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16.12.2015

DE LA GUERRE DES ÉTOILES À STAR WARS : L’EMPIRE ATTAQUE ET GAGNE

            La saga de George Lucas est un bon repère pour suivre la colonisation culturelle croissante de la France par les É.-U.A. Quand la première trilogie est sortie, en 1977, 1980 et 1983, le premier épisode et la série ont été traduits, selon la norme habituelle, et diffusés sous le titre de La Guerre des étoiles (un titre qui est dailleurs une légère adaptation, puisque la traduction littérale aurait dû être : les guerres de l’étoile [1]). Le titre anglais Star wars était alors peu connu en France et encore moins usité, faisant passer ceux qui l’employaient pour des snobes ou des frimeurs.
            Une génération plus tard, lors de la seconde trilogie, le changement est sensible : Le producteur états-unien diffuse le premier volet (1999) puis les deux suivants (2002 et 2005) sous le titre original générique de Star wars, selon le nouvel usage, de plus en plus répandu, consistant à ne pas traduire les titres de films (ce que les Québécois continuent néanmoins de faire, vaille que vaille [2]). Malgré la loi Toubon, les Français, de plus en plus aplatis devant tout ce qui vient des États-Unis, laissent faire, si bien que le producteur gagne son pari linguistique haut la main. Ce choix était pourtant commercialement risqué, du moins apriori, si l’on ne tenait pas compte de l’assentiment des Français à leur domination coloniale [3] : il obligeait en effet le public français à faire l’effort de changer de dénomination, puisque l’expression « la guerre des étoiles » était massivement connue et employée pour désigner la saga. Il était en outre incohérent, puisque les titres des trois nouveaux épisodes continuaient à être traduits (La Menace fantôme, L’Attaque des clones, La Revanche des Sith). L’expression française et l’expression anglaise ont cohabité dans les bouches de nos compatriotes à la sortie du premier épisode et un peu après. Mais le rouleau compresseur du nom officiel l’a bien évidemment emporté sur l'ancien nom d’usage : la puissance du réel imposait de s’aligner sur le titre employé sur les affiches et relayé docilement par les médias. La colonisation mentale et culturelle des Français par les É.-U.A. était devenue si écrasante que les chances de maintenir dans l’usage le titre français étaient très faibles. Ceux qui continuaient à parler de « la guerre des étoiles » passaient de plus en plus pour des ringards, maladivement ou sénilement accrochés à un ordre révolu.
            Dans les années qui ont suivi, la commercialisation des films en DVD, leurs diffusions à la télévision, les produits dérivés, la « culture internet » qui s’est développée autour de la série, tout a définitivement imposé l’étiquette générique de Star Wars. Le tout premier épisode lui-même, celui qui a lancé la série et imposé l’expression « la guerre des étoiles » pendant une génération, a été rebaptisé en 2000 Un nouvel espoir, faisant disparaître le premier titre français dans le néant. À l’heure où paraît un septième épisode de ce qui sera une ennéalogie, la concurrence entre l’expression française et l’expression anglaise, encore sensible il y a quinze ans, est définitivement caduque. Les nouvelles générations ne connaissent même plus l’expression « la guerre des étoiles » qui fut si populaire chez leurs parents. En moins de trente ans, les Français, qui étaient encore un peuple culturellement fort et rayonnant, passant spontanément au tamis de leur propre langue ce qui venait de l’étranger, se sont métamorphosés en un peuple faible, se laissant imposer tel quel ce qui vient de l’étranger pour mieux se laisser modeler par lui [4]. Il leur est devenu si naturel de s’adapter aux autres qu’ils ne comprennent même plus qu’on puisse, qu’on ait pu, adapter les autres à soi. Car on ne parle là que de la simple traduction d'un titre, certes pas d'une réécriture de l'œuvre entière pour la refaçonner par le moule local, comme Ducis, Vigny et d'autres l'ont fait avec quelques pièces de Shakespeare, ou comme les États-uniens le font de temps en temps avec certains de nos films, ainsi À bout de souffle ou Trois hommes et un couffin, refactures qui, exportées à leur tour, deviennent parfois des succès ici, ô comble de l'américanophilie ! (par exemple Le Clochard de Beverly Hills, très médiocre adaptation de Boudu sauvé des eaux). À l'instar des Romains dans l'Antiquité, les États-uniens importent peu de choses telles quelles, mais ils adaptent énormément tout ce qui vient d'ailleurs. Ils se nourrissent du monde entier, mais en l'américanisant, comme les Romains romanisaient et comme les Français francisaient, du temps où ils avaient une culture forte. Or les Français d'aujourd'hui ne comprennent plus qu'on puisse franciser quoi que ce soit, fût-ce un titre de film. Ce n’est pas seulement qu’ils désapprouvent cette attitude, c’est qu’ils ne parviennent même plus à en saisir le bien-fondé. La démarche de l’assimilation de l’étranger, que cet étranger soit un mot, un produit culturel ou un individu, leur est devenue une aberration impensable. Ils sont tellement xénophiles qu'ils ne savent plus être eux-mêmes.
            On peut rêver au réveil de la Force française… mais je crains que l'Empire (américain) n'ait définitivement vaincu la république (française), et que notre peuple tout entier n'ait basculé à jamais dans le côté obscur.

 

 

[1] Rappelons aussi que le personnage de Darth Vader a été rebaptisé Dark Vador : un nom qui reste à consonance anglaise, mais qui sonne plus méchant pour une oreille française. Cette légère transformation du nom montre que les traducteurs, en 1977, s’octroyaient encore une certaine liberté d’adaptation des noms propres. Certes, on était déjà très loin de l’interpretatio gallica, qui francisait sans vergogne les noms de personne grecs (Thoukudides devenant Thucydide), les noms de personne latins (Julius Caesar devenant Jules César, Titus Livius devenant Tite-Live), les noms de personne italiens (Francesco Petrarca devenant François Pétrarque, Niccolo Machiavelli devenant Nicolas Machiavel), les noms de personne anglais (Buckingham devenant Bouquinquant, même si ce nom ne s’est pas imposé), les noms de personne russes (Vassili devenant Basile), les noms de lieu italiens (Firenze devenant Florence, Torino devenant Turin, Perugia devenant Pérouse), les noms de lieu espagnols (Zaragoza devenant Saragosse, La Coruna devenant La Corogne, Mallorca devenant Majorque) ou portugais (Lisboa devenant Lisbonne), les noms de lieu anglais (London devenant Londres, Canterbury devenant Cantorbéry, Dover devenant Douvres), les noms de lieu allemands (Regensburg devenant Ratisbonne, Bayern devenant Bavière, Köln devenant Cologne), les noms de lieu russes (Belarous devenant Biélorussie, Moskva devenant Moscou), etc. Mais il en restait encore l’ombre…

[2] Souvent, les Québécois se contentent d’une traduction pure et simple du titre, démarche d’une simplicité et d’une évidence qui ne peuvent que nous couvrir de honte par contraste avec notre vassalisation : ainsi Independance Day est-il pour eux Le Jour de l’indépendance ; - Jurassic Park : Le Parc jurassique ; - Kill Bill : Tuer Bill ; - Mars Attacks ! : Mars attaque ! ; - Men in Black : Hommes en noir ; - Scary Movie : Film de peur ; - Seven : Sept ; - Taxi Driver : Chauffeur de taxi ; - Terminator : Terminateur ; - The Social Network : Le Réseau social ; - Toy Story : Histoire de jouets, etc. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’un geste aussi élémentaire ? Faut-il que nous soyons descendus au dernier degré de l’avilissement pour que le colonisateur nous vende sa camelote sous sa propre enseigne, et pour que nous l’achetions avec encore plus d’enthousiasme que si elle nous était proposée sous une étiquette française ! D’autres fois, les Québécois recourent à une très légère adaptation, que ne peut qu’approuver un esprit doté d’un peu de bon sens et d’un peu d’habitude de la traduction (même si certaines sont améliorables) : ainsi Apocalypse now est-il pour eux C’est l’apocalypse ; - Big Fish : La Légende du gros poisson ; - Chicken Run : Poulets en fuite ; - Dirty Dancing : Danse lascive ; - Fast and Furious : Rapides et dangereux ; - Ghost : Mon fantôme d’amour ; - Inglourious Basterds : Le Commando des bâtards ; - L.A. Confidential : Los Angeles interdite ; - Missing : Porté disparu ; - Pretty Woman : Une jolie femme ; - Pulp Fiction : Fiction pulpeuse ; - Raging Bull : Comme un taureau sauvage ; - Scream : Frissons ; - Starship Troopers : Les Patrouilleurs de l’espace ; - The Game : Jouer avec la mort ; - Trainspotting : Ferrovipathes, etc. Enfin il arrive que les Québécois, constatant l’impossibilité d’une pure traduction et l’insatisfaction d’une légère transposition, s’éloignent délibérément de l’original pour en donner une libre adaptation. Cette pratique est légitime et de fait, beaucoup de titres littéraires ne ressemblent que peu à l’original. Jules Castier a fort bien fait de rebaptiser Le Meilleur des mondes, par allusion à Candide, le roman d’Aldous Huxley dont le titre anglais, Brave new world, plus faible, fait référence à un vers de Shakespeare qu’on ne connaît pas ici ; et Marc Saporta a aussi eu du nez en rebaptisant Paris est une fête le livre de souvenirs d'Hemingway dont tout-le-monde a entendu parler depuis un mois et qui est paru en anglais sous le titre A Moveable Feast. Au cinéma, Stagecoach a été jadis transformé en La Chevauchée fantastique, et The Deer Hunter, naguère, en Voyage au bout de l’enfer. Là où nous avons maintenant lâché prise, les Québécois s’obstinent dans cette salubre attitude et quand, toute honte bue, nous gobons sans protester American History X, ils le filtrent en Génération X-trême ; - American Pie : Folies de graduation ; - Breaking the Waves : L’Amour est un pouvoir sacré ; - In the Mood for Love : Les Silences du désir ; - Mafia Blues : Analyse-moi ça ! ; - Ocean’s Eleven : L’Inconnu de Las Vegas ; - Saw : Décadence ; - Total Recall : Voyage au centre de la mémoire, etc. Bien sûr, ces inventions ne sont pas toutes aussi magistrales que Le Meilleur des mondes, et plusieurs font sourire, ainsi qu’on le constate avec désolation ici ou , ou encore ou . Mais les faciles sarcasmes dont beaucoup de Français accablent ces titres, quand ils en prennent connaissance, ne font que témoigner de leur bassesse et de leur servilité. Ils se gaussent du ridicule de ces titres, sans voir que ce sont eux qui sont ridicules, ces aliénés à qui leur propre langue paraît risible, ces collabos qui mériteraient au minimum le camp de rééducation linguistique. S’ils habitaient encore leur culture, n’importe quel titre français leur paraîtrait plus beau qu’un titre étranger, et au lieu de s’acharner mesquinement sur ces titres maladroits, ils seraient émus devant ces admirables actes de résistance, dont on trouvera une liste ici. (Par ailleurs, il va sans dire que les titres des séries télévisées sont aussi traduits au Québec. Ainsi Desperate Housewives y est-il Beautés Désespérées ; - Prison Break : La Grande évasion ; - Star Trek : Patrouille du cosmos, etc. Liste ici.)

[3] Le comble de la servilité coloniale est atteint quand un titre anglais est rebaptisé pour le public français par… un autre titre anglais. Ainsi The Hangover, que les Québécois ont transposé en Lendemain de veille, est-il devenu en France Very Bad Trip. Honte, honte, honte.

[4] On notera qu’en même temps que la deuxième trilogie de George Lucas, le cinéma nous a proposé une autre trilogie fantastique, celle du Seigneur des anneaux, sortie en 2001, 2002 et 2003. Si le producteur n’a pas osé agresser le public français par le titre original The Lord of the Rings, c’est sans doute parce que le roman de Tolkien était déjà connu depuis trente ans sous un titre français. Mais on notera qu’en 2011, Orange puis Canal+ ont diffusé la série télévisée Game of Thrones, alors que depuis 1998 la série romanesque de George R.R. Martin est publiée et bien vendue en librairie sous le titre de Le Trône de fer. C’est donc que, contrairement à ce qui avait encore cours en 2001, même la notoriété du titre français d’un roman étranger ne suffit pas à garantir que l’adaptation filmée soit donnée sous ce titre français plutôt que sous le titre anglais original. Depuis quelques années, les éditions Pygmalion et la collection de poche J’ai Lu restent fidèles au titre générique Le Trône de fer, mais elles impriment au bas de la couverture le titre de la série télé Game of Thrones, afin de bien attirer tous les fans de celle-ci. On peut craindre que, un jour ou l’autre, le titre anglais ne se substitue purement et simplement au titre français sur la couverture des livres.

Commentaires

Détends toi Jeanne d'Arc !! "Servilité coloniale" ? Sérieusement... Qui est (historiquement parlant) une puissance coloniale mal placée pour donner des leçons en la matière ? La défense de la culture et de la langue française c'est très bien. Mais ça ne passe pas obligatoirement par l'enfermement dans une tour d'ivoire protectionniste qui bannirait tout mot étranger de l'hexagone comme une menace envers l'intégrité nationale ! Faut-il aussi interdire les films en VO ? Défendre notre culture c'est bien, mais vouloir traduire Star Wars en Guerre des Etoiles à tout prix, est-ce bien notre culture qu'on veut défendre ? Ou bien n'est-ce pas juste vouloir imposer un titre francisé à une production d'une autre culture par simple esprit cocorico et donc faire une sorte d'impérialisme à la française ? Car de toutes façons, que le titre soit francisé ou non, ne nous leurrons pas : les écrans sont envahis de productions étrangères et seules des productions françaises de qualité (malheureusement encore trop rares) peuvent prétendre défendre notre culture.

Écrit par : nicolas | 20.12.2015

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- « Qui est (historiquement parlant) une puissance coloniale mal placée pour donner des leçons en la matière ? » => Je ne vois vraiment pas pourquoi le fait d'avoir été une puissance coloniale doive maintenant nous condamner à subir sans résistance une domination coloniale ! Parce que les Hébreux ont fait le vide en Terre promise (voyez le livre de Josué), cela légitime leur génocide ? Parce que les Allemands ont créé des camps de concentration, ils devraient accepter sans moufter que l'Union européenne, si l'envie lui en prenait, les déporte et les gaze à leur tour ???

- « ça ne passe pas obligatoirement par l'enfermement dans une tour d'ivoire protectionniste qui bannirait tout mot étranger de l'hexagone comme une menace envers l'intégrité nationale » => Les cultures fortes sont celles qui repoussent les mots étrangers inutiles, faisant doublon (comme "dispatcher" au lieu de "répartir" ou "distribuer"), et qui assimilent les mots étrangers utiles. C'est ce que faisait le français jusqu'au siècle dernier. D'où partenaire (partner), redingote (riding-coat), paquebot (packet-boat), cachemire (cashmere), etc. Les Allemands ont fait « Fussball » et les Hispaniques « futbol » : pourquoi n’avons-nous pas été capables de faire « foutebôle » ?

- « Faut-il aussi interdire les films en VO ? » => Dans l'idéal, j'y serais assez favorable. Mais à défaut, la traduction des titres doit être la norme, comme au Québec. Dailleurs, vous-même, pour désigner cet épisode, est-ce que vous dites /Le Réveil de la force/, ou bien /The Force Awakens/ ? Plutôt le premier, n'est-ce pas ? Alors un peu de cohérence ! Je ne demande qu'à rétablir la norme qui avait cours jusqu'aux années 90...

- « mais vouloir traduire Star Wars en Guerre des Etoiles à tout prix, est-ce bien notre culture qu'on veut défendre ? » => Mais oui, bien entendu ! N’avez-vous donc pas compris que l’hyper-puissance états-unienne entend remodeler le monde entier à son image, et que l’industrie hollywoodienne est un des principaux outils de cet impérialisme ?

- « Ou bien n'est-ce pas juste vouloir imposer un titre francisé à une production d'une autre culture » => Incroyable de lire un truc pareil. Comment peut-on ne pas se rendre compte que ce sont au contraire les Ricains qui nous imposent leur langue ! Enfin, est-ce qu’il est d’usage que les films allemands, italiens, hispaniques, chinois, indiens, arabes nous viennent dans leur langue ? N’y a-t-il pas une habitude écrasante de traduire leur titre ? Et pourquoi ferions-nous une exception pour l’anglais, sinon par acceptation servile de faire de l’anglais la langue universelle, donc de la culture anglo-saxonne la culture impériale dominante ?

- « par simple esprit cocorico et donc faire une sorte d'impérialisme à la française ? » => Il vaut mieux lire ça que d’être aveugle ! Ainsi vouloir faire respecter la langue française EN FRANCE, résister à la submersion colonialiste CHEZ SOI, ce serait faire preuve d’impérialisme !! On croit rêver… Faut-il que vous poussiez loin la xénophilie et la servilité, pour que vous assimiliez à une politique impérialiste (c’est-à-dire la volonté de subjuguer les autres, de refaçonner leur identité) ce qui n’est au contraire que la protection de NOTRE propre identité, que l’opposition à un impérialisme extérieur !

- « les écrans sont envahis de productions étrangères » => Ah pardon : les salles de cinéma sont envahies de productions ÉTATS-UNIENNES. Apparemment ce détail vous a échappé, et pourtant il change tout, et vous empêche de comprendre que nous sommes victimes d’une OFFENSIVE COLONIALISTE. Les productions des pays européens et non-européens sont très marginales sur nos écrans…

- « seules des productions françaises de qualité (malheureusement encore trop rares) peuvent prétendre défendre notre culture » => Parce que vous croyez que tous les films états-uniens sont de qualité ? Pourquoi est-ce que les merdes françaises, en France, ne pourraient pas prévaloir sur les merdes états-uniennes ? Est-ce que vous croyez que les merdes françaises ont accès au public états-unien ? Pourquoi ne pourrions-nous pas mettre en place une politique protectionniste qui empêche que 50 à 60% des films vus en France soient des films états-uniens, alors que les films français doivent représenter au plus 3% des films vus aux EUA ? Pourquoi ne pourrions-nous pas être les maîtres CHEZ NOUS ? Pourquoi devons-nous accepter cette soumission coloniale, qui fait que notre peuple se laisse occuper, transformer, aliéner par la langue, la culture, l’imaginaire d’un autre ?

Écrit par : Le déclinologue | 21.12.2015

>>>>Pourquoi ne pourrions-nous pas être les maîtres CHEZ NOUS ?

Écrit par : LaHire | 31.12.2015

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"""""""""""""""Bien sûr, ces inventions ne sont pas toutes aussi magistrales que Le Meilleur des mondes, et plusieurs font sourire, ainsi qu’on le constate avec désolation ici ou là, ou encore là ou là. """"""Mais les faciles sarcasmes dont beaucoup de Français accablent ces titres, quand ils en prennent connaissance, ne font que témoigner de leur bassesse et de leur servilité. Ils se gaussent du ridicule de ces titres, sans voir que ce sont eux qui sont ridicules, ces aliénés à qui leur propre langue paraît risible, ces collabos qui mériteraient au minimum le camp de rééducation linguistique."""""" S’ils habitaient encore leur culture, n’importe quel titre français leur paraîtrait plus beau qu’un titre étranger, et au lieu de s’acharner mesquinement sur ces titres maladroits, ils seraient émus devant ces admirables actes de résistance,""""""""""""""""""""

T'as pas encore pigé, j'ai l'impression, que, si y'a tous ça, c'est grâce à la politique de déracinement, de mondialisation forcés des esprits.

Faut montrer la collaboration de ceux d'en-haut, des médias, des films anti-racistes niais, des livres d'histoire bien gauchiste etc, c'est pour ça que l'esprit des gens, imbibé de cet esprit de servilité à l'étranger, acceptent.

Écrit par : LaHire | 03.01.2016

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Désolé, mais je n'adhère pas à cette grille de lecture selon laquelle il y aurait le peuple, purement victime et innocent, qui serait manipulé par "ceux d'en-haut". Je pense que dans cette affaire tout-le-monde est coupable, et "les gens" peut-être plus encore que les élites. Loin de moi l'idée de vouloir diminuer la responsabilité de celles-ci, mais je crois que, parmi ceux qui contribuent à polluer le français avec des anglicismes, très peu le font de manière délibérée pour favoriser la "mondialisation forcée des esprits". Bien plutôt, c'est par paresse intellectuelle, par soumission à l'air du temps, par suivisme, par peur du ridicule, par snobisme. C'est une démission, un relâchement général du réflexe francisateur. En somme, par passivité intellectuelle et presque physique. Le contraire d'une entreprise politique.

Écrit par : Le déclinologue | 03.01.2016

N.B. : Rappelons aussi que le pamphlet d'Étiemble qui a le premier tiré vigoureusement la sonnette d'alarme, /Parlez-vous franglais ?/, date de 1964, donc en pleine ère gaullienne, à un moment où il n'y avait certainement pas une "politique de déracinement, de mondialisation forcée des esprits". Dailleurs, la montée des anglicismes s'observe dès le début du XXe siècle (voire la fin du XIXe), alors que l'esprit nationaliste était à son apogée. Et comme rien n'est simple, un des meilleurs pourfendeurs vivants de l'anglicisation du français, Dominique Noguez, auteur de /La Colonisation douce/ (première édition : 1991), est par ailleurs un droidlomiste patenté, auteur d'une célébration romanesque de l'amour interracial (/Amour noir/, Gallimard, 1997), etc. C'était dailleurs aussi le cas d'Étiemble, cosmopolite convaincu, dénonciateur de tous les racismes, etc.

Écrit par : Le déclinologue | 03.01.2016

D'accord mais...je n'arrive pas à en vouloir, (ça ne veut pas dire que je ne les corriges pas) à tous ces déracinés qui parlent en franglais (et qui sont donc, car ça va toujours ensemble, des gauchiste niais et mous et bêtes et lâches) quand ils ont grandis avec kev adam's (impressionnante souillure anti-France...inconsciemment, c'est ça le pire) SODA, canal+ et plein d'autres trucs.

Ce que je n'ai pas aimé, même si l'article est très bon, c'est que, selon moi, le ton est trop arrogant, ça manque de compréhension de l'air du temps et d'espérance.

J'aurai aimé lire une liste d'efforts à faire.

Je vais donner un exemple : J'écoutais un imam sur youtube qui parlait de l'affaire Charlie Hebdo, et, dans un moment où il digressait, il s'est plaint des racailles arabes, mais il l'a fait d'une manière où il ne les culpabilisés pas. (exemple: "de temps en temps, ce sont des ahmed (=les racailles), je ne généralise pas, mais ça arrive" ou bien "il faut être plus modeste, c'est un effort de chacun, MOI le premier" etc)

C'est de ça dont nous manquons, que ce soit dans le camp des chiennes de gauche, ou de ceux d'extrême droite, il faut être plus compréhensif, plus pédagogue.

Écrit par : LaHire | 04.01.2016

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Vous pensez quoi de ce que j'ai dit ?

Écrit par : LaHire | 02.02.2016

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J'en pense que la "pédagogie" a des limites, et qu'il y a des moments où il faut gueuler un bon coup. On est dans un cas où l'indulgence ne peut qu'inciter les déracinés à ne se sentir aucune culpabilité de trahir leurs racines. Il faut les secouer un bon coup pour leur faire prendre conscience de leur trahison et leur en faire honte.

Pour ce qui est des efforts à faire, l'article, qui ne se veut évidemment pas un essai global sur le problème du franglais, indique le premier pas à faire : résister à l'impérialisme langagier des grandes multinationales, y compris celles du cinéma. Continuer à passer au filtre de la francisation les produits qui nous viennent de l'étranger, donc traduire les titres de films. Ne pas se laisser imposer /Star wars/ mais dire - continuer à dire ! - /La Guerre des étoiles/. Assumer fièrement le ridicule qui en découle et braver les quolibets que cela ne manquera pas de déclencher chez les collabos de l'Oncle Sam, en attendant que le vent de la mode les retourne.

Écrit par : Le déclinologue | 02.02.2016

En fait, quand je dis qu'il faut être pédagogue, c'est parce que je crains la non prise de responsabilités de certain.

J'imagine bien un collabo qui s'ignore dire, en lisant cet article: "il a raison, qu'il se bouge le cul les autres" ne pas assumer qu'il en était un, refuser de faire un mea culpa etc.

Merci de votre réponse, et merci de dire les vérités qu'il faut.

Écrit par : LaHire | 03.02.2016

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Je viens seulement de découvrir votre site, qui m’a intéressé d’emblée. Je n’ai lu que quelques-uns de vos articles mais pour le moment je suis d’accord avec l’ensemble de vos analyses et je partage toutes vos conclusions. Ça ne m’arrive pas souvent !
Cependant, pour ce qui est du présent article, je tique un peu sur votre traduction littérale de « Star Wars ». L’équivalent français le plus strict de cet énoncé n'est pas « les Guerres de l’Étoile », mais les « Guerres des Étoiles » ; le nom situé en position de génitif n'étant pas nécessairement mis au pluriel lorsqu’il comporte la notion de pluralité (hélas je ne suis plus en mesure de vous citer la règle de grammaire ad hoc).
Bref, contrairement à ce que vous affirmez, le titre choisi par les traducteurs de 1977 relève pratiquement du mot à mot.

Écrit par : Forator | 29.03.2016

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Merci pour vos aimables compliments, cher Monsieur. J'espère que les articles que vous n'avez pas encore ouverts vous plairont aussi bien que les quelques-uns que vous avez déjà lus, et tout autant les très nombreux articles en cours, en préparation ou en projet, qui paraîtront dans les semaines, les mois et les années à venir !...

Je vois que vous avez créé un blogue dédié à la grammaire ? Je n'ai fait que le survoler très vite. J'ai aperçu des analyses pointues, étayées par des exemples littéraires très variés et scrupuleusement référencés. Je ne peux que vous féliciter d'une telle entreprise. Nous partageons les mêmes soucis. Les questions de langue me passionnent, et ce blogue ne s'interdit pas de les aborder de temps à autre.

Il se peut que l'expression anglaise « star wars » se traduise aussi bien par « les guerres des étoiles » que par « les guerres de l'étoile », ce qui serait une preuve de plus que l'anglais est moins précis que le français. Il reste que « wars » est au pluriel, et je maintiens donc que le titre français « la guerre des étoiles » n'est pas un mot-à-mot absolu. J'ai néanmoins ajouté l'adjectif « légère » pour qualifier « l'adaptation » que je pointe dans ma parenthèse. Je vous remercie en tout cas pour cette explication.

Écrit par : Le déclinologue | 03.04.2016

J'ajoute que l’expression « STARS WAR », qui serait apparemment de même sens que l’ancien titre français, signifie plutôt : la guerre que se font les étoiles entre elles, alors que STAR WAR(S) c'est la guerre (ou les guerres) qui se déroulent DANS les étoiles.
Bien sûr, demandons à un véritable angliciste de confirmer ce que j'avance là…

J'ai lu vos précédents articles et les ai trouvés excellents. Et quelle qualité d’écriture ! C'est un talent qui se perd. Mais pourquoi « Dernière gerbe » ?

Écrit par : Forator | 30.03.2016

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Merci beaucoup. Je ne sais si je mérite vos compliments, mais s'il est vrai que « ce talent se perd », alors cela veut dire que ma perspective globale est bonne...

En tout cas, n'hésitez pas à faire connaître ce blogue autour de vous !

L'expression « dernière gerbe » a dans mon esprit pas moins de quatre sens. Je vous invite à lire cette présentation : http://dernieregerbe.hautetfort.com/archive/2011/02/09/intituler-un-blogue.html, à la fin de laquelle les quatre sens sont explicités.

Écrit par : Le déclinologue | 03.04.2016

J'approuve cet article. Cependant une remarque: difficile de dire que la France des années 1960/70 a été une puissance culturelle. Vous avez justement cité ce pamphlet de 1964 contre le franglais. Pour le reste, comme beaucoup je constate à regret cette lente et véritable colonisation de l'esprit de nos concitoyens - y compris dans le camp dit "national".

PS: j'ai 34 ans, donc certains lecteurs pourront me traiter de vieux con :D

Écrit par : Paul82 | 31.03.2016

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Merci pour votre approbation ! Je suis très heureux d'être lu et apprécié par un homme encore jeune ayant une mentalité de « vieux con », exactement comme moi !

Je pense qu'à maints égards les années 60 auront été une bascule de la civilisation, notamment en ce qui concerne le rayonnement culturel de la France. Sous cet angle, 1940 n'aura pas été une rupture, pas plus que 1870. Comme le montre par exemple /La Rive gauche/ d'Herbert Lottman, Saint-Germain-des-Prés aura rayonné autant dans les années 50 que dans les années 30. C'est dans la décennie suivante que la France a décliné.
Pour autant, un déclin est progressif, et nous ne sommes pas passés de l'hégémonie au néant en seulement quelques années. Dans les années 60/70, Sartre, Aron, Picasso, Jean Vilar, Yves Saint-Laurent et quelques autres focalisaient encore l'attention du monde. Le cinéma de la Nouvelle vague (Truffaut, Godard, Chabrol etc) ainsi que le structuralisme, qu'on n'appelait pas encore la « french theory » (Lévi-Strauss, Foucault, Barthes, Lacan, Derrida, Deleuze, Baudrillard, etc), sans oublier le Nouveau roman (Robbe-Grillet, Claude Simon, Sarraute, etc), la Nouvelle histoire (Braudel, Le Goff, Duby, Ariès, Veyne, etc) et même la Nouvelle cuisine (Bocuse, les frères Troisgros, etc), continuaient à avoir une énorme influence internationale. Par comparaison avec aujourd'hui, nous étions encore une « puissance culturelle », si si. Mais ce rayonnement était plus intellectuel qu'artistique : ce qui bleufait encore les étrangers, c'était plus le jonglage théorique que la pure inventivité créatrice. Nous étions déjà descendus d'un cran, et nous en avons encore descendu un autre dans les années 80.

Écrit par : Le déclinologue | 03.04.2016

Une petite erreur: le titre québécois de Mafia Blues (Analyse-moi ça !) est somme toute logique puisque ce film s'intitule Analyze This en version originale. "Mafia Blues" n'étant qu'un énième titre anglais donné par la France à un film anglophone.

En parlant de cela d'ailleurs, il est de bon ton de mentionner le cas Very Bad Trip (The Hangover). Le titre français, aussi ridicule soit-il, n'est nullement gratuit. Il fait référence au film Very Bad Things, soit l'histoire d'un enterrement de vie de garçon à Las Vegas qui tourne mal. Un film malheureusement trop confidentiel pour que la référence soit comprise.

Écrit par : Numod | 01.05.2016

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