j'ai vu attribuer à une auteure dont j'ai malheureusement oublié le nom, dans un roman dont j'ai également oublié et le titre et l'auteur! Sauriez-vous m'aider?
En tout cas bravo!

Écrit par : Bruno Belmont | 25.03.2016

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Merci.

J'ai l'impression que c'est Romain Gary qui, dans son roman /La Danse de Gengis Cohn/, attribue cette phrase à l'impératrice Messaline, la femme de Claude. Mais il doit s'agir soit d'une complète méprise, soit d'une fantaisie ludique, car il est bien le seul à donner cette attribution !
La phrase est universellement attribuée à Guillaume le Taciturne, y compris par son biographe Bernard Quilliet.

Écrit par : Le déclinologue | 25.03.2016

Pour la citation de Tertullien attribuée à Augustin sous la forme 'Credo quia absurdum", il y a sans doute confusion avec :

« Crois d’abord, et tu comprendras [...] Comprends ma parole pour arriver à croire, et crois à la parole de Dieu pour arriver à la comprendre. » (Augustin d'Hippone, Il faut croire pour comprendre, Sermon XLIII, 4 et 9). Déjà l’éloge de la pseudo-logique circulaire commune au christianisme et au marxisme …

Tertullien :

« Le fils de Dieu est mort; il faut y croire, puisque c’est absurde. Enseveli, il est ressuscité; c’est certain, puisque c’est impossible. ». Tertullien, vers 160 / vers 230, La Chair du Christ, V, 4.

Écrit par : Courouve | 28.03.2016

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" [Lord Alton : ] Vous avez trop d'esprit, trop de raison, pour donner dans les principes subversifs de la Révolution française. Il est possible que tous les hommes soient égaux ; mais je n'en crois rien. L'égalité devant la loi ne prouve qu'une chose, c'est qu'il n'y en a pas d'autres ; d'ailleurs le duc de K*** est immensément riche... " (Sir Lionel d'Arquenay, par Jules Lefèvre-Deumier, ou Le Fèvre-Deumier, page 106 ; Paris, Firmin-Didot, 1884 ; Genève, Slatkine Reprints, 1973)

Écrit par : Courouve | 28.03.2016

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Merci, c'est bien en effet ce que j'avais trouvé et que j'ai consigné dans le vaste fichier qui contient toutes les références justificatives de ce tableau synthétique, que je publierai sans doute un jour lorsqu'il sera complètement au point !

Écrit par : Le déclinologue | 28.03.2016

Montaigne : " ce qu'on dit, homo homini ou Deus ou lupus [homme dieu ou loup pour l’homme] " Essais, III, v, page 852 de l'édition Villey.

Plaute, Asinaria, vers 495 : Lupus est homo homini, non homo, quom, qualis sit, non gnovit : quand on ne le connaît pas, l'homme est un loup pour l'homme. Cf Érasme, Adages, I ; Rabelais, Tiers livre, III ; formule reprise partiellement par Francis Bacon puis par Thomas Hobbes.

Écrit par : Courouve | 28.03.2016

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" Ne pas choisir, c'est encore choisir.
Jean-Paul Sartre
Jules Payot (1859-1940) en 1899 "

Idée voisine chez Karl Marx :

« Toute action humaine peut être envisagée comme une abstention de son contraire. »
Le Capital, XXIV, iii.

Écrit par : Courouve | 28.03.2016

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Ah, merci, ça je ne l'avais pas repéré ; ça, je l'ajoute à mes notes.

Bon, celà dit, l'idée n'étant pas d'une originalité fracassante, elle a dû être exprimée bien des fois auparavant sous d'autres formes. Nous en trouverons sans doute d'autres.

Écrit par : Le déclinologue | 28.03.2016

" L'ambition de dominer sur les esprits est la plus forte de toutes les passions.
Napoléon
Voltaire "

À ce sujet, j'ai mis un lien, avec un merci, au début du B / de ma page http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2009/03/liberte-dexpression-et-politiquement.html

Écrit par : Courouve | 28.03.2016

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Merci beaucoup, c'est bien aimable, mais là pour le coup vous avez trouvé tout seul une autre citation que la mienne ! Celle qui est attribuée à Napoléon (par Balzac) est la première phrase de l'avant-propos de l' /Examen important de Milord Bolingbroke/. Voltaire s'est répété, à un mot près...

Écrit par : Le déclinologue | 29.03.2016

" L’homme est comme le lapin, il s’attrape par les oreilles.
Mirabeau
La Bruyère (sous une forme un peu différente) "

Ou par la q...e...

Écrit par : Courouve | 28.03.2016

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Là, on se rapproche de Léautaud ! « On dit que c'est le cul qui mène le monde, moi je dirais plutôt que c'est la queue. S'il n'y avait pas de queue, on se passerait bien du cul. »

Écrit par : Le déclinologue | 29.03.2016

Je constate avec plaisir que je ne suis pas le seul à me soucier de la véracité, ou de l'exactitude des citations.

Continuez et merci de partager ce précieux savoir.

Écrit par : Paul82 | 31.03.2016

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Le souci de l'exactitude des citations n'est qu'un cas particulier du souci général de l'exactitude de l'établissement des textes. Jadis, cela s'appelait la philologie.

Un exemple de faute d'édition : dans les traductions françaises de Schopenhauer et dans le Journal de Gide (précédente édition en Pléiade), "basse fondamentale" (terme de musique) devenait "base fondamentale"...

Quand une citation n'est pas référencée, il y a de grandes chances qu'elle soit corrompue. Par ailleurs elle peut être mal découpée, et perdre ainsi une grande part de son intérêt.

Les seules citations qui vaillent sont les notes de lecture ; la reprise d'une citation sans retour à l'original n'est pas un bon signe d'honnêteté intellectuelle.

Sur l'anti-citationnisme, voir le § D / de ma page http://laconnaissanceouverteetsesennemis.blogspot.fr/2011/08/xlviii-la-philosophie-noyee-dans-le.html

Écrit par : Courouve | 31.03.2016

Dernière remarque : les citations les plus colportées, et donc déformées ou falsifiées, ne sont généralement pas les plus intéressantes.

Écrit par : Courouve | 01.04.2016

Merci beaucoup ! Je suis heureux que le scrupule philologique ne soit pas une vertu totalement disparue. Oui, nous sommes encore quelques dinosaures survivants...

N'hésitez pas à faire connaître ce blogue autour de vous !

Je vous signale qu'au cours de ce mois devrait paraître un second tableau analogue à celui-ci, consacré aux citations couramment DÉFORMÉES. Il y en a une petite centaine, avec à chaque fois la citation littérale et l'indication de sa source.

Écrit par : Le déclinologue | 03.04.2016

Scrupule mis en pratique par cet excellent auteur

Othon Guerlac, professeur à Cornell University, Ithaca (New-York)

dans

Les Citations françaises. Recueil de passages célèbres, phrases familières, mots historiques, avec l'indication exacte de la source, suivi d'un index alphabétique par auteurs et par sujets.

Paris, libr. Armand Colin, 1931. (30 décembre.) In-8, 443 pp.

Réédité en 1933, 1952 et 1953.

Écrit par : Courouve | 06.04.2016

Bonjour,

Pour commencer, toutes mes félicitations pour votre blogue. Merci en particulier d'avoir partagé vos recherches en matières de citations mal attribuées, un sujet assez fascinant à vrai dire.

Pourriez-vous je vous prie m'indiquer la source précise de la citation de l'historien Jacques Bainville ("la mort d'un homme, c'est une tragédie...). Je n'arrive pas à mettre la main dessus.

Cordialement,

Daniel

Écrit par : Daniel | 19.04.2016

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Merci pour vos félicitations. N'hésitez pas à faire connaître ce blogue autour de vous !

J'ai écrit que j'avais la référence des mes attributions sous le coude et que je pouvais la fournir en cas de besoin. Vous me donnez l'occasion de prouver que ce n'est pas une parole en l'air.
La citation qui vous arrête provient en effet de Jacques Bainville. Elle se trouve dans son petit roman /Jaco et Lori/, Grasset, 1927, au chapitre XII et dernier, page 259, prêtée à un homme politique qui est plus ou moins une satire de Briand. Dans le volume de la collection Bouquins (R. Laffont), 2011, intitulé /La Monarchie et les lettres/, c'est page 981.
Voici le texte exact : « La mort d’un homme, répondit Anatole Baratin, c’est un drame. La mort d’un million d’hommes, ce n’est que de la statistique et je vous ai dit que je ne consultais pas les statistiques. »

Écrit par : Le déclinologue | 19.04.2016

In 1925 a journalist and satirist named Kurt Tucholsky wrote a piece in a German newspaper that included a statement that was similar to the quotation. Here was the original text together with an English translation:

Darauf sagt ein Diplomat vom Quai d’Orsay: „Der Krieg? Ich kann das nicht so schrecklich finden! Der Tod eines Menschen: das ist eine Katastrophe. Hunderttausend Tote: das ist eine Statistik!”

At which a diplomat from French Ministry of Foreign Affairs replies: “The war? I can’t find it too terrible! The death of one man: that is a catastrophe. One hundred thousand deaths: that is a statistic!”

http://quoteinvestigator.com/2010/05/21/death-statistic/

Écrit par : Courouve | 19.04.2016

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Diable, Tucholsky aurait devancé Bainville de deux ans !
Et surtout, Bainville n'aurait rien inventé, puisque Tucholsky attribue le mot à un diplomate français. Le mot devait donc se répandre oralement dans le milieu politico-journalistique parisien, et Bainville n'aurait fait que l'emprunter pour le mettre dans la bouche de son personnage.
Est-ce que ce ne serait pas Philippe Berthelot ?? L'hypothèse me paraît particulièrement séduisante, puisque c'était un cynique consommé (on lui prête des mots d'un cynisme effroyable), et que c'était l'homme-lige de Briand : d'où l'emprunt du mot par Bainville pour le mettre dans la bouche d'un personnage inspiré de Briand. Anatole Baratin serait ainsi un composé de Briand et Berthelot.

Écrit par : Le déclinologue | 19.04.2016

Hum, je crois que j'ai gagné.
Le mot est en effet attribué à Philippe Berthelot par Maurice Schumann dans un article de 1985 (c'est tardif, mais Schumann a été le patron du Quai, où la tradition du mot a pu se perpétuer), et dans un article de /L'Illustration/ de 1942.

Écrit par : Le déclinologue | 19.04.2016

Bainville change de case :)

Écrit par : Courouve | 19.04.2016

Oui, tout-à-fait ! je viens de faire la modification.

Pour la bonne bouche, un exemple de mot de Berthelot, rapporté par E. Berl : « Untel m'a manqué de respect. Pour me venger, dois-je plutôt le faire passer pour un espion ou pour un pédéraste ? »
Un autre : « Mon frère a eu le plus grand succès littéraire que je connaisse : il a écrit une lettre d'injures à quelqu'un, et celui-ci s'est suicidé. » (Ce qui est la "mise en mot" d'une anecdote attribuée à un poète grec, Anacréon je crois).

Écrit par : Le déclinologue | 19.04.2016

Archiloque de Paros aurait, par ses poèmes, provoqué la mort d'une certaine Néoboulé et de la famille d'icelle.

Écrit par : Blumroch | 22.04.2016

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Archiloque, oui, bien sûr !
Je me doutais que ce ne fût pas le doux Anacréon , mais je n'avais pas le temps de rechercher le bon.
Si je me souviens bien, un père lui a refusé la main de sa fille, et du coup il a écrit une lettre incendiaire pour ruiner la réputation du père et de la fille ?
Il y a lieu de croire que ce fait biographique (les suicides qui en ont résulté) est aussi légendaire que la cécité d'Homère...

Écrit par : Le déclinologue | 22.04.2016

"Le problème avec les citations sur Facebook, c'est qu'il est difficile de savoir si elles sont authentiques."

Napoléon Bonaparte

Écrit par : Jean-Marc | 29.07.2016

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"Le problème avec les citations sur Facebook, c'est qu'il est difficile de savoir si elles sont authentiques."

Napoléon Bonaparte.


Le mathématicien Michel Chasles eut un peu le même problème avec des lettres de Jésus écrites en bon français.

Écrit par : Courouve | 29.07.2016

Mais non, voyons, c'est une citation d'Abraham Lincoln !
https://dragonscanbebeaten.files.wordpress.com/2015/11/the-problem-with-quotes-on-the-internet.jpg

Écrit par : Le déclinologue | 31.07.2016

J'ai reçu ça :

" En allant voir la référence que vous indiquiez sur dernieregerbe.hautetfort.org, je tenais d'une part à vous remercier pour ce gros travail, mais d'autre part à émettre une réserve sur la méthode : il me paraît dans bien des cas difficile de chercher à attribuer une formule (et plus encore une pensée) à son "premier auteur". Dans ces quatre cas, notamment :
- lorsqu'un auteur en cite un autre sans s'en apercevoir (éventuellement en le déformant un peu), par réminiscence inconsciente
- lorsqu'un auteur A cite de mémoire un auteur B, attribuant à tort à B une formule dont lui-même (A) est l'inventeur
- lorsqu'un auteur en cite délibérément (et exactement) un autre, mais en donnant à sa formule un sens nouveau. cf. Hegel qui reprend le mot de Térence ("Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger") en lui donnant une portée nouvelle dans les Leçons d'Esthétique
- lorsqu'un auteur réinvente une formule de lui-même, sans avoir connaissance de sa formulation antérieure (et comment faire la différence entre une citation inconsciente et une réinvention ?)
Dans chacun de ces cas, il ne me semble pas faux d'attribuer à l'auteur le plus récent une forme de paternité de la formule — sans quoi il deviendrait difficile d'attribuer de façon sûre une formule à qui que ce soit. La question devrait surtout être, à mon sens : telle personne a-t-elle dit ou écrit cela ? Et qu'est-ce que cela signifie dans ce contexte précis ? "

J'ai bien précisé en retour que ce "gros travail" n'était pas de moi.

J'ai répondu :

" C'est le vieux débat entre l'esprit et la lettre... Mais je pense qu'avant de lire entre les lignes, il convient de lire les lignes. "

Écrit par : Courouve | 18.09.2016

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